REFONDATION ET EXIGENCE DE PERFORMANCE : Que chaque ministre soit donc noté… comme à l’école !

A quoi se reconnaît un excellent ministre ? A la fréquence de ses visites sur terrain ? A sa maîtrise de l’art de la parole subtile qui lui permet de se dérober à ses responsabilités face à une situation brûlante ? A sa proximité voire sa complicité ostentatoire avec le Prince des hauteurs de Koulouba ? Ou à son aptitude à trouver des solutions non-artificielles aux défis relevant de son champ de compétences ? Ce n’est guère un exercice facile, dans notre pays, que de vouloir évaluer les membres du gouvernement un à un, selon un référentiel et une fiche de performance dûment établis par leur employeur c’est-à-dire le Président de la République. Les étiquettes de “bons” ou de “mauvais” sont collées à tort et à travers aux ministres sur la seule base des critères de mérite dressés par des bloggeurs ou vidéos men. Dans quelle république vivons-nous donc ?!!!                          Bon. D’accord… D’aucuns diront que Modibo Sidibé, Pinochet, Ag Agamani et d’autres (tout respect marqué pour ces grands commis de l’Etat) ont essayé des trucs en matière de notation. Mais, allons !!! Une efficace méthode de notation pour juger du job d’un ministre ? On en perd la trace dans les annales de notre Gouvernance. Pourquoi donc ne pas en instituer maintenant ? D’ailleurs, vous, de 0/20 à 18/20, combien donneriez-vous comme note à chaque membre du gouvernement actuel ?

Les secrets, mal gardés la plupart du temps, qui émanent du sommet de l’Etat malien depuis des décennies, ne nous disent pas s’il existe (comme sur les bancs d’école) un système et un registre formels de notation tenus par le Chef de l’Etat ou son Ministre numéro 1 afin d’évaluer le travail de chacun des autres ministres. Tout ce que l’on sait, c’est que, de Modibo Keïta à Assimi Goïta, du Pr Mamadou Dembélé au Colonel Abdoulaye Maïga, les têtes de l’Exécutif n’ont jamais été avares de discours serinés sur “le gouvernement de mission avec des ministres 100% engagés…”, “le contrat de performance qui engage chaque membre du gouvernement“, “l’exigence d’efficacité à laquelle chaque ministre est soumis“, “l’impératif de résultats pour tout ministre“, “l’obligation pour chacun des ministres d’être à la hauteur des attentes fortes des populations ” etc., etc.

 Autant de bien belles proclamations d’excellence, toujours entonnées tel un refrain assourdissant, mais rarement accompagnées de précisions sur la manière clairement retenue pour mesurer le degré de performance de chaque ministre. En l’absence donc de tous critères objectifs codifiés de notation de la prestation individuelle de chaque nom intégré à l’équipe gouvernementale, il est légitime de se poser une série de questions. Quels sont les éléments objectivement établis sur lesquels nos Présidents de la république ou nos Premiers ministres se fondent pour apprécier le job de leurs différents ministres ? Est-ce la propension de chaque ministre à réciter sans répit la fameuse formule flatteuse « conformément à la vision éclairée de Son Excellence le Président de la République » ? Est-ce la capacité d’un ministre à écumer les plateaux télé pour chercher à démontrer l’indémontrable et à défendre l’indéfendable juste pour auréoler son Big boss de Koulouba de mérites que la réalité des faits peine à confirmer ? Est-ce l’art d’un membre du gouvernement à exceller dans la langue de bois dans le seul dessein de baratiner l’opinion nationale puis de trouver des prétextes faciles afin d’inventer un bien-fondé à l’incurie de son département ? Ou plutôt est-ce l’hyperactivité d’un ministre sur le terrain, mû par le souci de toucher du doigt les vrais problèmes de ses concitoyens plutôt que de se les faire raconter par ses conseillers dans un style narratif tellement enchanteur que cela confine au conte de fées ? Ou, sinon, est-ce la promptitude mise par un ministre à cerner les enjeux liés à un dossier et à s’y attaquer avec sérieux et professionnalisme ?

On ne le sait pas. L’on a beau être un observateur averti de longue date des modes opératoires de la gouvernance malienne, l’on serait difficilement en mesure d’affirmer, encore moins de prouver, que le Chef suprême de la République et son PM ont en leur possession un stylo rouge qui leur permet de noter, comme un consciencieux prof du lycée, les « devoirs » de chaque ministre. Se peut-il alors que les membres d’un gouvernement malien soient jugés “bons”, “très bons”, “excellents” ou “moins bons d’entre les moins bons” selon le seul critère de leur étroite proximité avec le grand patron ? A Dieu ne plaise !… comme aimait à le dire IBK dans son vocabulaire soigné. Pourtant, l’ombre du doute subsiste sur la manière dont beaucoup de nos ministres sont “repérés”, ciblés et appelés par les radars présidentiels de la méritocratie. L’ombre en vient même à s’épaissir concernant le maintien à leurs postes de certains ministres qui, fossoyeurs réputés de la Compétence et de l’Efficacité, bénéficient du coup de main inexplicable et injustifié du “destin” pour prolonger leur séjour sous les ors de la République.

Ainsi tourne, depuis des lustres, la boussole du casting politique dans les eaux contradictoires de la gouvernance malienne. Pendant que la prime au mérite est chantée en chœur par l’élite dirigeante, la Performance est priée de bien vouloir patienter sur le perron de la plupart de nos ministères, le temps que les calendes grecques daignent arriver un jour pour lui ouvrir la porte. D’année en année, les gouvernements passent, rivalisent de promesses, se succèdent en professions de foi sur le développement à portée de main, mais finissent tous par s’échouer sur les rivages épineux de l’insatisfaction sociale. Gouvernement Untel, équipe gouvernementale de choc X, attelage gouvernemental Y etc. ; tous ont promis monts et merveilles au Peuple, mais tous ont dû avouer (oh ! certes, avec des mots trop subtils et trop complexes pour qu’on en saisisse le vrai sens) leur inefficacité à améliorer significativement nos vies et notre pouvoir d’achat.

En sera-t-il de même pour le gouvernement intérimaire du Colonel Abdoulaye Maïga dont la triple mission est de nous garantir la quiétude sécuritaire, de nous faire traverser le pont fragile des élections générales ainsi que de casser ce satané thermomètre de la vie chère qui ne cesse de frôler des degrés Celsius insoutenables pour le « Peuple d’en bas » ? Espérons, mais dans un espoir très prudent, que les pas du PM par intérim, dont le brio est unanimement reconnu par ceux qui l’ont côtoyé, conduiront le pays vers plus de réalisations tangibles que d’échecs maquillés en semblants de succès. Pour y parvenir, il est important que le travail des ministres actuels soit soumis à un contrôle continu, à l’instar des séances d’interrogations, de devoirs, et des épreuves de composition qui se déroulent à l’école. Des ministres régulièrement soumis à la dure loi du stylo rouge, comme s’ils étaient retournés sur les bancs d’école ? Pourquoi pas ?!!! Et surtout avec des notes d’admission (donc de maintien au poste) ou de redoublement (comprendre : de limogeage) !

Au moment où la ministre de l’Education nationale, à qui l’on pourrait donner un 16/20 mais avec une légère pénalité de -1 pour le couac autour de la date de la rentrée scolaire, appelle à faire de « l’excellence », de l’émulation, du « dur labeur » et du « mérite »… les pédales du système scolaire malien ; il est tout aussi capital pour la Nation, que les membres du gouvernement (chaque membre sans exception) soient notés. Et que ces notes, portées sur des bulletins rendus publics, permettent à l’opinion nationale, et non à des vidéos men entretenus pour flatter, d’approuver ou de contester le niveau de performance de chaque ministre. A coup sûr, cela aurait permis par le passé, et cela permettrait aujourd’hui, de donner des 08/20 ou des 06/20 à bien des ministres dont le rendement ressemble à s’y méprendre à la copie d’examen d’un piètre élève à qui les correcteurs n’avaient autre choix que de délivrer la mention MÉDIOCRE. D’ailleurs, dans le processus de la Refondation, qui a dit que seuls les élèves et étudiants devaient être contraints d’avoir de bonnes notes ?

MOHAMED MEBA TEMBELY    

Source: Les Échos- Mali

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