Ibk en visite aux portes de l’Azawad : A quand une visite triomphale à Kidal ?

Depuis l’investiture du Président Ibrahim Boubacar Kéïta, nous assistons à une certaine gestion du pouvoir qui jure avec la bonne gouvernance et la démocratie. Tout laisse à croire que le Président n’en fait qu’à sa tête, il en a cure de l’opinion des autres et de l’adhésion populaire à ses décisions. Et d’ailleurs ses premiers propos étaient lapidaires, ou du moins une de ces vérités pleines de vanité et de suffisance :  » Je n’ai appelé personne « .

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Alors il a conjugué au pluriel  » le Mali d’abord  » pour obtenir  » la famille, la belle famille et les amis d’abord  » autour du plat familial qu’est devenu le Mali. Pis, il veut faire croire que les adversaires politiques et la société civile n’ont pas l’ambition de construire le Mali, contrairement à lui le maître des lieux :  » Ce qui m’importe, c’est ce pays là « . Mais cette fuite en avant pour justifier des erreurs de parcours ne saurait prospérer. Et pour causes ?

En prenant cas par cas certains reproches faits au Président Ibk, il est difficile de dire en démocratie et selon les principes de bonne gouvernance qu’il a raison. Nous croyons même que lui-même semble se reprocher quelque chose en prenant mal les critiques objectives ou tout au moins légitimes des Maliens, fussent-ils des adversaires ou opposants.

Dans un monde de globalisation où des décisions sont à partager avec l’ensemble de la communauté internationale, que vaut ce pli à se refermer sur soi-même pour être le miroir de ses propres décisions ? Quel plaisir y a-t-il et pour quel résultat, à prendre des mesures unilatérales, mal fondées et impopulaires ?

Au début de sa prise de fonction, des critiques ont porté sur la non observation par IBK d’un principe démocratique de transparence dans la gestion des affaires : la déclaration des biens.

Allergique à la critique, et croyant se donner raison sur les autres, IBK a cru bon de procéder par un démenti à travers un communiqué attestant qu’il a effectué auprès du procureur général la déclaration de ses biens. Comme si les Maliens ne savent pas comment se passe la déclaration des biens du Président et des membres du gouvernement, ou que cette déclaration est une cuisine intérieure entre le Président et le Procureur.

De qui Ibk se moque-t-il ? Le ridicule ne tue plus au Mali. L’on ne sait sur quelle base ce pouvoir peut-il asseoir la crédibilité des ses avoirs en fin de mission gouvernementale ou de mandat présidentiel dans la mesure où nul ne saurait l’effectivité des éléments de comptes à établir lors du bilan.

N’oublions pas que jusqu’à la date d’aujourd’hui, la déclaration de politique générale (ou programme) du gouvernement devant l’Assemblée nationale reste dans l’ordre des nombreux tabous qui sévissent dans la gouvernance d’IBK. Entre autres, personne ne sait à quand le remaniement légitimé par les élections législatives, on peut seulement dire qu’IBK ne fera pas de remaniement selon les informations divulguées çà et là.

Alors pourquoi le Premier ministre ne passe pas devant l’Assemblée Nationale pour présenter solennellement sa déclaration de politique générale ? Est-ce à dire que la farce de présentation de programme gouvernementale à une certaine presse suffit-elle à se faire bonne conscience ? A croire que la presse pourrait se substituer à l’Assemblée nationale auquel cas nous serions dans une véritable confusion des rôles. Pilotage à vue, quand tu nous tiens !

Ce n’est pas tout, car la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ce fut à l’occasion des festivités commémoratives de la journée internationale des femmes, le 08 mars 2014 au palais de la culture.

IBK s’est mis dans tous ses états de gros malinké, quand la présidente exécutive de la Coordination des associations et organisations féminines du Mali (Cafo), Madame  Oumou Touré a déclaré :  » Les femmes maliennes voulaient être associées sans aucune forme d’exclusion ni de discrimination aux négociations de paix. Mais aussi, aux processus de reforme en cours dans notre pays. Les femmes maliennes disent : oui pour la paix ! Oui pour la réconciliation ! Mais, non pour l’impunité « .

Et IBK de marteler :  » Je ne suis pas un homme de l’impunité, mais souvenons-nous chers amis, nous avons signé un accord de Ouaga qu’IBK n’a pas signé mais qui s’impose à IBK, chef de l’Etat du Mali, la continuité de l’Etat.

Dans ce cadre là, il a été convenu que ceux de nos frères de la rébellion qui n’avaient pas de sang sur la main et ne s’étaient pas impliqués dans le narcotrafic devraient être élargis pour qu’on avance vers la paix. J’avance vers la paix, pas vers la démagogie.

Tout ce qui peut assurer au Mali la paix au-dedans comme au-dehors, je le ferai sans égard pour aucune critique démagogique. Ce qui m’importe, c’est ce pays là « .

En panne d’élégance et de modestie, Ibk a manqué de considération pour les femmes qui n’ont souhaité autre que d’être dans le même bateau que lui, celui de la paix, de la réconciliation et de la lutte contre l’impunité. En s’offusquant du seul propos portant sur l’impunité, Ibk a fait fausse route.

Alors qu’il sache que ses invectives ne sauraient cacher la vérité. Mieux, qu’il s’assume face à la postérité qui retiendra de lui le Président qui a soustrait des entrailles de la justice ceux par qui toute cette crise est venue.

Comment Ibk a-t-il ouvert sa porte aux députés qui ont abandonné l’Assemblée nationale dont il était partie prenante pour prendre les armes contre le Mali, et s’acoquiner avec des terroristes pour égorger une centaine de nos soldats ? Des députés que la justice malienne, à travers le communiqué du procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Daniel A. Tessougué, lu le 7 février 2013 à la télévision publique Ortm, accuse de terrorisme, de sédition, d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Etat, de crimes à caractère racial, régionaliste et religieux, de trafic international de drogue.

A noter également que tous ces présumés auteurs font l’objet de mandats d’arrêt à exécuter aux plans national et international. Et selon ce communiqué, 28 personnes sont concernées dont Alghabasse Ag Intalla, cité comme appartenant à Ansar Dine.

Il est devenu, depuis le 24 janvier 2013, le chef du Mouvement islamique de l’Azawad (Mia), né d’une scission avec le groupe jihadiste dirigé par Iyad Ag Ghali. Quant à Inawelen Ag Ahmed, candidat malheureux du Rpm aux législatives pour le cercle de Kidal, c’est un Commandant de Iyad Ag Ghaly qui est de la douane.

Mohamed Ag Intallah, candidat du Rpm élu à Tin-Essako, est président du Haut Conseil de l’Unité de l’Azawad et un des proches de Iyad Ag Ghaly, qui n’a jamais fait mystère de son projet de réhabiliter Iyad Ag Ghaly.

Quant à Hamada Ag Bibi du MNLA, candidat du Rpm élu à Abeibara, qui ne serait pas du sillage de Iyad Ag Ghaly, il ne peut point jurer la main sur le cœur, après avoir vidé l’Assemblée Nationale pour prendre les armes contre notre pays, qu’il n’était pas à Aguel’hoc. Pis, il est tout de même associé au retour à l’hémicycle qui a porté sur les hommes de Iyad Ag Ghaly, après la libération des otages dont Iyad Ag Ghaly fut un homme clé.

Est-ce à dire que ces hommes ont été élargis en compensation de la libération des otages français ou parce qu’ils n’ont pas du sang – des Maliens – sur la main, auquel cas il conviendrait plutôt à la justice, et non au Président de le constater et d’en édifier les populations surtout qu’ils étaient sous mandat d’arrêt ?

Par ailleurs, concernant l’Accord Préliminaire (Gouvernement Mali – MNLA) à Ouagadougou, rappelons certains de ses points en rapport avec l’objet de notre article.

Dans son préambule, l’accord indique que les parties sont profondément attachées aux valeurs de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la justice, de la promotion et de la protection des droits de l’Homme conformément aux instruments internationaux y relatifs ; et sont déterminées à lutter contre le terrorisme, l’économie criminelle et l’impunité sous toutes ses formes (Mme Oumou Touré n’a pas dit autre chose). Avant de souligner que les parties prendront toutes les mesures nécessaires pour renforcer la confiance et la cohésion nationale.

Et d’ajouter que dans un souci d’apaisement et de confiance, le gouvernement du Mali prendra toutes les dispositions nécessaires pour suspendre les poursuites engagées par la justice malienne du fait du conflit armé contre les membres des groupes armés signataires du présent accord.

Tout en précisant que les parties conviennent que cette suspension ne s’applique pas aux crimes de guerre, aux crimes contre l’humanité, aux crimes de génocide, aux crimes de violence sexuelle et aux violations graves du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

Alors question : Ibk était-il au secret de la guerre pour établir que les candidats RPM de la région de Kidal ne sont pas impliqués dans les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide, crimes de violence sexuelle et violations graves du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire ?

Et l’accord va loin en indiquant que les parties conviennent de la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les crimes de génocide, les crimes de violence sexuelle et les autres violations graves du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire sur tout le territoire du Mali.

IBK n’a-t-il pas fauché l’herbe sous le pied d’une telle commission ? Car toute incrimination éventuelle faite par cette commission à l’endroit des députés RPM pourrait être scandaleuse à plus d’un titre.

Enfin, l’accord tranche en indiquant que les parties s’engagent à libérer les personnes détenues du fait du conflit armé dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, et non à libérer des criminels de guerre alors que le feu continue à Kidal.

Oui, le feu persiste à Kidal, à tel point que IBK le voyageur attitré, malgré sa main tendue aux rebelles, n’a jusqu’à présent pas osé y poser ses pieds.

Vivement la fin de ce cirque d’un autre âge. Après Mopti, aux portes donc de l’Azawad, nous voulons voir IBK à Kidal.

Mamadou DABO

Source: Zénith Balé

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