Cent jours de Moussa Mara a la primature : Ce qu’en pensent les politiques

5 avril 2014-14 juillet 2014, le gouvernement dirigé par Moussa Mara a cent jours. À cette occasion, nous avons tendu notre micro à certains acteurs politiques pour recueillir leurs impressions et les regards des uns et des autres  sur son bilan à la tête du gouvernement. Voici leur réaction.

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Honorable Alkaidi Mahamoud Touré, député élu à Diré (Groupe parlementaire VRD)
«Je crois que c’est le bilan le plus négatif que j’ai jamais vu»
De mon point de vue, je dirais que c’est un bilan absolument négatif sur tous les plans. Nous n’étions pas dans une grande quiétude. En effet, nous étions dans un semblant de quiétude avant l’arrivée de Moussa Mara. Depuis que le Premier Ministre est venu, le Mali a atteint le degré qu’on ne peut même pas qualifier sur tous les plans notamment sécuritaire, économique et social. En clair, je crois que nous avons perdu beaucoup d’acquis simplement par le zèle d’un Premier Ministre qui croit qu’il peut tout faire, qu’il peut tout dire et que lui seul est capable. C’est ça l’analyse que moi je fais des actions que mène Mara. Un homme, quel qu’il soit, est tout simplement un homme. Je reste convaincu que l’homme doit savoir raison garder, savoir écouter, savoir profiter de la petite expérience des autres. Mais quand on vient à la tête de l’Etat, surtout un Etat qui est déjà dans différentes crises, faisant comme
si vous étiez un magicien avec une baguette magique et croyant que vous pouvez tout dire, je crois qu’à la fin vous ne récolterez qu’un bilan négatif. Avec Moussa, je crois que c’est le bilan le plus négatif que j’ai jamais vu.  Je n’ai jamais vu le Mali autant humilié. Je n’ai jamais vu le Mali aussi dans une situation désastreuse. La situation que traverse le Mali aujourd’hui est tout simplement la faute d’un Premier Ministre qui croit qu’il est au dessus de tous. L’appel particulier que j’ai pour Moussa Mara est que le Mali est pour tout le monde. Il ne faudra pas qu’on fasse porter le chapeau à une seule personne.  Nous sommes tous interpelés. La démocratie est un débat d’idée et non une querelle de personnes. Loin d’être de l’arrogance, la démocratie est l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple. Nous sommes des mandants du peuple et il n’y a pas plus représentatif qu’un député. Je ne
suis pas au pouvoir, mais ça ne veut pas dire aussi que je suis contre le pouvoir. Je veux juste que ce pays aille de l’avant.

Zoumana N’Tji, député élu à Bougouni (groupe APM)
«Tout Malien soucieux et digne de ce nom doit rester derrière le gouvernement»
Nous pensons que le bilan du Premier Ministre est assez satisfaisant. Il y a beaucoup de choses qui sont en train de se faire actuellement. Nous notons au passable les visites de terrain du gouvernement. Ce qui n’était pas encore une réalité dans le temps. Nous avons constaté que le gouvernement va à l’écoute de la population pour recenser les problèmes afin d’y trouver des solutions idoines. Nous pensons aussi que la diplomatie malienne a beaucoup travaillé ces derniers jours. C’est pourquoi d’ailleurs, dans ces jours là on entend des négociations avec les groupes armés. Une chose qui est indispensable pour l’économie, la sécurité ou du moins les fondements même de l’Etat. Nous pensons que c’est à mettre à l’actif du gouvernement. Aussi, faut-il  savoir que tout gouvernement qui vient en ce moment a des difficultés. Ce qui est important à souligner, c’est le courage et la détermination de ce gouvernement.  Aux
détracteurs, je dirai que la question du nord ne doit pas être un fonds de commerce pour qui que ce soit. Tout Malien soucieux et digne de ce nom doit rester derrière le gouvernement pour l’aider afin qu’une solution définitive puisse être trouvée à la question du nord. Vouloir tout ramener à une question du nord serait malveillant. On doit tous s’associer comme ça se fait, par exemple, en France par rapport au problème Corse, en Espagne pour le problème Basque et tout près de nous au Sénégal par rapport au problème de la Casamance. Encore une fois, sachons raison garder et unissons nos efforts pour que le Mali puisse sortir de cette crise.

Mamadou Keïta, Secrétaire général des Fare
«Les 100 jours de Mara n’ont pas apporté grand-chose au peuple malien, si ce ne  sont les reculades»
Il manque beaucoup  de choses à ce gouvernement. Le  manque de vision et l’absence totale de cap en matière de sécurité, de l’intégrité du territoire et de réconciliation nationale ont caractérisé ce gouvernement. Les graves événements survenus à Kidal et le désastre qui en a découlé sont une des conséquences de cette absence de vision et de leadership dans le processus de sortie de crise. On peut dire franchement que les 100 jours du Premier ministre Mara n’ont pas apporté grand-chose au peuple malien, si ce ne  sont les reculades. On avait Kidal, mais après sa visite à Kidal le 17 mai 2014, le Mali a perdu plusieurs acquis, d’abord la perte du gouvernorat de Kidal, l’autorité n’est plus à Kidal,  l’administration n’est plus à Kidal, l’armée n’y est plus. Chose grave, en dehors de Kidal d’autres localités sont aujourd’hui occupées par les groupes armés. Donc c’est vous dire que l’heure est très
grave.
Quand on gère un pays, on le gère avec un programme, avec une vision, en se donnant un cap précis et net. Quand on se fixe un cap, on sait où on va. Mais quand on n’a pas de vision, on ne s’est pas donné un cap précis, il est très difficile de gérer un pays

Niankoro Samake, le président du Pacp  « Moussa Mara a le talent de réussir et le soutien du PACP ne manquera pas »
Il a plutôt choisi de sortir IBK du sable mouvant des nombreuses controverses qui allaient sûrement engloutir une bonne partie de son mandat.  Pour se faire accepter des tisserands ou par gratitude pour son ascension politique, le Premier Ministre Moussa Mara a stratégiquement servi d’écran de protection au Président de la République. Sur la ligne de front, Moussa Mara a  inséré de façon fracassante (et coûteuse) la question Kidal dans l’agenda de toutes les parties prenantes, notamment les Nations Unies, l’Union Africaine, la France, la Cedeao et autres.  Le voyage controversé du Premier Ministre dans les régions du Nord du Mali a eu pour conséquences, attendues ou inattendues, la remise en cause et l’accélération du processus de paix.  Cette situation aurait pu être mieux exploitée à l’avantage du Mali par une communication agressive ciblée. Maintenant que les chocs sont amortis, le Premier ministre va devoir se rendre
indispensable pour garder longtemps son poste à la tête du gouvernement.  Il ne manque pas de talents pour rehausser l’Etat et l’image du Mali. Il devient impératif pour lui de s’approprier la direction de l’exécutif en réduisant la taille du gouvernement et de mettre en place Son gouvernement de Combat.  Ce signal fort inspirera à coup sûr le peuple malien à réaliser, dans un premier temps, la gravité de la situation. Le peuple se sentira concerné quand la classe dirigeante focalise toute son énergie dans l’élaboration et l’exécution de politiques publiques à effets immédiats et soutenus dans le sens de l’amélioration de la situation d’ensemble du pays.  Des actions d’envergure tant dans la résolution de la crise que dans le secteur socio-économique vont servir à restaurer l’espoir et regagner la confiance du peuple malien. Le parti pour l’Action Civique et Patriotique souhaite plein succès au Premier Ministre
Moussa Mara et à l’ensemble du Gouvernement.

Amadou Koïta, Président du parti Socialiste Yelen Koura
«Cent jours de Mara, un cauchemar pour le Mali»
La nomination de Moussa Mara avait suscité beaucoup d’espoirs au sein de la population malienne. Cent jours après, nous nous rendons compte que cet espoir commence à se transformer en cauchemar  sur toutes les lignes : sécuritaire, économique et sociale. Nous avons vu, lors de sa déclaration de politique générale, les contrevérités concernant l’avion de commandement de l’ex-président Amadou Toumani Touré. Son départ à Kidal a provoqué des tensions qui ont fait perdre au Mali la ville de Kidal, une partie des régions de Gao et de Tombouctou.  Et l’insécurité est en train de revenir. Sur le plan économique, jamais nous  n’avions vu une telle tension entre le Mali et les institutions de Bretton Woods. C‘est une première dans l’histoire de notre pays que le Fmi décide de geler sa coopération  avec le Mali. Le Mali qui avait été admis au sein des pays pauvres très endettés. Le Mali qui était cité comme un bon élève
dans sa gouvernance. Un pouvoir qui est censé être un pouvoir de changement et de lutte contre la corruption où est le changement ?  Nous avons un manque de versement de plus de trois cent millions de dollar. Toute chose qui rend précaire la situation économique. Sur le plan social, nous assistons à l’augmentation des factures d’électricité, de l’eau et des tarifs des denrées de première nécessité. Comme si cela ne suffisait pas encore, c’est la première fois encore dans l’histoire de notre pays que le gouvernement organise des examens où la fraude a été la règle et non l’exception.  Donc ces cent jours ont  été un cauchemar pour le Mali et les Maliens. Le président de la République doit tirer toutes les conséquences. Un Premier ministre qui nous a amené à la suspension de la coopération avec le Fmi. Le front social est en ébullition. On a suivi l’Untm faire une conférence de presse pour dénoncer ces
augmentations au moment où la situation économique est extrêmement difficile. C’est ce moment que le gouvernement choisit pour augmenter des tarifs d’électricité, de l’eau. Ce n’est pas pour ça qu’IBK a été élu. Moussa Mara, après sa nomination, a rassuré l’ensemble du peuple malien que tous les membres de son gouvernement ainsi que lui-même seront évalués. Trois mois après, il se rend compte lui-même que son arrivée n’a apporté aucune solution.  Au contraire, le pays s’enfonce de jour en jour. Les rumeurs circulent qu’il ne bénéficie plus du soutien du parti majoritaire qui est le Rpm. Nous, nous estimons qu’il ne doit pas forcer le destin. Il est préférable aujourd’hui que le Président de la République Ibrahim Boubacar Keïta respecte les fondements de la démocratie en nommant un Premier ministre issu du rang du Rpm.  Nous demandons au Premier ministre seulement de tirer les conséquences de ces cents
jours à la tête du gouvernement.
La Rédaction

SOURCE: Le Prétoire  du   18 juil 2014.
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