A deux ans de la fin de son mandat, les Maliens s’interrogent : IBK pourra-t-il (encore) éviter la « partition du Mali » et rétablir l’autorité de l’Etat sur Kidal ?

La triste réalité de la situation à Kidal est que le drapeau national malien n’y flotte toujours pas. Cela, depuis l’escapade meurtrière de l’ex-Premier ministre Moussa Mara, le 17 mai 2014, dans la cité de l’Adrar des Iforas. A deux ans et quelques petits mois de la fin de son mandat, le président IBK- élu avec plus de 77% des voix des électeurs- peine toujours à ramener cette localité dans le giron national. Pire, le risque de partition du pays n’a jamais été aussi grand que présentement. Les derniers événements ayant opposé des populations civiles à des soldats de MINUSMA attestent de la précarité de la situation  dans cette bourgade. D’où ces Maliens qui s’interrogent et cela à juste raison : le chef de l’Etat sera-t-il capable de résister pour ne pas céder le nord du Mali aux mouvements armés qui y font présentement la loi ?

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Depuis l’élection à la magistrature suprême du pays de l’« homme de parole et d’honneur » Ibrahim Boubacar Kéïta, en septembre 2013, les Maliens ne vivent que dans l’espoir de voir les régions au nord du pays recouvrer la paix et la tranquillité. Pour cela, ils avaient mis tout leur espoir en IBK, considéré au moment de l’élection présidentielle comme l’« homme de la situation » voire, en un mot, « la solution » et, peut-être, même le messie.

Mais voilà que malgré la présence de plus de 11 000 éléments de la MINUSMA et des centaines de militaires de la force Barkhane, en plus de nos propres forces de défense et de sécurité, l’Etat n’arrive pas récupérer Kidal des mains des forces rebelles qui y dictent leur loi. Même le drapeau national, symbole de notre souveraineté, ne flotte plus dans cette localité et cela depuis 2014.

En effet, dans cette cité, abandonnée aux mouvements armés GATIA et CMA, le drapeau national malien ne flotte que dans le camp de la MINUSMA. Il n’est visible en nul autre endroit de la ville. Les autorités administratives de Kidal (le gouverneur et ses collaborateurs) sont, quant à elles, toutes confinées à Gao où elles essayent d’« exercer leur fonction » à partir de cette ville, elle-même dans le collimateur des mouvements armés comme faisant partie de la mythique Azawad.

Cette situation, ridicule et humiliante, étant intervenue à la suite de l’escapade meurtrière de l’ex-Premier ministre Moussa Mara qui vit, le 17 mai 2014, six préfets, préfets-adjoints et sous-préfets tués et un nombre indéterminé de militaires et de civils tués.

Que peut faire maintenant IBK ?

C’est évident que le chef de l’Etat, élu pour  rétablir la souveraineté nationale sur Kidal, est le plus préoccupé par cette situation de « ni guerre ni paix » qui  règne dans cette localité depuis son installation au palais de Koulouba. Une situation qui risque, malheureusement,  de perdurer jusqu’à la prochaine élection présidentielle en 2018. C’est-à-dire dans deux ans.

En dépit de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger par l’ensemble des protagonistes, le 15 janvier et du 20 mai 2015, les avancées sur le terrain sont quasi nulles. Malgré les professions de foi des uns et des autres, ledit accord peine à être matérialisé. Les différentes parties s’accusant mutuellement et en privé de mauvaise foi. Mais devant les écrans de télévision, les mêmes parties « saluent des avancées » qu’elles sont, malheureusement,  les seules à savoir. C’est comme si l’on cherchait à endormir le peuple à travers des propos lénifiant une réalité fade et beaucoup plus triste que l’on ne l’imagine.

Face aux comportements de l’Exécutif visant à apaiser une opinion publique déçue et révoltée, le citoyen lambda a tout l’impression d’assister à une fuite en avant de la part des autorités. Les plus déçus et les plus révoltés de nos compatriotes n’hésitent pas à pointer un doigt accusateur sur les autorités au même titre que les mouvements armés d’être de mèche dans l’enlisement de la situation. Nous assistons, de manière honteuse et spectaculaire, à une démarche proche de la marche du caméléon : c’est-à-dire un pas en avant, deux pas en arrière.

Le temps, le principal ennemi d’IBK

En tout cas, comme on le voit, ce n’est ni le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, ni le pourfendeur le plus radical de la gestion d’IBK, Tiébilé Dramé, qui sont les ennemis du président de la République dans la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation nationale issu du processus d’Alger. C’est le temps, qu’il laisse couler et filer, qui est le principal ennemi du président IBK. A deux ans de la fin de son mandat, le chemin vers la paix est toujours jonché d’embûches et les avancées en la matière très mitigées malgré les déclarations officielles. Pour ne pas affirmer qu’elles sont quasi nulles.

Il urge donc que le chef de l’Etat s’implique davantage pour ne pas avoir à perdre (définitivement) la partie et sa propre crédibilité face à une opinion publique qui lui a largement accordé sa confiance lors de l’élection présidentielle de septembre 2013. Car, au sein même de cette opinion les langues commencent à se délier et de plus en plus.  Certaines personnes n’hésitent pas à entrevoir une éventuelle « partition du pays » ou sa recomposition en un Etat fédéral. Avec cette nouvelle dénomination : République Fédérale du Mali.

IBK osera-t-il prendre une telle responsabilité devant l’Histoire ? Ce qui, pourtant, risque de lui être imposée tôt au tard. D’où cette question, que de très nombreux Maliens se posent aujourd’hui, à savoir si le chef de l’Etat pourra encore rebondir pour éviter une éventuelle « partition du Mali » et rétablir l’autorité de l’Etat sur Kidal. Seul le temps nous le dira.

Mamadou FOFANA 

Source: L’Intelligent Mali

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