Tuérie de Gao : La Minusma promet une enquête sérieuse pour situer les responsabilités

La marche citoyenne des populations de Gao du mardi dernier pour protester contre le fameux accord de zone sécuritaire temporaire signé en partie entre le MNLA et la Minusma pour stopper les combats entre les groupes rebelles -notamment le MNLA et les combattants de la Plateforme- a été réprimée par l’organisation onusienne faisant au moins trois morts et des dizaines de blessés.

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Après la marche, c’était la course contre la montre entre les autorités du Mali et la Minusma afin de situer les responsabilités de la répression sanglante. En effet, quelques heures seulement après la répression de la marche causant la mort d’au moins trois personnes, les responsables de la Minusma ont animé un point de presse à leur siège à l’Hôtel de l’Amitié pour non seulement se défendre, mais aussi accuser les séparatistes du MNLA et leurs alliés d’avoir utilisé le document de travail élaboré avec les différentes parties impliquées dans les violences de Tabankort «pour fins de propagande politique et de déstabilisation du processus de paix». Au cours de ce point de presse, le représentant spécial adjoint de la Minusma aux affaires humanitaires et officier en charge, David Gressly, a expliqué aux journalistes que cette rencontre vise à apporter des éclaircissements nécessaires à une bonne compréhension de la situation et signifier que la Minusma reste aux côtés du peuple malien. Regrettant de ce qui s’est passé le mardi dernier à Gao, le représentant spécial adjoint de la Minusma aux affaires humanitaires a assuré qu’il y aura une enquête sérieuse sur ce qui s’est passé afin de situer les responsabilités.

De son côté, le gouvernement du Mali, dans un communiqué, appelle la Minusma à l’impartialité et à rester fidèle à sa mission première qui est la protection des populations civiles. Dans le même communiqué, le gouvernement appelle l’organisation onusienne à renforcer ses capacités dans ce sens précis, à savoir la protection de toutes les populations civiles et la contribution à la garantie de la libre circulation des personnes et des biens.

En ce qui concerne les marcheurs, selon plusieurs témoignages, ils étaient près d’un millier de manifestants et ils ont tenté de pénétrer au sein du siège de la Minusma, situé en plein centre-ville. Les casques bleus auraient, selon des sources, essuyé des jets de pierres et des cocktails Molotov avant de répondre par des tirs de grenades lacrymogènes pour disperser la foule. Il n’y aurait donc pas eu de tirs à balles réelles sur les manifestants, assure Olivier Salgado, porte-parole de la Mission onusienne, mais des tirs de sommation.

«Ce que je peux dire, c’est qu’une manifestation s’est déroulée à Gao, place de l’Indépendance. Pendant que  nous recevions, à leur demande, les délégués de la manifestation dans le camp de la Minusma, une foule s’est amassée autour du camp, aux environs de 10h. Après avoir jeté pierres et cocktails Molotov, des manifestants ont alors tenté de pénétrer dans le camp et c’est à ce moment que la police des Nations unies a utilisé des gaz lacrymogènes et effectué des tirs de sommation pour disperser la foule et l’empêcher de pénétrer dans le camp», a-t-il ajouté.

Pourtant, la direction de l’hôpital de Gao confirme que les personnes tuées l’ont été par balles. Un médecin de son côté a décrit un service des urgences saturé par l’afflux massif de blessés, victimes des gaz lacrymogènes. Dans la rue, des pneus ont été brûlés, de nombreux commerces sont restés fermés et les écoles ont suspendu leurs cours. Le directeur d’un lycée a expliqué avoir attendu la mi-journée avant de renvoyer les élèves chez eux, quand la situation s’est peu à peu calmée, à l’appel des notables de la ville.

Les manifestants sont farouchement opposés à un projet d’accord en cours de discussion sous l’égide de la Minusma et qui prévoit la création d’un secteur démilitarisé au nord de Gao. Dans cette zone, des affrontements ont impliqué, la semaine dernière, des groupes armés rebelles, des groupes armés favorables à l’Etat malien ainsi que la force onusienne.

Pourquoi la tension est-elle montée d’un coup à Gao ?

C’est un document titré «accord pour l’établissement d’une zone temporaire de sécurité» qui a mis le feu aux poudres. Cette simple feuille A4 prévoit la sécurisation par la Minusma d’une zone de dix kilomètres autour de Tabankort, commune où la tension est vive depuis des semaines entre les groupes armés pro-Bamako et les groupes armés rebelles du nord du Mali. La semaine dernière, la Minusma a tiré sur un pick-up du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Sept combattants ont été tués. Depuis, la force onusienne cherche donc à apaiser la situation.

Selon certaines  informations, ce sont les groupes pro-Bamako qui ont proposé la création de la zone tampon. La Minusma a donc fait remonter la proposition à Kidal et la coordination des groupes armés a accepté les propositions, vendredi dernier.

Ce document de travail devait normalement repartir à Bamako pour être validé et signé par les autorités, mais, ce week-end, il a été modifié. En effet, le drapeau du MNLA et le logo de la Minusma ont été ajoutés, puis diffusés dans cette nouvelle version. La force onusienne a dénoncé cette récupération politique et la diffusion du document à Gao -ville qui soutient dans sa majorité les autorités maliennes- a provoqué la colère de la population.

Zakariyaou Fomba

 

Source: Le Débat

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