REPORT DES ELECTIONS COMMUNALES ET REGIONALES: Le régime d’IBK entre le marteau et l’enclume

En organisant les élections communales et régionales à la date prévue pour cela, c’est d’accepter de facto la division du pays ou simplement reporter et permettre la mise place d’une délégation spéciale qui va sans nul doute créer un remue-ménage même au niveau de la majorité présidentielle. Voici le duel auquel IBK et sa majorité font face. Le Conseil des Ministres a adopté un projet de décret portant sur la prorogation des mandats des élus locaux et cette prorogation était entrée en vigueur le 27 octobre 2014 pour une durée de six mois.

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Pour rappel, c’était la deuxième fois que le mandat des conseillers élus avait  été prolongé. Ils ont été élus depuis les élections communales du 26 avril 2009 alors que leurs mandats devaient prendre fin depuis plus de deux ans. Mais le hic est que pour cette troisième prorogation, le gouvernement sera obligé de faire recours à une délégation spéciale pour prendre la place des maires et conseillers. Et la mise en place de cette délégation spéciale risque de causer beaucoup de problèmes au niveau de la classe politique qui avait déjà commencé à affuter ses armes dans la perspective de ces élections qui sont jusqu’à preuve de contraire prévues pour le 26 avril prochain. Les voix ont commencé à s’élever depuis plus d’une semaine déjà et de diverses manières.
Des partis favorables au report
Ils sont une vingtaine de partis qui se disent favorables au report de ces élections, des partis de tous bords (majorité et opposition).
Au niveau de l’opposition qui n’est pas une surprise l’Union pour la République et la Démocratie(URD) a fait savoir à travers son chargé aux questions électorales qu’ils sont favorables au report.
Selon D.r Befon Cissé, «le pays est suffisamment secoué, l’insécurité a atteint son paroxysme. En plus, il y a un processus de négociations en cours à Alger dont on ne connait pas l’issue, il est bon que toutes ces situations soient résolues d’abord afin de pouvoir parler d’élections», a-t-il précisé.
Même son de cloche au niveau du Parena qui est aussi un parti de l’opposition. Mais la surprise est venue au niveau du parti SADI du Dr. Oumar Mariko qui appartient à la majorité présidentielle. Le Dr. Mariko et ses camarades ont organisé une sortie médiatique remarquable la semaine dernière au cours de laquelle ils ont été très virulents avec leurs amis de la majorité présidentielle. Oumar Mariko est allé jusqu’à dire que si le président  Ibrahim Boubacar Kéita accepte d’organiser les élections en avril prochain dans les conditions actuelles du Mai, qu’il signerait la partition du pays. «C’est impossible de tenir des élections en ces moments», a-t-il dit avec force.
D’autres partis de la majorité présidentielle ont émis des doutes sur la pertinence de l’organisation de ces élections, notamment l’Alliance pour le Mali (APM).
Mais leur position reste un peu flou. Selon le résident du groupe parlementaire APM, M. Zoumana N’tji Doumbia «il serait bon que les élections se tiennent dans toutes les communes. S’il y a des incertitudes par rapport à des communes dans le nord de notre pays, il serait bien quand même de reporter» cette affirmation nous semble être ambiguë du moment où la situation sécuritaire du pays n’échappe à personne aujourd’hui, l’honorable ne peut pas dire qu’il ignore ce qui se passe au nord quant bien même que c’est la position de l’alliance pour le Mali qui est un regroupement de la majorité présidentielle.
La véritable inconnue dans cette histoire est la position du parti au pouvoir, le Rassemblement pour le Mali (RPM) qui est resté silencieux sur la question. Mais par ses mouvements, on peut dire qu’ils sont favorables à la tenue des élections. Pour cause, on assiste depuis l’annonce de la date des élections (26 avril) à un grand remue-ménage dans le parti où des leaders sont en train de s’entredéchirer pour se positionner afin d’être tête de liste.
Ceux qui sont favorables à l’organisation des élections
En majorité, des petits partis qui pensent être en position favorable pour faire face aux élections demandent que les élections se tiennent. Il s’agit entre autres du parti MPJS, le BAARA, le JAMA et certaines associations.
Pour le président du MPJ, Mamadou Maiga, le maintien de ces élections ne doit même pas faire l’objet de débat, car pour eux ce n’est pas la première fois qu’on organise des élections en deux temps. Pour lui, le gouvernement  doit prendre ses responsabilités, car certains partis politiques ne seront jamais prêts et la situation sécuritaire au Nord du Mali n’est qu’un prétexte, s’exclame t-il avant  d’ajouter ceci : «si le gouvernement venait à accepter le report, cela serait un 3e report. Et la question qu’on pourra se poser, allons-nous encore assister à des délégations qui ont été un échec total dans le passé ?», a-t-il conclu.
Délégation spéciale
Même si beaucoup de personnes sont favorables au report des élections, ce qui exige la loi en pareil cas préoccupe beaucoup. Du moment où c’est le gouvernement qui mettra en place la délégation spéciale, les gens se pose la question si cette délégation ne va pas être composée de personne appartenant aux seuls membres du parti au pouvoir sous couvert de la société civile. Ce qui va engendrer sans nul doute des soupçons de fraude avant même l’organisation des élections.
En plus, il ne sera pas facile pour les partis qui accompagnent le RPM de voir les tisserands seul partagé le gâteau, ils vont obligatoirement demander et exiger leur part. La situation risque d’être explosive si ce n’est déjà fait, avec la dernière sortie du Dr. Oumar Mariko, des questions persistent.
Issa KABA

Source: L’Express

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