En toute vérité : IBK n’a pas encore échoué

Nos confrères de « Info-Matin » ont créé la sensation le vendredi. A l’évidence, le titre ronfleur et accrocheur « IBK a-t-il échoué ? » n’était qu’une simple opération de « Com. ». Car, on n’a pas besoin d’être à l’abreuvoir des bêtes pour savoir qu’il n’y a pas de pot. Il est évident qu’entre le titre sensationnel et le contenu, il y avait un grand fossé.

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Cependant, pour les observateurs politiques avertis, ce titre exprime l’inquiétude et le doute qui se sont emparés de la majorité présidentielle devant la complexité des problèmes. Eh oui, le pouvoir vacille. Mais par orgueil, il ne veut pas avouer son impuissance et toutes les difficultés qu’il éprouve à sortir de l’imbroglio. Parce qu’il faut vaille que vaille entretenir le mythe d’irréprochabilité d’IBK. Or, le parfait ne convient qu’à Dieu seul. Aussi, la sagesse nous recommande l’humilité, qui est la chose la moins partagée aujourd’hui, particulièrement dans notre pays, où toute voix discordante est perçue comme des tireurs embusqués. Or, en acceptant de se soumettre à la lumière de la critique, il est évident qu’on commettra moins de fautes.

Le plébiscite de 77 % de suffrage obtenu par IBK au 2ème tour du scrutin présidentiel d’août 2013 a semble t-il créé chez lui un sentiment d’auto-triomphe au point d’ignorer l’effort commun qui lui a permis de réussir. Durant les premiers mois de son règne, il croyait ferme tenir son pouvoir de Dieu. Ce qui fait de lui un détenteur du Pouvoir comme un monarque qui l’a hérité de ses ascendants et non du peuple souverain du Mali. Fort de cette considération divine, il y a de forte chance, que l’individu bascule dans le culte de la personnalité, qui n’est autre que la primauté du « Moi » sur le « Nous ou le On », que sont les pronoms qui conviennent à l’exercice d’un Pouvoir démocratique. Pour le cas exprès d’IBK, force est de reconnaître qu’il n’était pas loin de l’abîme. Mais, grâce à la pression des événements à scandale qui se sont succédés ces derniers mois (l’achat du nouvel avion présidentiel, le marché sulfureux d’achat d’équipements pour l’armée passé en catimini, l’affaire Tomy le Corse, l’immixtion de la famille dans l’arène politique, etc.) a eu raison de son ego et l’a complètement ramolli.

Avait-il besoin d’une telle humiliation ? Oh que non !

Il avait tous les moyens d’éviter ces genres d’errements s’il s’était départi de la superstition. Mais aussi, s’il avait opté pour la gestion du Pouvoir qui privilégie l’écoute, le partage des vues et la compréhension mutuelle à la place de l’insulte. Toute chose qui a manqué durant ces mois. Le Président de la République, n’avait pas d’égard vis-à-vis de ses camarades du RPM, ses alliés politiques, la Société civile, encore moins l’Opposition. Même la détresse de ses mandants : les 77% des électeurs qui lui ont fait confiance et les autres lui était indifférente.

C’est la même erreur que le président Alpha Oumar Konaré a commis au début de son mandat en 1992. Lui aussi avait fait fi de l’incommensurable effort déployé par ses camarades pour le hisser au sommet de l’Etat. Dans son premier discours, il s’était mis à chanter les mérites de sa tendre épouse, selon lui sans laquelle il ne serait pas élu. Les camarades frustrés n’ont pas tardé à lui rendre la monnaie de son arrogance. IBK se souvient qu’Alpha n’a eu de répit précaire qu’après sa nomination à la Primature après avoir poussé le professeur Mamadou Lamine Traoré  bers la sortie de l’ADEMA-PASJ et du gouvernement. Même là, en allant grossir le banc de l’opposition, avec son parti le Miria, celui-ci a continué à empoissonner l’atmosphère du régime d’Alpha.

L’histoire est à la fois une succession des événements datés et un éternel recommencement de ceux-ci. Chaque tour de la roue comporte à la fois l’ancien et le nouveau. Le premier se nourrit du second pour se réaliser avec chaque fois de nouveaux acteurs. A quelle que différence près, les faits se reproduisent à l’identique. Etant donc un acteur clé de l’arène politique malienne depuis plusieurs décennies et crédité de beaucoup d’expérience, il était impensable qu’IBK puisse se retrouver dans ces genres de pétrin, en panne d’idées à ce point. Mais, mieux vaut que tard que jamais a-t-on coutume de dire. Tout n’est pas perdu, il lui reste encore beaucoup de cartes à jouer, entre les mains. Mais, à condition qu’il soit humble et apte à garder les pieds sur terre. Il faut qu’il écoute son peuple, qu’il soit sensible à sa détresse en faisant économie de son réflexe de bourgeois. Il doit également instruire au Premier ministre et à tous les membres du gouvernement la nécessaire dépolitisation de son Administration. Nul n’ignore la gestion hégémonique et partisane des affaires publiques par le RPM. Les tisserands n’ont de considération que pour eux-mêmes. Mêmes les alliés sont frustrés à ce sujet, à fortiori les opposants. Bocary Téréta et ses camarades s’emploient à s’accaparer de tous les postes clés de l’Administration, notamment « les Directions à sous ». En témoigne la cabale actuelle du Ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, Mahamane Baby, contre le DG de l’ANPE, Makan Moussa Sissoko, un baron de l’ADEMA-PASJ, un parti allié à la mouvance présidentielle. Pour se donner bonne conscience, il a récemment lancé un appel à candidature pour chasser l’actuel occupant du poste. Ces genres de comportement frustrant peuvent décourager certains amis qui sont prêts à jouer au fusible pour le pouvoir. Ce qui risque de créer le vide autour du pouvoir.

En outre, en tant que Président de la République, IBK doit s’abstenir au tant que possible des déclarations tapageuses parfois frustrantes. Il se doit aussi de maintenir sa famille à l’écart du pouvoir comme l’a fait avant lui, Alpha, Houphouët Boigny, Abdoul Diouf, etc. En Afrique, les exemples d’ATT et de Me Abdoulaye Wade et de Sarkozy en France sont assez édifiants. Tous les trois paient aujourd’hui leur gestion patrimoniale du pouvoir. Le pêché d’ATT a été de céder au caprice de sa fille chérie, Mabo. L’obsession du président Abdoulaye Wade de céder son fauteuil à son fils Karim Wade, a fini par créer un fossé insurmontable entre lui et l’électorat sénégalais. Malgré le caractère républicain de l’Etat français, Sarkozy descendant de l’aristocratie hongroise avait lui aussi tenté un tour de force pour pistonner son fils aîné, Jean Sarkozy,  ce qui a permis de lever le voile sur ses réflexes patrimoniaux de la gestion du pouvoir. Dès lors, il s’était mis dans le viseur des médias qui n’ont cessé de le démonter jusqu’à sa perte. Ce sont des exemples qui doivent nourrir la réflexion d’IBK et éviter d’enfoncer le bois dans la plaie. C’est dire qu’il n’a pas encore échoué, mais…..

Mohamed A. Diakité

SOURCE: Tjikan
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