Afrik’Actu* : Réconciliation, oui !: Impunité, non !

S’il est évident que le pardon et la réconciliation sont nécessaires pour la résolution d’une crise militaro-civile dans un pays donné, de surcroît engendrée par l’irrédentisme d’une partie de sa population, il est aussi important que la justice se fasse normalement.  A cet effet,  la réconciliation nationale,  prônée et voulue par l’esprit des récents accords d’Alger entre les protagonistes maliens dans la crise multidimensionnelle au septentrion, ne doit en aucune manière servir de rempart pour  cultiver l’impunité dans notre pays.

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Or, malheureusement, dans la foulée de la signature desdits accords, le  Malien lambda est en train d’assister à la libération de criminels avérés,  voire à la levée de tous les mandats d’arrêts  nationaux  comme internationaux les concernant. La preuve ?

Pas qu’avant-hier, la Mauritanie a procédé à la libération d’un criminel de guerre du groupe Ansardine, un homme très réputé pendant l’occupation djihadiste pour sa propagande, sa défense et sa justification des crimes (de guerre et contre l’humanité) commis par ses camarades à Tombouctou. Notamment des crimes de lapidations d’innocents et de destructions de mausolées etc.  S’y ajoute l’évidence que l’opinion est déboussolée par ces multiples libérations  effectuées par les autorités maliennes de dizaines de criminels (présumés ou avérés) qui attendaient  d’être jugés par les juridictions compétentes nationales. Quels que soient les  motifs de réconciliation nationale ou de recherche de pardon, doit-on empêcher la justice nationale ou internationale de s’exercer pleinement et librement ? Certainement pas !

C’est pourquoi, même si les autorités maliennes  pensent que ces  libérations  de criminels de guerre peuvent servir à  amener les irrédentistes à revenir  facilement dans le giron national, beaucoup de faits récents sont en train de prouver le contraire. Notre pays a été victime le week-end dernier d’une des plus importantes attaques rebelles qui a occasionné la mort de plus d’une dizaine de nos braves soldats. Des soldats de plus en plus victimes  d’embuscades rebelles. Dès lors, l’Etat malien ne devrait-il pas reconsidérer sa position, en l’occurrence dans l’observation du cessez-le-feu?

Dans l’affirmative, il devrait alors stopper sa valse de libération de criminels de guerre et  donner  des moyens militaires adéquats à nos soldats afin qu’ils s’acquittent convenablement de  la défense et la sécurisation du territoire national. Dans cette perspective, notre armée devrait renforcer ses effectifs pour traquer ses ennemis où qu’ils se trouvent, au lieu de les laisser leur tendre des embuscades. La population doit, de son côté, intensifier sa coopération, afin de débusquer l’ennemi qui perpètre souvent ses coups bas  en se confondant à elle?

En somme, si le  pardon et la réconciliation souhaités par les accords d’Alger s’avèrent plus que nécessaires, il est aussi évident que l’impunité doit être évitée à tout prix. Ainsi  pour une meilleure cohésion sociale, tous les citoyens maliens devraient être traités et logés à la même enseigne.  Sinon, point de pardon encore moins de réconciliation nationale, mais place plutôt à la vengeance entre bourreaux  et victimes.

Alors Messieurs de la Commission Justice, Vérité et Réconciliation (CJVR)  pensez-y très forts afin que votre mission puisse bien  aboutir !

 Gaoussou M. Traoré

source : Le Challenger

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