“Hollande, l’Africain” : le Mali, une sacrée épine dans le pied des présidents français

Qui aurait songé, avant mai 2012, à accoler l’adjectif ” africain ” au nom de François Hollande ? Personne, sans doute. Car, avant son élection, l’actuel président de la République était l’un des hommes politiques français les plus étrangers à l’Afrique. Depuis son arrivée à l’Élysée, il s’est pourtant inventé un destin africain. D’abord, pour prendre ses distances avec la Françafrique version Sarkozy. Puis, en inventant sa propre politique africaine, mélange singulier de déclarations humanistes et d’interventions armées. À l’aide de témoignages inédits, Christophe Boisbouvier décortique la métamorphose de François Hollande. Extraits de “Hollande l’Africain”aux éditions La Découverte (2/2).

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Au cours de l’année 2012, François Hollande a tenté avec plus ou moins de réussite de se démarquer de son prédécesseur sur les dossiers congolais, tchadien et algérien. Mais les choses sont beaucoup plus compliquées concernant le Mali. Au nord de ce pays, les djihadistes prospèrent. La vie de plusieurs otages français est en jeu. Restreinte par les actions de ses prédécesseurs, en particulier Nicolas Sarkozy, la marge de manœuvre de l’Élysée est encore plus étroite que sur les autres dossiers.

Le feu au Mali

Quand François Hollande arrive à l’Élysée, cela fait déjà une dizaine d’années que les djihadistes algériens Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar ont infiltré le Nord-Mali.

Les prises d’otages se sont multipliées. Dans un premier temps, la France n’a expédié sur le terrain que des agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Mais, à partir de 2009, Sarkozy déploie un ” plan Sahel “. Des instructeurs français sont envoyés en Mauritanie, au Mali et au Niger pour former des unités de ces pays à la lutte antiterroriste. En juillet 2010, un commando français venu de Mauritanie lance un raid héliporté au Nord-Mali pour tenter, en vain, de délivrer l’otage français Michel Germaneau, qui sera assassiné quelques jours plus tard par ses ravisseurs. C’est la preuve qu’une unité du Commandement des opérations spéciales (COS), ce corps d’élite rattaché directement à l’Élysée et créé pour mener des opérations coup de poing, stationne déjà en Mauritanie.

En septembre 2010, après l’enlèvement de sept salariés du site d’uranium d’Arlit au Nord-Niger – dont cinq Français, quatre hommes et une femme –, le COS s’installe à Ouagadougou, au Burkina Faso. En janvier 2011, après le rapt de deux jeunes Français à Niamey, au Niger, c’est un commando héliporté venu de « Ouaga » qui tente de libérer les deux otages, qui sont tués dans l’accrochage. Ces forces spéciales ne sont-elles vouées qu’à des opérations commando ? Ne pourraient- elles pas être appelées aussi à débusquer l’ennemi djihadiste dans ses repaires ? Nicolas Sarkozy y pense. En 2010, comme le révélera plus tard le journaliste Nicolas Beau 1, l’Élysée demande à l’état-major des armées de planifier un éventuel « ratissage » des deux principaux sanctuaires djihadistes du Nord-Mali, le Tigharghar (dans le massif des Ifoghas) et le Timetrine. L’état-major rend sa copie sous le nom « opération Requin » – comme au Gabon en 1990 –, mais Sarkozy ne donne pas suite.

En mars 2011, la guerre de Libye éclate. Le président Sarkozy – avec le soutien du PS, on l’a vu – envoie les chasseurs et les hélicoptères français au secours des insurgés libyens. Mais, après la chute du régime Kadhafi, le chef de l’État français se désintéresse de la reconstruction de ce pays. Très vite, la Libye devient la base arrière et l’arsenal de tous les djihadistes du Sahel. En janvier 2012, l’extrême nord du Mali est conquis par des groupes armés, au sein desquels les mouvements djihadistes – Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), leMouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Ansar Eddine – prennent l’ascendant. En avril, Gao et Tombouctou tombent à leur tour, tandis qu’à Bamako le président Amadou Toumani Touré (ATT) est renversé par l’armée.

Source: Atlantico

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