Assemblée nationale : Le film des débats sur la motion de censure de l’opposition

L’Assemblée nationale a examiné le mercredi 18 juin, la motion de censure déposée, vendredi dernier, par l’opposition contre le gouvernement. Après huit heures de débats houleux entre opposition et la majoritaire présidentielle, la motion de censure n’a été votée que par 24 députés pour. Le quota des deux tiers des députés exigés par la Constitution n’étant pas atteint, la motion de censure a été rejetée par l’Assemblée nationale.

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Conformément aux articles 78 de la Constitution malienne et 95 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, l’opposition a déposé, le 13 juin dernier, une motion censure contre le gouvernement. Elle porte sur la gestion des finances publiques, les dépenses extrabudgétaires, l’école qui va de plus en plus mal, le chômage des jeunes qui grimpe, l’achat du nouvel avion présidentiel, la dégénération de la crise du Nord suite à la visite hasardeuse du Premier ministre à Kidal, la généralisation de l’insécurité au Mali… Pour ces raisons et d’autres encore, l’opposition avait demandé la démission du gouvernement.

C’est à 10 h 15 que le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre ont fait simultanément leur entrée dans la salle Modibo Kéita. La séance débute avec la lecture de l’article 78 de la Constitution et de l’article 95 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui régissent la motion de censure. Une lecture suivie de l’explication de la procédure de vote de la motion de censure.

L’honorable Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition, a eu droit à la parole pour justifier l’intérêt du dépôt de la motion de censure, laquelle a été appuyée par 15 députés de l’opposition.  L’honorable Cissé a décrit brièvement la situation socio-économique, politique et sécuritaire qui se dégrade jour après jour.

Parlant des récents affrontements entre l’armée et les groupes armées, Soumaïla Cissé, a estimé que l’armée a été envoyée à la boucherie par le gouvernement. Ces affrontements qui ont débouché à la déroute de l’armée a permis, a-t-il ajouté, aux groupes armés de se ragaillardir en occupant des villes stratégiques du Nord.  Soumaïla Cissé a déclaré haut et fort que l’école malienne et surtout l’université n’existe que de nom.

S’y ajoutent, la mal gouvernance qui demeure « insolente » et les inégalités qui s’accentuent. Toutes choses qui font dire à l’enfant de Niafunké que les « Maliens sont orphelins non, d’avoir perdu leurs père et mère, mais d’avoir perdu l’espoir ». Pour l’opposition, aucun Malien, aucun parti politique ne peut rester indifférent à une telle situation. Toutes choses qui justifient, selon elle, cette motion de censure.

A l’entame, le Premier ministre dira que l’opposition est dans son rôle en déposant cette motion de censure. « C’est avec fierté que je participe à cet exercice démocratique qui est un exercice normal », a-t-il indiqué.

 

Les attaques de la majorité présidentielle   

Mais la majorité présidentielle n’a pas fait de cadeau à l’opposition, ni à sa motion de censure qu’elle a sévèrement critiquée, à la limite sabotée. Cette motion de censure est vue par la majorité présidentielle comme « une motion de déstabilisation du régime » et « d’acharnement » contre le Premier ministre en qui, l’opposition voit un futur adversaire redoutable aux prochaines élections présidentielles. L’honorable Oumar Mariko dira que l’opposition a « tiré à terre » en déposant cette motion de censure.

Pour lui, la solution aux problèmes évoqués par l’opposition ne se trouve pas dans la démission du gouvernement. L’honorable Moussa Timbiné a ajouté que l’opposition s’est trompée de cible. « On voit que c’est le président de la République qui est visé par l’opposition », a indiqué l’honorable Timbiné.

En clair, pour les députés de la majorité présidentielle, cette motion de censure ne se justifie pas, en tout cas, pas dans le contexte actuel du pays. « Il est trop tôt de faire une évaluation de l’exercice de ce gouvernement qui a hérité d’une situation catastrophique », a déclaré l’honorable Abdoul Koumaré.

Au cours des débats intenses, l’opposition a été traitée de tous les noms d’oiseaux par ses adversaires politiques. Certains sont allés loin, très loin, jusqu’à dire que l’opposition a les mêmes revendications que les groupes armés du Nord quand elle exige la démission du gouvernement en ces moments difficiles pour notre pays.

 

Les précisions du Premier ministre

Le Premier ministre a saisi l’occasion pour répondre aux accusations portées contre lui dans la motion de censure, tout en rappelant qu’il n’est pas prêt à démissionner. « Je ne démissionnerai pas. Certes le pays est dans une situation difficile, mais nous allons la gérer ».

Notons qu’au cours des débats, le Premier ministre et l’opposition ne se sont pas compris sur certaines questions, notamment l’achat du nouvel avion présidentiel, les dépenses extrabudgétaires et les récents accrochages entre groupes armés et l’armée régulière.

Rappelons qu’au cours de sa Déclaration de politique générale (DPG), le Premier ministre avait laissé entendre que l’ancien avion présidentiel n’était pas une propriété du Mali, car il n’a pas de papiers. Toutes choses qu’a démenties l’opposition qui a brandi des papiers dans la salle comme étant ceux de l’ancien avion. « J’insiste, je persiste et je signe, qu’il n’y a aucune trace de cet avion dans la ligne de dépense du Mali », a répondu le Premier ministre. Avant d’ajouter que son gouvernement est prêt à être saisi par quiconque qui dispose des papiers d’achat de l’ancien présidentiel.

Par rapport à sa visite à Kidal, Moussa a rappelé que la Minusma et Serval ont été informées un mois avant le voyage. Ni la Minusma, ni Serval ne lui a jamais dit qu’il y avait une menace armée à Kidal. « Je suis allé à Kidal en tant que chef du gouvernement, mais pas pour provoquer quelqu’un », a précisé Mara. Sans piper mot par rapport à la fameuse question « qui a donné l’ordre de tirer à l’armée malienne le 21 mai dernier ? ». Pour lui, la commission d’’enquête parlementaire mise en place pour ce faire doit faire son travail

S’agissant de la dégradation de l’école, ce phénomène pour Mara, ne date pas d’aujourd’hui. Il assure que son gouvernement est en train de prendre toutes les mesures pour sanctionner les responsables des fuites des sujets du DEF. Le Premier ministre, Moussa Mara est de ceux qui pensent qu’il n’y a pas eu de fuite des sujets au bac. Mais il reconnait que le bac s’est déroulé, cette année, dans des conditions particulièrement difficiles pour les candidats.

S’agissant de la cherté de la vie, le chef du gouvernement a expliqué les prix des denrées de premières sont relativement bas par rapport à l’année dernière à la même période. Aussi, dit-il, des programmes déjà financés seront mis en œuvre pour absorber le chômage des jeunes.

Pour ce qui concerne la gestion de la crise, le Premier ministre assure que les perspectives des négociations avec les groupes armés et de la réconciliation sont prometteuses. Moussa Mara a conclu en lançant un appel à tous les Maliens à se donner la main pour vaincre l’ennemi commun et reconstruire le Mali.

Après huit heures de débats tendus entre opposition et majorité, la troisième motion de censure de l’histoire du Mali, a été approuvée par seulement 24 députés sur les 147 députés qui composent l’Assemblée nationale. Ainsi, l’Assemblée nationale renouvelle sa confiance à Moussa Mara qui n’est pas prêt à rendre le tablier.

A. D.

SOURCE: L’Indicateur du Renouveau

 

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