Adam Ba Konaré, ex-première dame du Mali : la démocratie malienne a été une désespérante chimère

La réhabilitation de Moussa Traoré dans la conscience populaire est la preuve éclatante comme « l’or du bouré », que la démocratie malienne a été un échec, un mirage, une honte. C’est ça aussi l’os de la parole.

Mme Adam Ba Konaré est une professeure de renom, mais sa si longue lettre adressée au CNSP, à la transition ressemble plutôt à un « pot-pourri musical » ou la prestigieuse historienne, spécialiste du Songhaï, saute d’un sujet à l’autre (tel un papillon voletant dans un champ de nectar),mais dans un ordre pas très cohérent, une digression presque savante, un cul de-sac. Mme Adam BA Konaré n’a visiblement rien compris au coup d’État perpétré de toute évidence par les officiers (très) proches du président IBK escorté dans un V8 rutilant jusqu’à Kati. Même si pour le coup, elle trouve des accents reptiliens, pour louer la qualité du geste : « Pas une goutte de sang versé, pas un cheveu arraché, aucun bruit. Seulement le tohubohu ambiant de la foule agglutinée devant le domicile privé du président de la république sinon le calme sidéral, olympien. ». Cela annoblit-il pour autant un coup de force militaire ?
Par ailleurs que ce serait-il passé, si le président de l’UDPM Moussa Traoré avait eu lucidité et l’intelligence politique d’un Mathieu Kerekou. Comme vous le savez la grande euphorie démocratique aura sans doute été d’une très courte durée.
Contrairement à une légende saugrenue qui court depuis des années, le régime démocratique n’a pas apporté le bonheur « mirifique » tant souhaité par le peul malien principal, artisan de ce big bang démocratique de mars 91 : Une justice à deux vitesses, une santé deux vitesses, un enseignement supérieur à double vitesse. Vous appelez çà progrès social, égalité pour tous devant la justice et les services sociaux de base.
Le mouvement démocratique de mars 91, parlons-en !pourquoi personne n’a encore écrit un livre sérieux, qui fait autorité, sur cette parenthèse exceptionnelle de notre histoire politique. Parce qu’il ne pourra pas occulter le rôle-clé, primordial joué par la France à travers les réseaux Mitterrand, pour soutenir la « glorieuse » lutte patriotique des révolutionnaires et démocrates maliens. Il ne pourra pas non plus dissimuler la présence dans nos murs de pauvres « haïtiens » ( originaires de Haïti) expédiés en renfort au Mali, soigneusement habillés en tenues militaires de l’armée malienne et vous devinez aisément la suite de toutes ses abominations qui s’en suivirent.
Le style « proustien » d’une votre lettre est à la fois attachant, séduisant et prodigieusement révulsant, en ce qu’elle fait la part « trop » belle au mouvement social ou démocratique de Mars 91, ou le grand espoir de rédemption miroité- aux yeux d’un peuple naïf et berné – par les rodomontades des « patriotes sincère et démocrates » s’est vite transformé– par la force du réel- en une désespérante chimère.
Que peut-on faire alors, lorsque de toute évidence le remède devint pire que le mal ?. Une nouvelle « caste sociale » est née plus volubile, accaparante et naturellement prête à tout rafler, à se comporter comme si elle était au-dessus des lois.
Sur le plan politique, ne vous fiez surtout pas au clivage majorité-opposition, car une fois admis dans le monde des initiés, les barrières s’estompent. Certes, ces gens-là sont solidaires, mais entre-deux. Ils s’échangent les adresses des meilleures écoles privées, envoient leurs rejetons dans les MBA au bout de la planète, se soignent dans les cliniques huppées : La France, le canada, les Usa pour les riches, le Maroc, la Tunisie pour les bourses modestes. Tous revendiquent de manière ostentatoire, leur filiation à cette « micro-société » composée du même binôme et fonctionnant de la même manière avec leurs richesses, leurs réseaux ; leurs conflits d’intérêt et leurs renvois d’ascenseur. Même si les hiérarchies sociales continuaient d’exister, Mme la présidente on pouvait raisonnablement supposer (après la fin théorique du régime de Moussa Traoré qu’à terme chacun aurait les mêmes comptes à rendre à la puissance publique. Cela serait bien perce comme un véritable progrès démocratique. Or, le mouvement s’est littéralement inversé et ou les règles communes ne s’appliquent plus à eux. Voilà le triste et douloureux héritage de ce que l’on considère -à tort- comme une démocratie.
B.CAMARA

Source : Le Phénix

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