Gouvernance du Mali d’IBK, 12 mois, c’est vite passé !

 « Mon projet, je l’ai voulu volontariste et ambitieux, mais réaliste. Réaliste, car je veux tenir un langage de vérité. C’est à l’image de la gouvernance que je mettrai en place…Mon projet est axé sur le retour de l’honneur du Mali, à travers le rétablissement de la paix et de la sécurité et la réconciliation entre maliens. Le deuxième axe est le bonheur des maliens, pour que chaque citoyen se sente heureux avec des services sociaux de base à leur portée. Le troisième axe concerne l’avenir du Mali, à travers des mesures qui permettront de bâtir une économie robuste et créatrice d’emplois dans de nombreux domaines. Enfin, mon projet propose de revisiter les institutions du Mali pour bâtir une réelle démocratie, à laquelle participeront tous les Maliens.

 

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Je le dis, je le ferai ».

En juin 2013, ceci était l’introduction du projet auquel le Président de la République invitait les Maliens à adhérer afin de lui confier leur vote. Les Maliens ont adhéré à cela car ils pensaient ce qu’on leur disait dans ce projet à savoir que « Le Mali d’abord, ce n’est pas qu’un slogan de campagne. C’est avant tout une philosophie, un état d’esprit, car je veux mettre le Mali au-dessus de tout ». Essayons d’analyser la chose, point par point, en prenant le cas de l’école, de la lutte contre la corruption et la justice et surtout de la réconciliation et la sécurité.

Le Mali d’IBK est-il différent ?

La grave crise que le pays traverse depuis 2012 n’a pas encore pris fin même si l’intervention des forces étrangères a permis d’apporter une amélioration sensible. La sécurité est revenue sur une grande partie du pays alors occupée mais la paix est loin d’être revenue, une partie de nos compatriotes étant toujours dans des camps de réfugiés en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso. La réconciliation et la sécurité était pourtant parmi les premières actions inscrites au programme de gouvernance. La tenue des assises nationales sur le nord n’a pas permis d’avancer sur la question. Il a fallu une sorte de « forcing » de certains partenaires pour que les négociations, sans lesquelles rien n’est envisageable, soient engagées. Les évènements malheureux de mai 2014 ayant fait de nombreux morts ont convaincu que la politique de l’attentisme qui avait été adoptée après l’organisation des assises n’était pas la bonne option. On nous a parlé immédiatement après les évènements de disfonctionnement dans la chaine de commandement sur le terrain. Pourtant, dans les priorités le Chef de l’Etat promettait de «recoudre le tissu national, abîmé, déchiré par des mois de crise » et déclarait que « Pour que [la] réconciliation soit définitive, nous devons tout d’abord rétablir la confiance (souligné par nous). Par le passé, beaucoup de promesses ont été faites, mais pas toujours tenues. Parce que c’est la responsabilité de l’Etat qui est en jeu, cette fois ci, tous les engagements pris seront tenus. Je le dis, je le ferai ! Inch’Allah! ». (L’Essor Spécial du 26 juillet 2013). Le processus de négociation est engagé avec l’engagement des partenaires du Mali et les engagements sont à venir de part et d’autres.

La confiance est –elle revenue dans le cœur des maliens ? Pas sûr quand on écoute les uns et les autres. Même les partisans sans « conditions » du Chef de l’Etat reconnaissent qu’il faut lui donner « encore un peu de temps » pour juger. Les Maliens pensaient avoir mis dans les mauvais cauchemars de leur histoire les soldats qui se refugiaient ailleurs désertant le terrain de combat. La volonté de reconstituer une capacité de défense et de surveillance du territoire en augmentant les moyens de l’armée pour qu’elle dispose des moyens humains et militaires nécessaires à sa mission est-elle réelle à ce jour ? Les forces armées nationales sont-elles en position de combat pour qu’aucun groupe terroriste ou criminel ne puisse franchir la frontière du Mali sans trouver devant lui de la résistance ? (tiré du projet du candidat IBK). Tous les Maliens voudraient y croire surtout que les formations de l’EUTM ont donné tellement d’espoir et l’engagement du candidat IBK de « doter nos forces de défense et de sécurité des moyens humains, technologiques et matériels nécessaires à leur mission » (mesures prioritaires de Mali D’Abord) y avait contribué.

Dans un document rendu public le 10 avril 2014, le Réseau Citoyenneté et Co-entreprenariat ‘JOKO NI MAAYA’  relève que « La formation du gouvernement avec un nombre pléthorique et la présence assez importante de la famille suivie d’alliances estimées contre nature pour les élections législatives ainsi que la formation du Bureau et des Commissions de l’Assemblée Nationale, ont entamé le processus de Relèvement Institutionnel de l’État. La perception notamment, que la famille est devenue la première ligne de défense du Président IBK, a donné plus d’opportunités à l’opposition d’attaquer la personne du Président plutôt que d’être une opposition constructive pour le Relèvement durable du Mali.

La nature de l’homme, caractérisée par un comportement reposant sur « on ne me trimballe pas », agace la Communauté des Chercheurs socio-économistes maliens, alors même qu’elle laisse la main libre à la Communauté internationale d’évoluer vers l’exercice de la tutelle sur les trois Régions Sahariennes du Mali. Cette évolution vers la perte de 2/3 du territoire fait perdre tous les jours qui passent la confiance en la capacité du Président du Changement à conduire le changement et assurer la défense de l’intégrité territoriale. »

La libération au nom de la réconciliation nationale de certaines personnes que l’opinion publique considère comme des criminels de guerre (le cas le plus récent est celle de Ag Alfousseyni Houka Houka, ancien juge islamiste de Tombouctou, qui avait été arrêté pour son rôle présumé dans la commission de violations graves des droits humains) fait penser que l’impunité tant décriée par le Chef de l’Etat lui-même avant son investiture a de beaux jours devant elle.

Corruption : Quel est le niveau de tolérance ?

 

« La lutte contre la corruption sera organisée sur la base d’un principe : la Tolérance zéro. Cette tolérance zéro sera couplée avec des mesures permettant à tous les Maliens de faire face à leurs besoins vitaux dans la légalité. La justice sera implacable, mais juste. L’exemple viendra d’en haut. Je le dis, je le ferai ! Inch’Allah ! », Avait dit le candidat dans son entretien dans L’Essor Spécial du 26 juillet 2013.

Dans une sortie le PARENA dans un document intitulé « IBK, sept mois après : le Mali dans l’impasse », donne la charge « Les difficultés financières que rencontrent les Maliens auraient pu être supportables si, au sommet de l’Etat, était donné l’exemple de la compassion envers le peuple qui souffre, par la retenue et la sobriété dans les dépenses publiques. Or, que voyons-nous ? De nombreux et coûteux voyages présidentiels à bord d’avions de luxe loués à prix d’or avec délégations pléthoriques.

 

Qu’entendons-nous? Des histoires d’argent de plus en plus nombreuses accompagnées de soupçons d’enrichissement illicite. ».

Un peu plus loin dans le document, le parti du bélier se fait plus précis dans son argumentation « Comme si cela ne suffisait pas, les Maliens assistent, médusés, à l’éclosion d’affaires de toute nature qui ébranlent leur confiance en leur pays et en ses institutions. Des contrats relatifs à des marchés de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA sont signés en toute opacité avec des soupçons d’enrichissement personnel ». Et les exemples donnés sont précis :Le contrat de 108 milliards de FCFA entre GUO-STAR SARL et le Ministère de la Défense ; La rénovation du Palais de Koulouba ; Les travaux à la résidence privée du Chef de l’Etat ; L’acquisition d’un nouvel avion présidentiel ; L’affaire ZTE ; Les relations avec des hommes d’affaires étrangers. Avec des détails pour chaque cas. Ce document à l’avantage de mettre sur la place publique des choses qui se murmurent en plus des propositions concrètes que le parti fait pour sortir à ses yeux de l’impasse.

 

Pour une bonne partie de la population malienne, le quotidien avec le « soura fin » pour signifier le versement des pots de vin pour tout acte administratif ou même civil n’a pas changé. Les gens se sont même mieux organisés et cela se fait au vu et au su de presque tout le monde.

La justice pour le moment ne s’est pas encore montrée implacable, au contraire. A l’image de cette dame qui nous raconte le calvaire de sa belle-sœur ! La pauvre dame a eu le malheur de s’être battue 4 mois plus tôt avec une voisine qu’elle avait mordu. Cette dernière étant une jeune fille a eu le « bonheur » de rencontrer entretemps un nouveau copain gendarme. Découvrant les traces de dents sur le corps de son amour, le nouveau copain(gendarme) pour lui apporter « sa contribution » décide de punir la dame qui entretemps avait une grossesse avancée en la faisant emprisonnée sans aucun jugement ni acte. Il aura fallu toute la détermination de ses parents pour la faire sortir de là après plusieurs interventions de personnes à différents niveaux et le paiement d’une « caution » sous forme de ‘sourafin’ puisque cela n’a été matérialisé par aucun document. Sans que cela ne suscite ni colère ni gène de la part de tous ceux intervenus Pour elle, le changement est encore à venir.

Le redécollage par l’école ?

Pour redresser une école « prise en otage par les corporatismes et rongée par une corruption morale et une violence croissantes » les mesures envisagées tournaient autour de la revalorisation de la fonction enseignante, la modernisation des programmes d’enseignement, le renforcement de infrastructures du réseau scolaire, mais également à favoriser la formation professionnelle, à travers la création de plusieurs écoles de métiers, réparties sur l’ensemble du territoire national. «Ainsi, nous allons répondre aux besoins réels de l’économie et de la société malienne, et former des jeunes partout sur le territoire ».

Il faut dire que l’’école malienne est dans le creux depuis la révolution de 1991 et il est plus qu’urgent de la sortir du gouffre. En plus de l’indiscipline chronique dans les classes et salles de cours, il y a en plus le niveau de formation des enseignants, la motivation du corps enseignant, la démobilisation et/ou démission des parents d’élèves.

On peut dire qu’avec le vote le 3 juillet 2014 de la loi N°2014 modifiant la loi N°98-067 du 30 décembre 1998 portant statut du personnel enseignant de l’enseignement supérieur des actes concrets sont posés pour la satisfaction des doléances des enseignants même si certains d’entre eux pensent que des efforts supplémentaires restent à faire sur le plan salarial.

Dans son Rapport sur l’éducation 2013/14, l’UNESCO relève que dans un tiers des pays analysé «moins de trois quarts des enseignants du primaire en poste sont formés selon les normes nationales. Le Mali présente l’un des ratios les plus faibles en la matière, avec 92 enfants pour un enseignant formé. Si l’on se fie aux tendances observées par le passé concernant le recrutement d’enseignants formés, le Mali ne devrait pas atteindre le ratio de 40 élèves par enseignant formé avant 2030. », un défi pourtant qu’il faudrait relever bien avant cette date si l’on donner une chance à la jeunesse du pays dans un espace de plus en plus communautaire.

Pour espérer que les enfants qui sortent de nos écoles nous servent à quelque chose, l’UNESCO estime qu’il faut qu’ils aient acquis les compétences de base. « Pour acquérir les compétences de base, les enfants doivent compléter le premier cycle de l’enseignement secondaire. Des analyses réalisées à partir d’enquêtes sur les ménages montrent que les taux d’achèvement dans les pays à faible revenu s’établissaient à 37 % seulement vers 2010. Les inégalités en la matière sont très marquées, le taux d’achèvement pouvant atteindre 61 % chez les familles les plus aisées et retomber à 14 % chez les plus pauvres. » (p.4 du Rapport mondial de suivi sur l’EPT 2013/4).

Pour notre pays se pose un défi supplémentaire lié à la crise multiforme dans le nord du pays. Ce qui fait dire aux rédacteurs de ce Rapport qu’il va falloir investir davantage de ressources afin d’espérer combler un tant soit peu le grand fossé. « Au Mali, où la plupart des écoles situées dans le nord du pays sont restées fermées en raison du conflit, l’éducation représentait 5 % de l’aide financière demandée pour 2013 mais, en septembre 2013, les contributions annoncées couvraient à peine 15 % des financements » (p.12)

Les points qui malheureusement ont marqué les esprits et retenus plus l’attention sur cette première année de gouvernance IBK resteront sans nul doute l’achat de l’avion d’un autre présidentiel (il y a en avait un autre acquis par son prédécesseur ATT), la présence massive des proches de la famille du Président dans l’appareil d’Etat et surtout son fils, la démission du premier PM Oumar Tatam Ly et les malheureux évènements de Kidal du 21 mai 2014 à la suite du voyage du Premier Ministre Moussa MARA quatre jours plus tôt, le 17 mai.

Sidi COULIBALY (Infosept)

 

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