Espoirs déçus

Après sept mois de pilotage à vue, les Maliens espéraient voir en place un ‘‘gouvernement de combat’’, à hauteur des défis de l’heure. En lieu et place, ils ont eu droit à la même équipe gouvernementale. Ou presque. La colère des uns le dispute à l’indignation des autres.

 

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« IBK n’a été élu ni par son parti politique, le RPM ; ni grâce au soutien des partis dits ‘‘alliés’’. Il a été élu à plus de 77 % des voix par les populations. Afin qu’il réalise leur volonté de changement, dans la manière de gouverner le pays. Avec ces deux gouvernements, qui se sont succédé à la tête de l’Etat, nous nous rendons, finalement, compte que ce changement tant espéré n’est pour demain ».

 

Les gestes hauts et forts, ce vieil enseignant à la retraite résume, pour l’essentiel, le sentiment de l’écrasante majorité de nos concitoyens.

Rendu public, vendredi dernier, tard dans la nuit, le gouvernement –Mara se semble pas être différent de celui de son prédécesseur. Du moins, à quelques nuances près.

 

Sur les 31 membres, contre 34 dans l’équipe Tatam Ly, on note huit entrants. Seulement. Issus de RPM (Rassemblement Pour le Mali), le parti de la mouvance présidentielle et des partis politiques qui ont appelé à voter IBK au second tour de l’élection présidentielle, les 23 autres membres de l’équipe Tatam Ly sont restés sur place. Mieux, sur les huit entrants, on note une seule femme, Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo. Membre de l’équipe de campagne d’IBK, elle détient, désormais, le portefeuille de la Culture.

 

Echaudés, par la mal –gouvernance sanctionnée par l’occupation des 2/3 du pays par des groupes narco –jihado –terroristes et le coup d’Etat du 22 mars 2012 qui a mis fin au régime du président ATT, les Maliens appelaient au changement. Tant, dans la gestion des affaires publiques que dans le choix des hommes, chargés d’opérer ce changement.

 

Faire du neuf avec du vieux

 

Mais sept mois après la mise en place du gouvernement Tatam Ly, composé de membres de l’ex-junte militaire et de partis politiques ‘‘alliés’’ et la nouvelle équipe de Moussa Mara, IBK semble inscrire son ‘‘action’’ dans le sillon de son prédécesseur : un gouvernement de consensus, celui –là même qui a conduit notre pays à la double crise que l’on sait.

Pourtant, les Maliens attendaient ce nouveau gouvernance avec impatience.

Pour eux, il ne s’agit pas de distribuer des portefeuilles à tel ou tel parti politique pour son soutien entre les deux tours de l’élection présidentielle ; mais de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. En clair, de former une équipe gouvernementale, composée d’hommes et de femmes à l’intégrité morale et intellectuelle reconnues. Des hommes et des femmes à hauteur des défis de l’heure : la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, y compris à Kidal ; l’émergence d’une économie forte ; une répartition équitable des fruits de la croissance ; une justice pour tous ; la lutte contre la corruption et la délinquance financière ; le retour de l’école à… l’école.

Autant de promesses du candidat IBK, restées jusque-là sans lendemain.

Autres déçus de ce remaniement ministériel : les partenaires techniques et financiers du Mali.

Dans un contexte économique difficile, marqué par la crise financière internationale, ils auraient souhaite voir en place un gouvernement restreint d’une vingtaine de membres. Histoire de permettre au Trésor public de réaliser des économies. Même un pays comme la France a réduit la taille de son gouvernement à seize membres, auxquels s’ajoute le Premier ministre.

Mais le gouvernement –Mara, lui, est composé de 31 membres, dont 23 de l’ancienne équipe.

« On ne peut faire du neuf avec du vieux », déplore notre vieil enseignant. Avant de conclure, la gorge nouée par un sanglot : « Dieu sauve le Mali ! ».

Oumar Babi

SOURCE: Canard Déchainé
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