Moussa Mara, ex-premier ministre : «La corruption est plus grave que le problème du Nord»

Au cours d’une table ronde dont il était l’un des panelistes, M. Mara a estimé que tant que la corruption n’est pas véritablement combattue au Mali, nous n’aurons jamais un Etat qui puisse s’attaquer aux vrais problèmes.

C’est à l’invitation de la Friedrich Ebert Stiftung, en partenariat avec Transparency International, que M. Mara prenait part à cette rencontre qui a porté sur «Le des médias dans la lutte contre la corruption».

pm premier ministre moussa mara chef gouvernement mali parti yelema

Ainsi, dans son exposé introductif relatif au sous-thème «Transparence, bonne gouvernance et lutte contre la corruption», l’ancien chef du gouvernement a indiqué que la transparence est un élément substantiel de la bonne gouvernance. Elle est donc un facteur qui limite la corruption qui, elle, se nourrit dans la méconnaissance des règles, leur opacité, leur lourdeur et leurs complications, si l’on en croit l’orateur. En rappelant un certain nombre d’éléments qu’il considère être les attributs de la transparence, Moussa Mara a regretté le déficit de communication autour des actes de gestion des leaders. A titre d’exemple, l’ancien Premier ministre a révélé que dans le domaine de la sécurité, il ne se passe pas une seule semaine sans que des policiers ne soient sanctionnés par l’Etat, «mais malheureusement on ne le sait pas». Partant, il a suggéré qu’il y ait beaucoup plus de communication non seulement sur les sanctions, mais aussi sur les promotions afin, espère-t-il, de résorber le déficit de confiance. «Dans notre pays, on le dit souvent à tort, quelques fois à raison, que pour être promu, il faut corrompre ou passer par des chemins détournés», a-t-il souligné. Mieux, faudrait-il, selon M. Mara, que les pouvoirs publics organisent l’environnement public de telle sorte que les informations qu’ils donnent puissent être vérifiées par des professionnels, en l’occurrence les hommes de médias, qui ont les outils appropriés et l’honnêteté requise pour faire ces investigations. Et d’ajouter que la transparence met à nu les règles et les rend accessibles aux populations et leur permet ainsi de contester la violation desdites règles.

Et le conférencier de rappeler qu’en déclarant son patrimoine après son départ de la Primature, il a posé un acte volontaire en ce sens qu’au Mali, l’obligation légale de déclaration  de patrimoine incombe au chef de l’Etat et aux membres du gouvernement. «Donc, il n’y a pas dans nos textes une obligation de déclaration et encore moins une obligation de publication de cette déclaration au-delà de cela», a-t-il insisté.

Si la loi relative à la répression de l’enrichissement illicite, votée en mai dernier, élargit considérablement ce champ, Moussa Mara estime que celle-ci a besoin de textes complémentaires pour préciser les conditions dans lesquelles ces déclarations doivent être faites. Si les médias devaient faire des investigations sur ce point, il serait bon de mettre en rapport déclaration et revenus, car c’est généralement ce sont les revenus qui permette à un patrimoine de diminuer ou d’augmenter. «Et pour la petite histoire, un Premier ministre au Mali gagne 1.083.000 FCFA/mois et un ministre gagne 885.000FCFA/mois. Donc, c’est bon de savoir cela, et de pouvoir se dire quel est le patrimoine en face», a révélé l’orateur, affirmant que le revenu d’un ministre malien est de 2 à 6 fois inférieur à celui d’un ministre d’autres pays de la sous-région. Il est d’autant conscient de la modestie du revenu d’un Premier ministre ou d’un ministre malien que M. Mara a laissé croire s’être plutôt appauvri à la Primature. «En acceptant d’être Premier ministre, j’ai accepté que mon revenu soit divisé par 7», a-t-il martelé, affirmant avoir été souvent obligé de ponctionner dans son patrimoine pour satisfaire à certains besoins. Tout en prenant l’un de ses anciens collaborateurs à témoins, l’orateur a fait savoir que la caisse de souveraineté du Premier ministre, dont il s’est gardé de révéler le montant, était souvent vide avant même la fin du mois à cause notamment des nombreuses sollicitations dont un responsable du rang d’un PM peut avoir à faire face dans un pays comme le nôtre.

Pour conclure son intervention, Moussa Mara s’est dit conscient d’une chose : «la corruption est beaucoup plus grave que le problème du Nord. Si on ne s’y attaque pas véritablement, on n’aura pas un Etat qui puisse s’attaquer aux problèmes régaliens». Partant, il a invité chaque Malien à prendre conscience de la situation afin de mieux lutter contre ce fléau dont nous sommes tous, dit-il, responsables, mais à des degrés différents.

Auparavant, il a fait savoir que s’il y a une chose qu’il regrettée lors de son passage à la Primature, c’est le fait que l’administration malienne est lourde et pas ouverte au changement. «Quand on veut avancer vite, on est régulièrement frustré», a-t-il déploré.

Bakary SOGODOGO

source : Pretoire

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.