IBK : les Maliens entre désespoir et désespérance

IBK

Trois mois après son investiture en grande pompe, les Maliens désespèrent, déjà, de revoir leur pays sur les rails. Surtout, avec les promesses restées, jusque –là, sans lendemain.

L’élection présidentielle, qui a vu la victoire d’Ibrahim  Boubacar Keita, aura été saluée dans le monde entier. Car, elle s’est tenue à un moment où, le pays venait tout juste de sortir d’une crise sociopolitique et sécuritaire.

Auparavant, rares sont les analystes politiques qui pronostiquaient sur le bon déroulement de cette échéance électorale, qui avait pour objectif de doter notre pays d’autorités légitimes. Donc, reconnues par la communauté internationale. Et par les partenaires techniques et financiers. Toute chose qui marquerait le retour du Mali dans le concert des nations.

Mais, à la surprise générale, cette élection s’est passée de la plus belle des manières. Car les observateurs nationaux et internationaux ont unanimement, salué le bon déroulement des deux tours de la présidentielle.

De mémoire de Malien, aucune élection n’avait suscité autant de mobilisation. Et les deux tours se sont déroulés sans incidents majeurs pouvant entacher la sincérité du scrutin.

Et pour boucler la boucle, le perdant du second tour, Soumaïla Cissé a reconnu la victoire du gagnant, Ibrahim Boubacar Keita, en allant le féliciter jusque chez lui.

En effet, les Maliens sont sortis massivement pour aller voter dans l’objectif de tourner la page de 20 ans de mauvaise gestion, de corruption,  de laisser-aller, de détournement de denier public, d’impunité … En accordant leurs suffrages à Ibrahim Boubacar Keita, nos Concitoyens souhaitent le changement, la fin de l’impunité, la rigueur, la restauration de l’autorité de l’Etat.

Mais l’espoir tant suscité par la brillante élection  d’IBK à la tête du pays est en train de faire  place, au désespoir.

IBK, une main de fer dans un gant de velours ?

Depuis son investiture,  tous les regards étaient tournés vers  le nouvel homme fort du Mali. A commencer par la formation de sa première équipe gouvernementale.

Alors qu’IBK promettait, que les nominations se feraient en fonction des compétences et non par des affinités politiques, des relations familières, la formation de son premier gouvernement reflète le contraire de ses promesses de campagne. Car, on y assiste à la nomination d’anciens ministres d’Alpha Oumar Konaré, d’ATT. En plus de ses proches, camarades de parti et  des partis qui l’ont soutenu  lors de cette élection tels que : l’UDD, l’ASMA, UM-RDA, le parti Yèlèma, le CAP etc…

Ce premier gouvernement a fait l’objet de toutes sortes de critiques, même des plus acerbes.

Dans les négociations avec les groupes armés qui, en principe, doivent avoir lieu dans les 60 jours qui suivront son investiture, IBK a encore déçu. Et continue de décevoir, car  il a procédé à la levée des mandats d’arrêt qui avaient été lancés contre les responsables des groupes armés ayant commis toutes sortes d’atrocités  contre les populations.

Ils sont d’ailleurs à l’origine de la crise politico-sécuritaire, qui a secoué les trois régions du nord pendant plus d’un an. Car ce sont eux qui ont pactisé avec les djihadistes, pour mettre en déroute l’armée malienne. Avant d’infliger toutes sortes de souffrances aux populations.

Et en procédant à la levée des mandats d’arrêt, lancés contre eux au nom d’une hypothétique paix et réconciliation nationale, IBK s’est mis à dos l’ensemble des populations maliennes. En plus de la libération de certains prisonniers, arrêtés lors de la guerre de libération des régions du nord.

Pourtant le  nouvel homme fort du Mali a eu l’adhésion massive des  électeurs pour plusieurs raisons : il incarnait à leurs yeux la rigueur, celui qui pourra gérer, la crise du nord, les négociations avec les rebelles du MNLA. Mais aussi, celui qui pourra restaurer l’autorité de l’Etat foulée au pied durant ces dix dernières années.

Dans  ses discours de campagne, c’est  sur cela qu’il a beaucoup misé, afin que les Maliens le portent au pouvoir. Avec près de 80% des voix au second tour.

« Nul ne sera au dessus de la loi,  la lutte contre la corruption se fera selon le principe tolérance zéro, la justice sera implacable, la Mali d’abord … ».

Le dernier geste, qui a déçu les Maliens, est la levée des mandats d’arrêt décernés contre certains ex-députés de la région de Kidal ; lesquels avait rejoint  le Mouvement National de Libération de l’Azawad, en prenant des armes contre leur pays. Et en brandissant des velléités indépendantistes.

Après la levée de leur mandat d’arrêt, ceux-sont sont aujourd’hui candidats aux élections législatives. Pire, sous les couleurs du RPM, le parti d’Ibrahim Boubacar Keita.

Réactions des populations

« Je suis vraiment déçu par le président dans la gestion de la crise du nord. Il lève les mandats d’arrêt contre les leaders du MNLA, libère les prisonniers et aujourd’hui, la Cour constitutionnelle valide la candidature de certains d’entre eux aux législatives. Ce qui m’a surtout déçu, c’est que ceux-sont candidats pour le compote du RPM, le parti d’IBK » , explique ce professeur d’enseignement secondaire.

Et cette fervente militante du RPM d’ajouter « j’avoue qu’étant une militante du RPM, je ne comprends plus rien dans les décisions que prend le président dans la gestion de la crise du nord. Je suis vraiment déçue par la levée des mandats d’arrêt contre les rebelles et leur candidature sous les couleurs de notre parti. Car cela va discréditer notre parti aux yeux des Maliens. ».

Pour ce fonctionnaire à la retraite, le président de la République obéit au doigt et à l’œil de la France : «  IBK est en train de suivre ce que la France lui dicte dans la gestion de cette crise avec la levée des mandats d’arrêt, la libération des prisonniers. Mais accepter que des rebelles, qui ont pris des armes contre leur pays, se présentent comme candidats aux élections législatives sous les couleurs de son parti, cela m’a beaucoup surpris. Et j’avoue que je suis beaucoup déçu par les actions d’IBK aujourd’hui ».

Plébiscité à l’élection présidentielle du 28 juillet dernier avec plus de 77 % des suffrages au second tour, IBK apparaissait aux yeux de ses concitoyens comme le seul homme, capable de redonner espoir à ses concitoyens.

Mais trois mois pas après son investiture, cet espoir fait, de plus en plus, place au désespoir, voire à la désespérance. Requiem !


Source: Canard Déchainé

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