Marchés de l’avion et des équipements militaires : Le premier ministre devant le juge

L’information est passée en boucle sur les antennes de RFI du lundi soir au mardi matin : à l’instigation du procureur général près de la Cour d’Appel, une enquête préliminaire est ouverte devant les juridictions de Bamako afin de faire la lumière sur les marchés qui occupent l’actualité. Il s’agit de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires. A la suite des informations qui vont être recueillies, des poursuites pourraient être engagées ou non. Mais d’ores et déjà, on peut croire qu’il y aura de l’animation

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En effet, tous ceux qui auront approché ces marchés, de près ou de loin, sont susceptibles de passer devant le juge pour être écouté. Quand on sait que c’est en conseil des ministres que l’instruction a été donnée à l’ancien Premier ministre Oumar Tatam Ly de trouver un avion pour le président, il risque d’avoir de la bousculade chez les juges. En effet, aussi bien les anciens ministres que ceux qui sont dans l’actuel gouvernement pourraient voir le juge venir recueillir leur témoignage (s’il est gentil) et être carrément convoqués pour certains d’entre eux.  Parmi ceux qui pourraient être appelés figure en bonne place le Premier ministre Moussa Mara.

 

De sa prestation lors de la présentation de la Politique générale du gouvernement au mois de Mai à son dernier passage à Paris où il a donné une interview au journal L’Express en début de ce mois, le Premier ministre Moussa Mara s’est livré à des déclarations qui laissent penser qu’il sait des choses ; le genre de choses qui devraient faire le bonheur d’un juge. Il a été le premier à parler d’intermédiaires dans l’achat de l’avion et des sommes versées de ce fait. Tout comme il a été le premier responsable du gouvernement pour ne pas dire le seul à ce jour à évoquer la présence de Michel Tomi, l’ami sulfureux du président de la République, dans l’opération. Nous vous proposons les informations qu’il a laissé tomber au fur et à mesure de ses interventions. Mais nous ne sommes pas à mesure d’affirmer que ces informations sont tombées par devers lui par inadvertance.

 

France-Mali: « Nul n’est au-dessus des lois »

» S’agissant du fameux Boeing présidentiel, « c’est bien l’armée malienne qui a procédé à l’achat, puisqu’il s’agit d’un avion de commandement ». « C’est donc le ministre de la Défense de l’époque qui a signé le contrat. De même qu’il a été es-qualité maître d’œuvre pour les achats de fournitures [militaires] auprès de sociétés françaises. »

Au sujet du fameux Boeing, tient à souligner Moussa Mara, le Fonds monétaire international (FMI) a constaté, au vu du rapport d’audit de ses experts, que son prix figure bien dans la fourchette pratiquée pour les appareils de cette catégorie : 20 milliards de francs CFA [soit environ 30 millions d’euros]. « Reste à déterminer, admet-il, s’il y a eu recours à des intermédiaires et quel a été dans ce cas le montant de leur rétribution. » Michel Tomi ? « Il ne figure pas à ma connaissance parmi ces intermédiaires, mais il se peut qu’il ait présenté X ou Y au ministre de la Défense d’alors. »

 

Déclaration de politique générale

Le Premier ministre a profité du débat autour de l’adoption de sa Déclaration de Politique Générale pour faire taire les rumeurs qui circulaient concernant l’achat du Boeing 737-700 acquis par la République du Mali pour les besoins de voyage de notre Chef d’Etat. En réponse aux préoccupations des députés, le nouveau chef de l’Exécutif malien a déclaré «Il y’a la question lancinante de l’avion. Cet avion est acquis par la République du Mali… en toute souveraineté. Il n’appartient pas à Ibrahim Boubacar Kéita. Il appartient à tous les Maliens, cet avion est acquis pourquoi ?  D’abord ce que nous avons comme avion, le fameux boeing 727 où on dit que y’a pas de problème. Sachez que cet avion le Mali ne peut pas justifier sa propriété de cet avion. Nous n’avons aucun élément qui justifie que le Mali est propriétaire de ce Boeing 727. Dans nos régies financières des 10 dernières années, nous n’avons aucune trace du payement de cet avion, aucune trace ! Si ça a été payé, ça a été payé par un autre canal mais ça ne concerne pas l’Etat. Nous n’avons pas de preuves d’immatriculation dans le patrimoine de l’Etat et au près du ministère de la défense, est ce que c’est raisonnable de voyager avec cet avion ici ou là au risque de se le voir saisir ? Deuxièmement nous avons procédé à un audit technique pour savoir si cet avion était sur, l’audit est disponible, le Boeing exige un certain nombre de test auquel a échoué cet avion. Laissons de côté cet avion qui est inutilisable, si on doit voyager nous avons le choix entre louer un avion ou acheter un avion. Mesdames et Monsieur, le cout de location d’un jet pendant 4 ans équivaut au prix d’achat  de l’avion qui a été acheté et qui a une durée de vie d’au moins 18 ans. Vous avez le choix entre louer et acheter, la location coute plus chère que l’achat, vous achetez. Et quand on a décidé d’acheter l’avion, nous avons dis compte tenu des moyens limités de l’Etat, nous dévons acheter un avion d’occasion. Nous avons déterminé un certain nombre de critères, dont le nombre d’heures de vol, le nombre d’atterrissage et le nombre de propriétaire de l’avion. Nous avions choisit l’avion qui offrait le meilleur rapport qualité/prix parmi les 3 options que nous avions. L’avion a couté à l’Etat malien 20 milliards de Franc, achat, transport, assurance, frais d’intermédiation. 20 milliard de franc financé par un emprunt sur 4 ans   Et au bout de 4 ans, cet avion appartiendra au peuple malien, un avion qui durera 15 ans», a indiqué le Premier ministre.

 

 

Par Vincent Hugeux, publié le 07/10/2014 à 16:27

SOURCE: Nouvelle République  du   24 oct 2014.
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