Coup d’état ou démission ?

Il a fallu sacrifier une partie de la nuit pour comprendre ce qui a agité la journée du mardi 18 août 2020. L’on a suivi, presqu’en direct, l’arrestation et le transfert du Président Ibrahim Boubacar KEITA au camp Soundiata de Kati, tout le long de la journée, sans véritablement savoir ce qui se jouait. Etait-ce un coup de force ou juste une implication de l’armée pour trouver une solution politique à la crise en cours depuis plusieurs mois.

D’abord le discours du Président

Dans une brève allocution, le Président, désormais sortant, déclare sa démission en évitant d’utiliser expressément ce terme. Il a tenu à faire le point de son bilan et de ses actions face à l’armée du Mali. C’est un baroud d’honneur, comme pour dire qu’il est resté maître de la situation jusqu’à sa décision personnelle de rendre le tablier. « Si aujourd’hui il a plu à certains éléments de nos forces armées de conclure que cela devait se terminer par leur intervention, ai-je réellement le choix ? M’y soumettre, car je ne souhaite qu’aucun sang ne soit versé pour mon maintien aux affaires. ». L’interrogation est forte et pleine de résignation pourtant.

Cependant, un aspect flou vient accompagner cette prise de parole. « Je voudrais vous dire ma décision de quitter mes fonctions, toutes mes fonctions à partir de ce moment, et avec toutes les conséquences de droit, la dissolution de l’Assemblée nationale et celle du gouvernement. ».

Constitutionnellement, le Président de l’Assemblée nationale doit assurer l’intérim pour l’organisation sous 40 jours, au maximum, d’une élection présidentielle. Mais IBK annonce la dissolution de droit de l’Assemblée nationale. Ne serait-ce pas là, une concession aux militaires ? N’est-ce pas là, un aveu d’une démission forcée et anticonstitutionnelle ? N’est-ce pas ici une manière pour IBK de dire à son peuple et à la Communauté Internationale qu’il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat.

Ensuite, l’union sacrée de l’armée

Fait surprenant en de pareilles circonstances, c’est l’union sacrée des forces de défenses et de sécurité dans l’exécution de cette opération. Dans le flou de ce matin du 18 Août, qui annonçait une journée particulière, l’on a cru à une mutinerie des seuls soldats du Camp Soundiata de Kati.

Au fil de la journée, les ralliements se sont faits de partout de sorte à ce que, contrairement au coup d’état de 2012, toutes les composantes de l’armée et des forces de sécurité étaient dans la salle lors de la lecture du communiqué annonçant la création du Conseil National pour le Salut du Peuple.

En effet, en plus du Colonel Major Ismaël Wague, qui a lu le communiqué, il y avait dans la salle, des soldats de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la garde républicaine, de la police, de la gendarmerie, de la protection civile etc.

Cette union détonne et augure d’une certaine sérénité sur les jours à venir. En effet, en 2012, la tentative de contre coup d’état, menée par les bérets rouges avait tourné au vinaigre. Cette union permettra aux meneurs de faire face à la pression internationale et surtout d’échapper au jeu politique.

Dans le communiqué du CNSP, @a1 il n’est pas fait mention de la suspension de la Constitution ni des institutions. Ceci laisse à croire qu’il s’agit d’une simple action de l’armée pour faciliter un début de transition et ramener le calme. Partant, la CEDEAO et la Communauté internationale feront face à une situation de coup d’Etat qui n’en est pas un de classique.

Enfin le peuple

Il nous a été donné de voir une situation ubuesque d’une action militaire, dans la capitale malienne, avec une foule de plus en plus grandissante de civils qui accompagnait chaque progression. Les jeunes du M5-RFP ont appelé, dès 10h à un rassemblement à la place de l’Indépendance. Jusque devant le domicile du Chef de l’Etat la foule compacte a assisté à cette arrestation sans violence, comme pour dire son soutien à l’armée malienne et crier sa victoire après des mois de mobilisation à l’appel du M5-RFP.

Cette sortie de la population pourrait convaincre tout analyste politique, qu’il s’agit ici d’un coup porté par le peuple et donc d’un coup légitime. Mais, nous ne le dirons jamais assez, un coup d’Etat reste acte anti républicain et ne saurait se prévaloir d’une quelconque légitimité.

Y.KEBE 

Source: Bamakonews

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