Lettre ouverte à son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali

Monsieur le Président,

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Le plébiscite qui vous a porté au pouvoir, le 11 août 2013, est l’expression de l’aspiration profonde de notre peuple à un changement radical dans la manière de conduire les affaires de l’État, hier caractérisée par une innommable déliquescence du sens moral de tous nos anciens dirigeants, ou presque.

Comme vous le savez, pareille confiance, jamais accordée à un(e) candidat(e) dans note pays, est un vibrant témoignage de ralliement et de soutien du peuple malien dans ses différentes composantes culturelles, cultuelles et religieuses.

Cependant, dans vos interventions officielles et publiques, semble transparaître, assez nettement, un clin d’œil appuyé en direction de la seule communauté musulmane.

En commençant vos discours par une prière musulmane, en affichant votre conviction de devoir votre élection, avant tout, à Allah, en vous reposant, par des inchallah répétitifs, sur ce même Allah pour réussir votre mission, vous observez un silence, sans doute involontaire, mais ô combien discriminatoire à l’endroit de l’apport des Maliens non musulmans dans le vaste mouvement populaire qui vous a porté à Kuluba.

Monsieur le Président,

Les files d’électeurs qui ont défilé toute la journée du 11 août 2013 n’étaient pas animées que par des musulmans. Elles comptaient également, en grand nombre, des Chrétiens, des athées et, bien évidemment, des adeptes authentiques de la religion négro-africaine toujours imitée mais jamais égalée en Sagesse.

Si Allah est un Dieu omnipotent et omniscient, ne le sont pas moins le Dieu de Jésus et le Dieu de nos Vénérables Ancêtres, à la fois Unique et Pluriel et au nom multiple : Amon (Égypte antique), Amma (Dogon), Ma Ngala (Banbara), Yerkoy (Sonrhay), Guend (Peul), Klè (Mianka), etc.

Voilà pourquoi si les Chrétiens, de leur côté, soutenaient que vous devez votre élection à la bienveillance de Dieu-le-Père de Jésus, qui pourrait démontrer le contraire de cette intime conviction par une argumentation honnête ?.

Il en serait de même de celle des adeptes de l’authentique religion négro-africaine pour qui vous la devez essentiellement à nos Vénérables Ancêtres agissant, par délégation de pouvoirs, en lieu et place du Créateur et soucieux de préserver l’équilibre de leur communauté en choisissant les meilleurs hommes et les meilleures femmes pour la conduire sur les sentiers du bien-être social.

Monsieur le Président,

Dans leur grande majorité, les Maliens n’ont aucune envie de confier la supervision de votre gestion du pays au Créateur, quels que soient la forme et le nom sous lesquels il peut être décliné.

L’ensemble de vos qualités qui ont pour nom patriotisme, courage, honnêteté, sens de l’honneur, humanisme, appréciées à leur juste valeur est la seule et unique raison du choix de votre personne pour diriger le Mali.

Il est urgent que vous vous rappeliez que la configuration culturelle, cultuelle et religieuse favorable à l’Islam est due essentiellement aux :

– Conversions par voie d’autorité parentale,

– Moyens financiers considérables injectés par les pays islamiques arabes du pétrole,

– Médias d’État et médias privés.

Il est tout aussi urgent que vous sachiez que, malgré les affirmations légères aux allures de propagande, l’Islam ne bénéficie que d’une majorité relative dans ce pays.

La réalisation de statistiques objectives vous prouvera que des dizaines de milliers de Mamadu, Usmane et Ibrahima, etc., que d’autres dizaines de milliers d’Awa, Safiatu et Fatumata, etc., ont décroché depuis longtemps avec cette religion.

Une enquête dans nos villages, dès la périphérie des grandes villes et dans celles-ci, bien entendu, vous démontrera également, que la Vision du Monde que nous ont léguée nos Vénérables Ancêtres, la plus élaborée à ce jour, est encore vivante et en bonne santé.

Monsieur le Président,

Les Ayatollahs, les Rois et les Princes des pays islamique sont fondés à toujours commencer et émailler leurs discours de versets -même de sourates entières- du Coran si leur cœur en dit. Car le Coran constitue les fondements de leur pays.

En revanche, faut-il vous le rappeler ? Le Mali est une République laïque depuis sa création et aucune Constitution n’a encore mis ce statut en question.

La croyance et la pratique des enseignements d’un Dieu, quel qu’il soit, deviennent affaire personnelle et intime et imposent la discrétion, dans une République laïque, dès lors que l’on assume la Magistrature Suprême.

Aussi, vos électeurs vous seraient-ils reconnaissants de bien vouloir suivre l’exemple de vos Pairs des autres pays d’Afrique noire qui n’évoquent aucun Dieu, aucun extrait de textes sacrés dans leurs discours officiels.

En votre qualité de chef de l’État, la responsabilité de Rassembleur qui est la vôtre, ne doit souffrir d’aucune écorchure.

Puissent le Créateur, dans toutes ses déclinaisons, et nos Vénérables Ancêtres vous inspirer, dorénavant, et pour toujours la Pensée Juste, la Parole Juste et l’Acte Juste.

Avec mes remerciements anticipés pour l’attention que vous porterez à la lecture de cette lettre ouverte,

Je vous prie de croire, Excellence, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de mes sentiments respectueux.

Doumbi-Fakoly Doumbia

Écrivain, chercheur.

Président du Rassemblement pour la Réhabilitation de la Religion Négro-Africaine, 3RNA-Maaya.

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