Mali : Qu’avons-nous fait de notre indépendance ?

Le 22 septembre 1960, le congrès de l’US RDA proclamait la République du Mali. Le vent de l’indépendance venait, à nouveau, de souffler sur les terres des plus grands résistants à la pénétration française ( Babemba et Tièba Traoré, Firhoun Ag Alinsar, Koumi Diossé , Bandiougou Diarra, Samory Touré , El Hady Omar, Gnamody Sissoko de logo Sabouciré, pour ne citer que ceux-ci ). Plus de cinquante ans après, qu’ont fait les Maliens de cette indépendance ?

premier president malien modibo keita pere nation independance 1960Le père de l’indépendance était convaincu que le salut du Mali, devait se trouver entre les mains des Maliens. Modibo Kéita, durant toute sa vie, y a cru. Son pari, à l’époque, était osé. Se défaire des liens impérialistes, n’était pas facile. Si le Président Modibo Kéita l’a réussi, c’est que c’était un grand homme dont la force de caractère, la conviction idéologique et politique, étaient des armes redoutables contre toute forme de néocolonialisme. M. Julis, un syndicaliste français de l’époque ayant longtemps séjourné au Mali, a dit de Modibo Kéita que c’était quelqu’un qui « avait le souci de l’homme, de l’homme responsable, du militant engagé… Je considère que le président Modibo Kéita, homme intègre, dévoué, tolérant, militant valeureux et désintéressé représente toujours l’exemple des possibilités de lutte, de combat pour des changements réels dans des pays comme le Mali ».

Pour le président Modibo Kéita, un grand peuple est un peuple qui vit libre et souverain. Son rêve fut de « construire un socialisme adapté aux réalités maliennes ». Si ce rêve n’a pu aboutir à cause de l’impérialisme colonial, il a, quand même réussi, à poser les bases d’un Mali moderne « indépendant ». Aujourd’hui, son héritage est en train d’être dilapidé ou même, est déjà dilapidé. Les valeurs qui incarnaient le Soudanais que nous sommes ont disparu avec l’homme malien nouveau dont les caractères tranchent avec ceux des pères de l’indépendance. Conspirateur, corrompu, égoïste, paresseux… voici ce qui caractérise le Malien d’après indépendance.

55 ans après, le Mali semble revenir en arrière. Les troupes françaises, chassées du sol malien en janvier, juin et septembre 1961, au nom de la souveraineté nationale, sont aujourd’hui de retour. La France qui a joué un grand rôle dans l’échec des politiques nationalistes mises en place par le Président Modibo Kéita au lendemain de l’indépendance du Mali, a tout fait et fait tout pour reprendre en main le Mali et les Maliens. Les héritiers de Modibo Kéita vont devoir se battre, de nouveau, pour gagner leur indépendance.

Un Kéita sur les traces d’un Kéita ?

Le président Modibo Kéita était autant qualifié par ses amis que par ses adversaires, d’homme « engagé » pour la bonne cause, sûr de ses convictions. Y. Djermakoye, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, témoignait : « … J’ai découvert Modibo, orateur né, qui parlait sans complaisance… Son verbe était de la dynamique, ses idées clairement exprimées fusaient comme propulsées par une inlassable énergie… Ses thèmes de combat restaient les mêmes. Intransigeant avec lui-même, il l’était particulièrement avec ses adversaires politiques… » Toute chose qui rapproche le Président Ibrahim Boubacar Kéita de Modibo Kéita. L’actuel chef de l’Etat, est un fin orateur, républicain jusqu’au sang, On disait de Modibo Kéita qu’il était intègre, d’une droiture exemplaire qui prenait ses racines dans sa foi profonde. Nationaliste combatif et tenace, le président Ibrahim Boubacar Kéita, l’est aussi. Les deux hommes croient au socialisme inspiré des valeurs africaines.

La politique économique de Modibo Kéita reposait sur le monde rural, notamment l’agriculture. Celle du président Ibrahim Boubacar Kéita, aussi. Il le dit lui-même : « mon or, c’est l’agriculture ». Pour Modibo Kéita, l’indépendance politique va avec l’indépendance économique. C’est pourquoi, il avait décidé de créer une monnaie nationale et ouvrir des unités industrielles et des sociétés d’Etats ( SOMIEX, Bureau Minier, SONATAM, SEPOM, Librairie Populaire du Mali, Air Mali, Chemin de Fer du Mali,STUB ) et tant d’autres.

La politique du président Ibrahim Boubacar Kéita, repose, elle aussi, sur le sacrifice humain ; l’effort que les Maliens devront consentir s’ils veulent continuer à vivre libres et indépendants. Mais çà, peu de gens le comprend ou beaucoup ne sont pas prêts à cet ultime sacrifice que Thomas Sankara avait aussi demandé aux Burkinabè pour vivre libres et heureux.

Tiémoko Traoré

source : Le Pouce

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