Affaire Charlie : IBK entre le marteau (français) et l’enclume (Bamakois)

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a été parmi les leaders politiques à prendre part à la manifestation de soutien organisée à Paris pour rendre hommage à Charlie Hebdo. Mais il était loin d’imaginer la réaction que ce soutien allait provoquer au Mali.

Cette réaction est venue de Bamako le vendredi dernier par des groupes islamistes qui ont soutenu IBK contre vents et marées lors de l’élection présidentielle dernière. La rupture semble consommée entre Ibrahim Boubacar Keïta et ses soutiens religieux.

angela merkel chancelière president allemande francois hollande president francais ibrahim boubacar keita ibk president malien marche republicaine chef etats parisEn première ligne de la marche contre Charlie, il y avait les islamistes qui ont soutenu sans réserve la candidature d’IBK à la présidentielle de 2013. Parmi les manifestants, il y avait des alliés historiques d’IBK comme Mahmoud Dicko, le président du Haut conseil islamique du Mali. Ce dernier avait soutenu IBK bien avant la présidentielle dernière, et a même publiquement déclaré que le candidat est son ami.

Les manifestants qui ont battu le pavé à Bamako pour dénoncer l’irrévérence de Charlie Hebdo contre l’islam proféraient plus que des propos condamnant le blasphème. Ils se sont vertement attaqués à IBK que certains ont décrit comme un arriviste ayant trompé les musulmans en utilisant l’islam pour arriver au pouvoir.

Les associations islamistes comme Sabati 2012 étaient aussi présentes à la manif du vendredi dernier. On se souvient que cette association politique formée par de jeunes islamistes a pris fait et cause pour IBK lors de la campagne présidentielle de 2013, au risque de provoquer un conflit qui a failli diviser les mosquées.

Le marché de dupe qui existait entre IBK et les groupes islamistes de Bamako a définitivement volé en éclats. Ces activistes ont aveuglement cru que les incantations professées par IBK étaient des prolégomènes d’une révolution islamique au Mali. Aujourd’hui, on en vient presqu’à oublier que les autres candidats à la présidentielle qui ne tenaient pas le même discours qu’IBK étaient tout simplement décrits comme des ennemis à combattre.

 

IBK se livre à la France

Le problème d’IBK est qu’il n’a jamais su dire non à la France contrairement à Modibo Keïta, le père de l’indépendance de la nation. Ce dernier avait tenu tête à Charles De Gaule aux premières heures de l’indépendance malgré les difficultés politiques et économiques dont le Mali et bien d’autres pays de la sous-région souffraient à l’époque.

Contrairement à IBK, le général Moussa Traoré n’a pas laissé François Mitterrand marcher sur ses plates bandes. Ce fut notamment le cas en 1990 lorsque Mitterrand tenait son fameux discours de la Baule sur la démocratisation de l’Afrique. Même Alpha Oumar Konaré dont IBK a été le Premier ministre pendant longtemps a su dire non à la France, lorsqu’il a refusé de se rendre à Dakar pour rencontrer Chirac.

Enfin, ATT qui a été traité de tous les noms d’oiseau par IBK et ses soutiens a catégoriquement refusé de suivre Nicolas Sarkozy. Il en fut ainsi lors de l’intervention française et de l’OTAN en Lybie contre le régime de Kadhafi, de même que la gestion des questions anti-terroristes dans le nord du Mali. Une ligne de conduite qui lui a valu de nombreux ennemis dans des milieux diplomatiques en Europe comme en Afrique où la France de Sarkozy était à la manœuvre.

Quant à IBK, il s’est livré corps et âme à François Hollande, en acceptant une base militaire à Tessalit dans l’extrême nord du Mali. Pire, il l’a fait en acceptant de libérer des prisonniers djihadistes pour un otage français. Pour couronner le tout, il y a sa participation à la marche de soutien à Charlie.

IBK doit savoir qu’il ne peut pas valablement rendre service à la France et rester le président des milieux islamistes maliens. L’équilibrisme auquel il s’est livré jusqu’ici est en train de connaitre son épilogue avec, comme corolaire, la constitution d’un front d’activisme nourri d’espoirs. Des espoirs politiques déchus, qui avaient pourtant été au cœur de l’engagement de certains groupes religieux de Bamako ayant défendu IBK.

Soumaïla T. Diarra

 

SOURCE :L aube

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