Quand IBK se perd en justification

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a récemment surpris pas mal de monde en impliquant le chérif de Nioro dans un débat où, en principe, il n’a rien à avoir. Il s’agit de l’entrée de son fils Karim Keïta en politique. Un Karim qui peut en rappeler un autre.

 

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On connaissait le chérif de Nioro comme un dignitaire religieux qui jouit d’une immense respectabilité auprès des fidèles musulmans, surtout les adeptes du hamalisme, un courant fondé par son illustre père, un résistant à la colonisation par ailleurs. Ici au Mali et dans une bonne partie du continent le chérif de Nioro, comme on l’appelle, est tout simplement une référence.

 

Ce qu’on ne savait pas de lui, c’est qu’il a beaucoup trop de pouvoirs, au point d’obliger un père à accepter de laisser son enfant faire ce qu’il veut, même si cela ne plaît pas beaucoup au père. De passage à Abidjan, le président Ibrahim Boubacar Keïta a confié, devant la colonie malienne, qu’il était opposé à l’entrée de son fils Karim en politique. C’est, dira-t-il, sans sourire, à la demande du sage de Nioro qui considère Karim Keïta comme son «petit-fils» qu’il s’est rallié à l’idée de le laisser se présenter à la députation. Un peu comme si le point de vue du père sur la question comptait moins que celui du «grand-père». On ne sait pas s’il y a grand monde pour croire le président. Le fait est que Karim Keïta s’est présenté comme candidat indépendant sur une liste d’une coalition dirigée par le… Rpm. A l’Assemblée nationale il s’est inscrit sur la liste du groupe parlementaire du parti présidentiel. Apparemment, il s’y plaît bien.

 

On ne sait pas non plus si le sage de Nioro est intervenu pour demander au parti présidentiel de choisir le beau-père de son «petit-fils» pour diriger l’Assemblée nationale au moment où beaucoup de gens voyaient le député élu à Ténenkou, Abdhéramane Niang, s’installer au perchoir. De toute évidence, il reste le plus expérimenté des députés et tout le désignait pour ce poste. Tout, sauf la volonté du prince du jour de dédier le poste à une autre personne, dont le seul mérite est la proximité avec la famille présidentielle.

 

On ne saurait probablement jamais si le sage de Nioro est également intervenu pour demander au Rpm de choisir son «petit-fils» pour diriger la commission de la défense nationale et de la sécurité au moment où, on voyait à ce poste un général de son état, le plus qualifié des 147 députés en matière de défense et de sécurité. Ce général, Niamé Keïta, pour ne pas le nommer, en homme averti a tout simplement bouder ladite commission pour ne pas entrer en compétition avec celui qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un autre Karim, le fils de l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade.

 

Ets-ce lui le sage de Nioro qui a dit de conférer à son «petit-fils»  une place à part au sein de l’hémicycle ?

 

C’est dire que le président IBK n’avait nullement besoin d’impliquer le sage de Nioro dans ce qui devait être traité comme une affaire de famille. Ou le président pense que Karim est un citoyen comme tout le monde avec ses droits (y compris celui de se présenter à une élection) et ses devoirs (celui de ne pas trop gêner son président de père). Qui peut croire qu’IBK n’a pas les moyens de s’imposer chez lui ?

Mamadou Diakité

SOURCE: Le Témoin
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