Amadou Toumani Touré – ATT : Un homme condamné par l’histoire ?

Si le rapport de la Commission ad hoc de l’Assemblée Nationale évite à l’ancien Président Amadou Toumani Touré (ATT) un jugement devant la Haute Cour de Justice, il ne met  pas fin au débat sur sa responsabilité dans la tragédie que le pays a connue. Voilà un homme déjà condamné par l’histoire que l’on veut peindre en messie. 

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La Commission ad hoc de l’Assemblée Nationale chargée de l’examen de la demande de mise en accusation de l’ancien Président Amadou Toumani Touré (ATT) devant la Haute Cour de Justice a rendu son rapport qui a été examiné, en décembre 2016, par les honorables députés. La Commission ad hoc a conclu que les investigations qu’elle a menées n’ont pas permis de rassembler les preuves  matérielles sur l’infraction de haute trahison retenue contre  l’ancien Président ATT, exilé à Dakar depuis sa chute sans gloire en 2012. Et les parlementaires ont approuvé, à une écrasante majorité, le rapport de la commission ad hoc. Donc, ‘’le héros’’ du 26 mars ne sera pas traduit devant la Haute Cour de Justice.

Si le vote des honorables parlementaires lui évite un jugement sur ce registre, il ne met  pas fin au débat sur sa responsabilité pour ce qui concerne la tragédie que le pays a connue. Depuis le jour où il a fui sous les canons des mutins de Kati en descendant la colline dans des conditions mystérieuses avant de se cacher quelques jours à Bamako, le général de corps d’armée ATT est devant le tribunal de l’histoire !

ATT a commis des erreurs dans la gestion des affaires publiques. L’homme ne s’est pas comporté comme le vertueux roi Ambodédjo, dont les qualités lui ont été souvent rappelées, non sans risques, par votre journal. Alors que le citoyen apolitique qu’il était à son retour au pouvoir en 2002 bénéficiait d’un réel capital de sympathie auprès de ses compatriotes excédés par les acteurs politiques, lui-même a vite fait de fouler au pied cet avantage en ne prêtant l’oreille qu’aux chants des sirènes. Ces sirènes avaient surtout pignon sur rue dans son système.

Certes, ATT a doté le pays en infrastructures, cela est à son actif. Il ne s’agit  pas pour nous de faire l’apologie d’un homme dont nous avons combattu, par nos plumes, le système de gouvernance. Mais plutôt, de regarder l’histoire en face et d’en tirer les meilleurs enseignements afin de  baliser l’avenir de la nation.

Nous sommes à l’aise en défendant une telle position. Car, au moment où certains politiques, devenus aujourd’hui ses principaux pourfendeurs, rampaient à ses pieds, histoire de bénéficier de prébendes, « Le Challenger » était là à tirer sur la sonnette d’alarme en dénonçant les dérives qui ont précipité la descente de la nation au fond de l’abîme. Cela nous a coûté ce que l’on sait.

« ATT, une tragédie pour le Mali »

« Le pouvoir ATT (Amadou Toumani Touré) finit par donner libre cours à tous les instincts, surtout les plus mafieux. On en connaît aujourd’hui les conséquences terribles. Dans toute l’histoire du Mali, le pays n’est jamais tombé aussi bas. Le pouvoir n’a jamais été autant déconsidéré et gangrené par une “médiocratie” politique totalement corrompue. Les conséquences, notamment sociales et psychologiques sur les ressources humaines, sont d’une extrême gravité. Le matériel humain malien en est durablement affecté », écrivait le philosophe et politique, Pr Issa N’Diaye dans sa tribune intitulée « Faut-il désespérer du Mali d’IBK ? », parue en avril 2014.

Dans l’édition spéciale consacrée en janvier 2013 à la situation du Mali par le quotidien dakarois ‘’Le Soleil’’, l’écrivain et ancien ministre Seydou Badian déclarait que « ATT est une tragédie pour le Mali… ATT était, au fond, un mauvais saltimbanque. Il faisait rire, il mystifiait. C’est lui qui est à la base de cette situation. En vérité, les villes ont commencé à tomber pendant qu’il était encore à la tête du Mali. Certains de ses compagnons disent qu’il a laissé pourrir la situation afin de rester au pouvoir. Il mobilisait ses gens pour laisser entendre qu’avec l’occupation du nord, il n’était pas possible d’organiser des élections……. Amadou Toumani Touré était le chef suprême des armées. Où est cette armée ? Comment a-t-il pu laisser passer la horde armée en provenance de la Libye ? ATT, en vérité, a été un vrai désastre pour le Mali. Comme mystificateur, vous ne trouverez pas deux comme ATT. On s’est laissé prendre à toutes ses histoires, croyant qu’il était l’homme de la situation…. Ce n’était même pas un homme de la taille d’un chef de village….. Il passait son temps à acheter les gens par des médailles, des décorations de toutes sortes, des postes, pour être tranquille et opérer à sa guise ».  Voilà quelques extraits des propos de Seydou Badian, rapportés par le quotidien gouvernemental sénégalais.

ATT est un homme déjà condamné par l’histoire, même si l’on veut le présenter comme un messie. «Le soldat de la démocratie », « le médiateur » est sorti par la fenêtre de l’histoire. Déjà sans être un devin, le Président du Parti pour la Renaissance Nationale, Tiébilé Dramé, avait prévenu, dans un discours prononcé le 18 février 2007, les encenseurs du roi de ne pas détruire le héros du 26 mars 1991. « Je supplie ceux qui incitent le Président de la République à solliciter un second mandat de ne pas détruire le héros du 26 mars 1991 qu’il est… Je demande à ceux qui incitent le Président à solliciter un 2ème mandat à le laisser sortir par la grande porte », lançait Tiébilé Dramé qui fut le premier homme politique à réclamer le retour d’ATT au bercail.

Ce qui est arrivé à ATT en 2012 est la chose la plus grave qui puisse arriver à un homme comme lui, jadis primé, célébré et reconnu à travers la planète entière comme un modèle. Une sanction que seul Dieu peut infliger à un homme de son envergure, lui rappelant qu’il n’est avant tout qu’une créature.

Les partisans d’ATT qui s’activent aujourd’hui pour son retour au bercail, doivent arrêter de nous rebattre les oreilles. Ne soyons pas nostalgiques et respectons la mémoire de ces victimes civiles et militaires de la tragédie malienne fomentée par le général.

 Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger

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