Processus de paix: la stratégie d’Opa des groupes armés

Entre un Congrès pour la justice dans l’Azawad (CJA) qui fait barrage à la mise en place des autorités intérimaires à Tombouctou et Taoudénit et une Coordination des mouvements armés (CMA) et une Plateforme, alliées contre nature de circonstance qui mettent en joue la Conférence d’entente nationale (27 mars-2 avril) les ingrédients d’une hypothèque sont réunis sur le processus de paix et de réconciliation qui commençait pourtant à véritablement prendre son envol après les multiples coups de mous.

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A priori, rien n’est perdu, d’autant plus qu’aucun processus de paix, à travers le monde, n’a jamais été un long fleuve tranquille. Pourtant, il y a de légitimes raisons de s’inquiéter au regard d’un retournement de situation qui trahit la volonté des groupes armés de donner un coup d’accélérateur au processus de paix et de réconciliation au Mali qui, de nouveau, est en passe d’être pris en otage par certains les prétendus apôtres de la paix dont le désir le plus ardent est en réalité d’avancer à reculons.

Une machine huilée
La machine est suffisamment huilée pour gripper, comme la communauté nationale et la communauté internationale ont pu le constater lors des pourparlers d’Alger. Bien avant, la métastase des groupes armés participait de cette logique. Étant donné qu’on n’abandonne pas une stratégie gagnante, les mouvements armés ont remis ça.
À Tombouctou, c’est le CJA qui prétexte que pour une participation à la Conférence d’entente nationale, un point essentiel de l’Accord pour la paix et la réconciliation, la satisfaction de ses revendications est un préalable : l’inclure dans tous les organes du processus de paix ; à savoir : le Comité de suivi de l’accord (CSA), le Mécanisme opérationnel de coordination (MOC)… C’est la satisfaction de ces revendications, a laissé entendre le porte-parole du CJA, Hamata Ag Elmehdi, qui représente la condition de la levée du blocus imposé par son groupe armé à la ville de Tombouctou et la mise en place des autorités intérimaires dans les deux localités qui restent.
Le porte-parole du CJA affirme, à cet effet : « une conférence d’entente nationale qui sera organisée dans pratiquement une semaine, pour moi s’est déplorable. Parler d’une conférence d’entente qui est censée conclure l’accord sur l’analyse des causes profondes de ce conflit, que nous vivons depuis l’indépendance du Mali et même avant, évoquée le mot Azawad pour savoir sa connotation des Maliens, ne me paraît pas possible sans la mise en place effective des autorités intérimaires. Les points de désaccord sont les mêmes qui ont été annoncés et qui ont fait objet de blocage le mois d’octobre dernier (…) “Il y a des préalables avant cette conférence qui n’ont pas été pris en compte”.
Ainsi, de façon très pernicieuse, ce mouvement né après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, cherche à faire OPA sur un processus mis sur les rails au forceps.
Pour sa part, la CMA n’est pas en reste de cette sournoise campagne de sabordage. Certes, elle a acquiescé la mise en place des autorités intérimaires, après moult tumultes, mais cela ne saurait être un gage de sa bonne foi pour une issue heureuse du processus de paix et réconciliation. En effet, apprend-on, à Kidal, on pointe également du doigt l’organisation de la Conférence d’entente nationale. Les responsables de la CMA prétextent, eux, de “l’impréparation et la précipitation” qui entourent l’organisation de cette rencontre. La petite bête, comme ils ont l’habitude d’en trouver, étant que les concertations régionales annoncées en prélude à la Conférence n’ont pas eu lieu à Kidal.
Un malheur ne venant jamais seul, comme c’est toujours le cas, la Coordination a trouvé un allié de circonstance et franchement contre nature en la Plateforme avec laquelle ils soutiennent l’impossibilité de tenir la Conférence d’entente nationale en avançant des arguments qui ne résistent à aucune critique objective : organisation unilatérale par le Gouvernement de la Conférence d’entente nationale ; réception tardive des TDR ; non-effectivité du cantonnement, des patrouilles mixtes du Mécanisme opérationnel de coordination, du redéploiement d’une armée reconstituée ; l’absence de sécurité pour les réfugiés…

La mauvaise foi
S’il est difficile d’en dire autant du CJA qui n’est qu’une succursale des larrons en foire, la mauvaise foi de la CMA et de la Plateforme est patente. En effet, à Alger les discussions ont été âpres sur l’appellation “’Azawad”’ perçue par la délégation gouvernementale comme portant en elle les prémices d’un État indépendant résultant de la partition du territoire national. Le meilleur compromis trouvé, a été qu’il soit stipulé dans l’Accord pour la paix la réconciliation : “’L’appellation AZAWAD recouvre une réalité socioculturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du nord Mali, constituant des composantes de la communauté nationale. Une compréhension commune de cette appellation qui reflète également une réalité humaine devra constituer la base du consensus nécessaire, dans le respect du caractère unitaire de l’État malien et de son intégrité territoriale”’.
L’Accord poursuit : “’la dimension socio-politique des crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien nécessite un traitement politique. À cet égard, une Conférence d’Entente nationale sera organisée durant la période intérimaire, avec le soutien du Comité de Suivi et sur la base d’une représentation équitable des parties, en vue de permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. Ce débat aura à prendre en charge, entre autres, la problématique de l’Azawad. Il devra dégager les éléments d’une solution devant permettre au Mali de transcender sa douloureuse épreuve, de valoriser la contribution de ses différentes composantes à l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale.
Une Charte pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale sera élaborée, sur une base consensuelle, en vue de prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale”’.
Au regard de cette disposition qui a reçu l’adhésion de toutes les parties signataires, la participation à la Conférence d’entente nationale devrait être perçue comme une obligation. Au lieu de cela, l’on assiste à une rebuffade des groupes armés. Or, paradoxalement, cette Conférence a été voulue pour également prendre en compte les revendications qui n’ont pas pu l’être avant la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation. A cet effet, on se rappelle, la CMA avait prétexté de “’10 revendications pour repousser l’échéance de la signature du document, avant d’être convaincue par la Médiation internationale qu’elles seront prises en compte au cours d’une rencontre entre Maliens.
Enfin, ce qui plaide contre la CMA et de la Plateforme, c’est qu’elles ont été les mouvements qui ont dénoncé, souvent avec véhémence, les retards imputables au Gouvernement dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Paradoxalement, c’est que ce sont eux qui parlent de ‘précipitation’ quand il est question de Conférence d’entente nationale.
In fine, il est clair que les ex-rebelles jouent à fond la stratégie du chaos, question de rester sous perfusion du Gouvernement et de la communauté internationale. Aller à la Conférence d’entente nationale, pour eux, reviendrait à scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Par Bertin DAKOUO

 

Source: info-matin

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