Etats des partis politiques : Tous fous, certains gravement

Le match qui a vu IBK remporter la coupe suprême a fait beaucoup de blessés parmi les joueurs. Les partis politiques.

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Il y a assurément un «avant» et un «après» présidentielles 2013. Mais, faisons avant tout un petit vol historique des partis dominants au Mali. Au début, il y avait le RDA. Après la seconde guerre, De Gaulle ouvre l’espace en Afrique noire et les partis et formations politiques se mettent en place. Les syndicats aussi et «les bouts de bois» de Sembéne Ousmane en est une preuve éclatante. Le moteur de la gauche en France à l’époque était les communistes. Le PC (parti communiste) de Maurice Thorez va créer un parti continental dans les (ex) colonies avec des branches dans chaque pays: Pdg-Rda au Gabon et en Guinée, Pdci-Rda en Côte d’Ivoire, Us-Rda au Mali, etc. C’est en 1946 que son premier congrès a eu lieu ici à Bamako. Les communistes créent aussi des syndicats chez nous et la gauche française se cache derrière ces formations politiques et syndicats pour pousser à l’Indépendance et aligner nos pays sur l’URSS socialiste et la Chine communiste.

 

 

Après l’Indépendance, la branche locale du Rda (l’Us-Rda) va écraser tout parti et toute formation politique et syndicale: le RDA devient le Mali tout simplement. Mais, il convient de rappeler qu’avant sa chute, Modibo Kéïta avait dissout l’Us-Rda et l’Assemblée nationale: le Mali se résumait à sa personne, sa volonté et le «Socialisme scientifique». Le Rda ne sera plus que l’ombre de lui-même.

 

 

Le CMLN va prendre le relais comme seule entité source et dépositaire de tout pouvoir au Mali. Les différents partis de gauche (socialiste et communiste) sabotent  le travail dans l’ombre afin de rendre impossible tout progrès économique et social et faire détester le régime militaire par les Maliens. Ils vont continuer avec l’UDPM-parti unique comme le RDA. La gauche malienne va avoir la chance de voir un gauchiste gouverner la France durant 14 ans, feu François Mitterrand du parti socialiste. Une fois bien installé, «Dieu» (c’était le surnom de Mitterrand) va lancer une vaste opération de mettre uniquement des gauchistes au pouvoir dans le «pré-carré»français. Il est ainsi demandé aux partis de gauche maliens de s’unir en un seul parti pour accéder au pouvoir: ce sera l’alliance démocratique du Mali-Pasj.

 

 

Durant dix ans, Alpha va écraser, dans la prison, la pauvreté imposée et dans le sang toute opposition. L’Adema-Pasj est quasiment un parti unique qui enrichit en outrance, mate en outrance et appauvrit en outrance. Le Mali est divisé en deux: le paradis et l’enfer. Un pont est établi pour permettre aux habitants de la géhenne  de migrer vers l’éden: ce sera un exode massif jamais vu au Mali. Le Malien apprend à être opportuniste, à se vendre et à se prostituer-politiquement parlant. Mais, une loi sociologique reste implacable : toute entité qui grandit trop et domine tout se divisera. En 1999, l’Adema n’a plus d’adversaire à sa taille: le vers de la division pénètre dans la ruche.

 

 

Ainsi, en 2002, c’est un candidat indépendant qui va gagner les présidentielles. Deux entités -naines, insignifiantes et minables- vont successivement monopoliser la place publique. A savoir, le Mouvement Citoyen puis le PDS. Ceci dit, l’Adema reste de lui la première puissance politique (avec le plus grand nombre  de Députés élus à l’AN et de conseillers communaux et Maires), etc. La Ruche est incontournable et, à partir de 2011, piaffe d’impatience pour reprendre son bien après le départ du soldat le plus gradé du Mali (place partagé avec son maitre Gmt). Qui pouvait lui en empêcher?

 

 

Après la pluie…le mauvais temps

Les mécaniques les plus huilées s’enrayent souvent avec un seul grain de sable. Dioncounda et l’ADEMA avaient mis en place une machine implacable de reconquête du pouvoir devant laquelle rien ne pouvait résister. Un grain de sable soufflé de Kati et portant les contours d’un certain Amadou Haya Sanogo qui est venu mélanger toutes les cartes. Le Mouvement citoyen avait dominé le premier mandat d’ATT et le Pdes, le second. Après «l’effondrement de l’Etat en une demi-journée»(Soumeylou B. Maïga) le 22 mars 2012, ces deux coquilles vides sont réduits au néant. L’Adema pense toute fois avoir un boulevard pour Koulouba. Et ce malgré les mises en garde de Me Tall le jour du déménagement du CNID-Fyt de Bozola à la zone industrielle et que l’on peut résumer ainsi: les premiers ne seront pas forcement premiers.

 

 

C’est ainsi qu’IBK l’emporte avec la manière que l’on connait. Et, depuis, «les jeux sont faits, rien ne va plus!».

 

 

«Les premiers seront les derniers… ». Ce jugement de la bible semble avoir été fait pour les présidentielles 2012 au Mali. La plupart des partis politiques en sont sortis KO ! mais aussi blessés.

 

 

La gravité des blessures varie d’un camp à l’autre. Et, aucun n’est sorti indemne de cette épreuve douloureuse. Une et une seule écurie peut-être considérée comme celle qui a pu tirer son épingle du jeu, voir plus. C’est la Codem qui s’est classée 5ederrière les «grands» et a pu avoir plus de 4% des suffrages (à mettre en rapport avec les 2%, 1%, et même 0,…%).

 

 

A tout seigneur, tout honneur, c’est l’Adema qui est sortie du terrain en étant la plus malmenée et la plus endolorie.  La Ruche est si touchée que son avenir s’écrit désormais avec un point d’interrogation. L’Urd, qui a été «finaliste», a cultivé l’illusion jusqu’aux derniers moments. Elle a encore le vertige et ne sait plus où se trouve le nord. Modibo Sidibé est habituellement silencieux; mais, son parti, les FARE, est encore plus muet: la formation politique n’émet plus aucun son et le diagnostic le concernant reste…consternant. « Zou » et la Cnas ont fait un tour pour la forme. IBK a certes gagné, mais le Rpm a lui gagné quoi dans le jeu? Il est toujours aussi mourant et il s’est montré incapable de bonifier à son profit la dynamique de la victoire éclatante de son mentor-qui donne l’impression de s’en foutre complètement.

 

Les législatives, on en parlera. Au lieu de guérir, elles vont surement précipiter des morts, des comas éthyliques et des paralysies à vie. Des hommes politiques connaitront à leur tour des fortunes diverses. Le glas sonnera pour certains vieux qui sortiront de la scène, forcés  et contraints. Des caciques qui n’ont jamais accepté de préparer et de céder le terrain aux jeunes vont partir pour de bon cette fois-ci. Parmi les jeunes venus, dont certains se sont présentés aux présidentielles, il faut  craindre la mort (politique) prématurée. Entre ces deux couches (jeunes et vieux), le ballotage et la contestation seront sans quartier. D’aucuns y laisseront des plumes.

 

Les hommes politiques ont trop joué avec la politique, trop joué avec la démocratie et trop joué avec l’éthique. Le moment est venu, donc, pour eux de payer. «Car, se coucher sur le dos et pisser n’est jamais impuni», dit l’adage. Cependant, les populations qui récoltent les pots cassés continuent à roupiller de plus belle. Mais, un dormeur n’est pas un mort à vie.

 

Bamadou Tall

 

SOURCE: Notre Printemps
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