Conférence d’entente nationale : la forme aura prévalu sur le fond

La montagne n’aura malheureusement accouché que d’une souris, faisant ainsi de cette conférence un véritable succès sur le plan de la formalité. Sur un autre plan, à savoir le fond des questions, il va sans dire que nous ne sommes pas encore sortir de l’auberge.

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Les rideaux sont tombés, hier dimanche 02 avril 2016, sur les travaux de la conférence d’entente nationale. Longtemps réclamée par la classe politique (opposition et majorité), rappelée par les différents groupes armés signataires de l’accord de paix et souhaitée par l’ensemble des forces vives de la nation…cette rencontre, au regard des véritables résultats escomptés, s’est finalement déroulée dans un contexte de méfiance et de défiance.

Sur le plan de l’organisation…

Le mérite revient au bureau du Médiateur de la République et à l’ensemble des acteurs qui étaient impliqués dans l’organisation de cette conférence d’entente nationale. La tenue de l’événement, malgré les tentatives de boycott et de sabotage, illustre à bien des égards que le choix du Professeur Baba Akhib Haidara n’était pas fortuit. Et cela, compte tenu de la neutralité, de la personnalité et de la responsabilité incarnée par ce dernier. En lui confiant ainsi la destinée de cette conférence, le Chef de l’Etat entendait certainement consacrer à l’événement une certaine crédibilité et lui assurer une objectivité.

Sur ce point, le défi a été relevé avec brio. Tant pour le Chef de l’Etat que pour le Médiateur de la République. La mobilisation de tous les principaux acteurs de la vie socioéconomique de notre pays, malgré les circonstances conjoncturelles, consacre à cette conférence d’entente la formalité requise. Tout au plus, elle vient confirmer encore une fois la volonté du Gouvernement à aller vers la paix. Quitte à créer des frustrations ou se faire traiter de tous les noms.

Sur le plan politique…

Loin de toute volonté de dénigrement, il reste évident que le grand gagnant de cette conférence d’entente est le Président de la République. En déclarant, face au boycott de la cérémonie d’ouverture par les groupes armés de la CMA, l’opposition politique et la CSTM, que la CEN était un train qui pourrait être rejoint plus tard par les différents acteurs qui auront raté le départ…le Président IBK ne livrait ainsi qu’une simple volonté de voir tous les Maliens réunis autour d’une même et unique table pour se parler et trouver ensemble des solutions aux problèmes du Mali.

Mieux, d’un point de vue fonctionnel, son discours reflétait tout aussi un aveu d’impuissance quant à son inaptitude à rassembler l’ensemble de ses concitoyens autour de l’essentiel _le Mali_ et bien au delà des considérations personnelles et claniques.

Si la CMA, connue pour son obsession à toujours se faire désirer ou faire de la surenchère, était dans son rôle en boycottant les premiers jours de la conférence ; l’opposition politique et républicaine, elle, s’est plutôt faite ridiculiser en déclinant l’invitation au départ avant de « rejoindre en courant presqu’à l’arrivée le train ». Cette option, bien que réjouissante, est à capitaliser au profit du Président IBK et de son Gouvernement qui viennent de marquer un autre point dans la mise en œuvre des dispositions de l’accord de paix.

Au delà, le discours tenu par le Chef de file de l’opposition le samedi dernier démontre à plus d’un titre que lui et ses compagnons étaient plus venir laver un affront que de participer aux travaux de la conférence.

Les différents sujets abordés dans son allocution (mouvements sociaux, questions sécuritaires et gouvernance), le ton dans lequel il s’exprimait, le moment choisi pour faire son entrée et la parade offerte aux caméras une fois la salle Bazoumana Sissoko foulée…sont autant de facteurs qui démontrent que l’honorable Soumaila Cissé et ses compagnons étaient également venus s’acquitter tout simplement d’un devoir de formalité comme le Gouvernement en organisant cette conférence. Formalité remplie donc de part et d’autre, même si les dividendes politiques et morales ne seront pas les mêmes pour tous. Cependant, quid du vrai débat ?

Le retour à la case départ…

Les Maliens se sont parlés au cours de cette conférence d’entente. Les participants se sont lâchés. Des vérités ont été dites. Presque tous les sujets brulants de l’heure ont été évoqués. Mais très peu de questions auront été tranchées. Ou du moins, les recommandations formulées par les différents acteurs ont un air de déjà entendu.

La question de l’Azawad qui était tant attendue par bon nombre d’observateurs, n’aura fait l’objet que d’une simple recommandation comme tant d’autres en lieu et place d’une vraie résolution qui aurait pu donner un caractère solennel à la décision prise en la matière. Le débat sur ce sujet, comme pour exprimer un aveu d’impuissance, a été renvoyé aux communautés locales concernées par le Président de la conférence comme indiqué certainement dans les recommandations.

Autre aspect, non moins important, cette conférence d’entente nationale était la meilleure tribune en terme de représentativité, pour faire le bilan à mi-parcours de la mise en œuvre de l’accord de paix. Malheureusement non.

Si cette conférence d’entente nationale s’est déroulée dans de très bonnes conditions, elle n’aura pas pour autant contribuer à rapprocher les Maliens ni favoriser l’application de l’accord de paix. En la forme, le pari a été relevé. Mais sur le fond, il convient de rester perplexes. En attendant bien entendu les dividendes pour les différents acteurs, dont la plus imminente reste la composition du nouveau gouvernement.

La Rédaction

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