Gestion du pouvoir : Avec IBK où va le Mali ?

Cette sempiternelle question n’a toujours pas de réponse depuis que le coup d’Etat du Comité militaire de libération nationale (CMLN) contre le régime nationaliste de Modibo Keïta, premier président de la République du Mali.

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L’on se rappelle que lorsqu’il était ministre de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture, Alpha Oumar Konaré, profitant de la Biennale de 1980, a posé la question à son président Moussa Traoré et cela dans un ton pathétique : «Où va le Mali ?».

Il faut dire que si Moussa a mal géré les affaires du Mali (ce qui est absolument évident) ce pays ne s’est pas mieux porté avec le premier président de la IIIème République en la personne de Alpha Oumar Konaré. Bien au contraire ! Celui-ci, au lieu de s’investir pour redonner confiance à notre peuple travailleur, s’est livré à cœur joie à la cynique politique de ‘’diviser pour régner’’.

La conséquence fâcheuse n’échappe à personne : les syndicats se sont constamment émiettés pour fonder un champ de cacophonies dans queue ni tête. A titre d’exemple, l’enseignement a vu la floraison de syndicats d’enseignants opposés les uns aux autres pour une unique et même cause à savoir l’école malienne.

Mieux, avec Alpha Oumar Konaré, tous les vices ont élu domicile au Mali. La gestion patriotique a cédé le pas au clientélisme, à l’escroquerie, à la gabegie, à la corruption, au népotisme, à la surfacturation ; bref avec Alpha, on a assisté, non sans amertume, à la désagrégation du tissu socioéconomique et politique national.

Comme si les vieux démons du malheur s’étaient concertés pour et sur le cas malien, ATT a continué à creuser plus profondément le labyrinthe dans lequel Alpha a plongé notre pays. Avec ATT, la situation socioéconomique délétère avait atteint un seuil inquiétant à tel point que son régime devenait un obstacle à l’honneur et à la dignité de nos masses laborieuses.

La suite, on la connaît ; ATT a été chassé du pouvoir par une junte militaire dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo. Ce coup d’Etat avait donné espoir à tout un peuple. Mais l’immaturité politique a conduit les militaires à mettre entre parenthèses le cri de cœur de notre peuple en l’occurrence le kokadjè pour lequel il a sacrifié bien de ses enfants.

Dès lors, il fallait se reposer la sempiternelle question devenue ennuyeuse : ’’Où va le Mali ?’’

Tout espoir n’étant pas perdu à cette époque, notre peuple a placé sa confiance en Ibrahim Boubacar Keïta à cause de ses mots de passe au cours des joutes électorales de 2013, entre autres on retenait : «Pour l’honneur du Mali» ; «Le Mali d’abord». Il fut élu au deuxième tour de la présidentielle, soit 77,66% des suffrages exprimés.

Mais pour les hommes avertis de la scène politique, le choix de IBK était une erreur. Aujourd’hui, notre pays est dans une impasse gravicime et pour cause :

– En dépit des multiples remaniements par le président, la situation de désastre devient chaque jour plus critique à telle enseigne que l’espoir que notre peuple avait placé en lui s’est sérieusement volatilisé. Ainsi, trois secteurs de la vie nationale se trouvent aujourd’hui en état de dégradation continue.

– Nul n’est sans savoir que l’école malienne est paralysée depuis maintenant des mois et cela dans les trios ordres d’enseignement que sont le fondamental, le secondaire et le supérieur. Comme si la crise scolaire ne disait absolument rien à IBK, il a laissé le ministre Kénékouo dit Barthélémy Togo faire ce qu’il voulait, tout sauf faire face à cette crise scolaire. On peut tout simplement dire ici que l’école n’est pas le souci du président IBK.

Peut-être d’abord pour montrer à l’UNESCO et à la France qu’il est de bonne foi, voilà que le nouveau ministre a, parait-il, débloqué la situation au niveau du secondaire. Il y a fort à parier que IBK change de fusil d’épaule pour «sauver» l’année scolaire, en faisant danser et espérer cet ordre d’enseignement. Comme le dirait l’autre, ‘’le temps est galant’’. Mais comme les Anglais le disent «wait and see !».

Quant au supérieur, la grève illimitée reste en vigueur. IBK veut-il créer à ce niveau un surengorgement des effectifs dans nos universités en colmatant les examens de fin d’année au niveau secondaire. Tout porte à croire que le régime IBK se soucie très peu de l’école malienne qui pourtant constitue la condition première de tout développement national véritable et durable.

– Le foncier constitue aujourd’hui l’autre goulot d’étrangement de l’avenir de notre pays. La gestion de ce domaine est si calamiteuse qu’il n’y a aucune issue fiable à cette question tant que ce sont les mairies qui continueront à gérer les terres au Mali.

Comme pour se moquer de ce peuple, Alpha n’a pas manqué de dire aux maires, dans l’entrée de son deuxième mandat, qu’il ne veut plus entendre parler de la vente d’autres terres par les maires. Pouvait-il oser ordonner d’arrêter tous ceux qui se sont rendus coupables de ces malversations foncières dans notre pays ? Rien n’est moins sûr tant il n’était pas au service du peuple malien.

Aujourd’hui, IBK ne fait pas mieux. Pour redonner confiance à notre peuple, il doit enfin s’assumer en écartant purement et simplement de la gestion de ce domaine sensible qu’est le foncier tous les maires et conseillers qui se sont rendus coupables de la spéculation foncière dans notre pays.

– L’emploi des jeunes reste un problème entier en République du Mali. Au lieu de considérer la jeunesse comme fer de lance de la nation, IBK fait toujours et chaque jour appelle aux vieux et vieilles retraités pour gérer nos affaires. Mais comme on le sait, ces femmes et ces hommes ont largement participé à la désagrégation de notre tissu socioéconomique national.

Leur faire appel c’est tout simplement tourné le dos au mieux être de nos masses travailleuses. Qu’on cesse de parler de l’inexpérience et de l’incompétence de nos jeunes car s’ils ne sont pas à la hauteur de la mission qui est la leur, alors ce serait la mort de la nation.

Et que dire de l’insécurité grandissante dans notre pays ? Il est temps de laisser notre jeunesse et son armée de défendre la patrie. Qu’on n’aille pas encore nous dire que nous n’avons pas d’armée ! Il faut dire plutôt que cette vaillante armée est victime (et avec elle notre peuple) de la gestion politique calamiteuse de ses affaires. Si notre armée est phagocytée, il est impérieux de situer toutes les responsabilités dans cette phagocytose  de notre armée qui imposait (même du temps de Moussa Traoré) le respect de l’intégrité de notre territoire.

Il est aujourd’hui peu de dire qu’au Mali rien ne va. Il faut plutôt reposer la question de Alpha Oumar Konaré : «Où va le Mali ?». Il est temps et alors grand que ça change au Mali pour le bonheur du peuple travailleur aux dépens des sangsues qui baignent dans la sueur et dans le sang des Maliens depuis le coup d’Etat honteux et apatride de 1968 contre le régime patriotique et nationaliste du président feu Modibo Keïta.

Même si cela devait déplaire à ceux qui se battent déjà pour les échéances de 2018. Il faut leur dire que trop pressé, on risque de danser mal. En tout cas, 2018 est encore loin et notre peuple est chaque jour davantage humilié.

Fodé KEITA

 

Source:  Inter De Bamako

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