Éclatement de la Fédération du Mali : 62 ans après, un témoin raconte les faits

Dans le cadre de la célébration du 22 septembre 2022, le mémorial Modibo Keïta a organisé une conférence débat sur « l’Éclatement de la fédération du Mali, vécu et raconté par un témoin ». C’était l’occasion pour le conférencier, Yacouba Diadié Danioko, de revenir sur l’histoire de la construction de la fédération, mettre en évidence les forces hostiles et les jeux troubles ainsi que les divergences idéologiques entre les parties soudanaise et sénégalaise.

La fédération du Mali était un espoir pour les peuples sénégalais et maliens. Son éclatement a été une déception, un regret pour les deux pays, le Sénégal surtout. L’échec de cette fédération doit servir de leçon à la jeune génération dans leur lutte panafricaniste. C’est en tout cas l’analyse que fait un témoin de la création et de l’éclatement de la Fédération du Mali.

L’organisation par le Mémorial Modibo Keïta d’une conférence débat à ce sujet est d’une importance capitale. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné le Directeur général du Mémorial, Moussa Traoré. Selon lui, il est important que la jeune génération sache tout sur cette fédération qui était un espoir.  Une thèse soutenue par l’ancien DG du Mémorial et modérateur de la conférence débat, Modibo Diallo.

Dans son exposé, Yacouba Diadié Danioko est revenu sur l’historique de la création de cette fédération. Il a rappelé que la fédération n’a pas dépassé 20 mois, car elle a été créée le 17 janvier 1959 et dissoute le 20 août 1960.

Plusieurs causes étaient à la base de l’éclatement cette fédération. La première, pas la moindre, c’est la divergence idéologique entre le Mali de Keïta et le Sénégal de Senghor. Le Mali, explique l’ancien ministre de la Culture, était pour la rupture avec la France tandis que le Sénégal était pour la France. « Senghor n’entendait pas que la fédération sorte du giron des Français. De son point de vue, il fallait rester ami avec la France. Or, du point de vue des Soudanais, il faut rompre avec la France. C’est l’une des raisons idéologiques qui étaient à la base de l’éclatement de la fédération », a laissé entendre Yacouba Diadié Danioko. Cette incompréhension est arrivée, selon le conférencier, parce que les deux parties ne sont pas données le temps qu’il faut pour échanger sur tous les aspects.

Ensuite, il faut noter le poids des forces hostiles et les jeux troubles de certains acteurs. Selon le conférencier, la France n’a jamais voulu de cette fédération. Et elle a pesé de tout son poids pour son éclatement. Dans ce jeu, enseigne Yacouba Diadié Danioko, elle était soutenue par Houphouët Boigny qui voyait en la fédération du Mali une menace pour son pays.

Ce n’est tout, le conférencier estime que la partie sénégalaise, à travers Mamadou Dia, est tombée dans le piège des ennemis de la fédération.

Les facteurs déclencheurs de l’éclatement de la Fédération

Même si plusieurs causes sont à la base de l’éclatement de la Fédération, il y a eu des évènements qui ont précipité l’éclatement de la fédération. Parmi ces éléments, il y a la nomination du chef d’état-major général des armées. Selon le conférencier, la nomination par Modibo Keïta du colonel sénégalais Abdoulaye Soumaré n’a pas plu à Mamadou Dia qui avait décidé de bouder les conseils des ministres. « Quand Modibo a signé le décret de Nomination du colonel Abdoulaye Soumaré, Mamadou Dia a refusé de contresigner et depuis ce jour, il a refusé de participer au Conseil des ministres », a laissé entendre Yacouba Diadié Danioko. L’élection du président de la Fédération, l’arrestation des responsables de la partie malienne ont accéléré, selon le conférencier, l’éclatement de la Fédération du Mali.

Les leçons à tirer

Selon le conférencier, le flou demeure sur qui a raison ou qui a tort concernant l’éclatement de la Fédération du Mali. Mais, dit-il, l’éclatement de cette fédération a été un immense gâchis pour le Sénégal d’abord. « Cette fédération aurait propulsé l’Afrique de l’Ouest », estime-t-il.

Selon M. Danioko, la nouvelle génération, dans sa lutte panafricaine, doit tirer les enseignements des erreurs de cette fédération pour mieux avancer.

Les participants à la conférence, dont Daouda Tékété, Mamadou Coulibaly… ont tous apporté leurs contributions. Tous ont évoqué l’importance de cette fédération et ont déploré son éclatement.

Boureima Guindo

Source: LE PAYS

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