Opération Serval au Mali: le souci permanent des otages

Combien de fois les militaires français sont-ils « passés tout près » des otages lors de l’intervention au Mali? L’historien Jean-Christophe Notin raconte dans un livre à paraître mi-juin l’inquiétude constante de Paris pour les Français prisonniers d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

 

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Tout au long de l’opération française « Serval »déclenchée le 11 janvier 2013, le sort des otages aura été une priorité pour le gouvernement français, qui bloquera plusieurs opérations militaires pour préserver leur sécurité, explique M. Notin à l’AFP.

Depuis leur enlèvement au Niger en 2010, les otages qui travaillaient pour le groupe nucléaire français Areva à Arlit (nord du Niger) « n’ont jamais quitté le Mali, et plus précisément le Tigharghar (nord-est) », assure l’historien.

A au moins deux reprises, les 13 et 22 février 2013, les forces spéciales françaises affrontent les jihadistes à proximité directe des otages.

« Tout se passait derrière une colline », témoignera après sa libération l’un d’eux, Daniel Larribe. La chasse française bombardera même copieusement une zone où étaient détenus les prisonniers, quelques heures après leur exfiltration par les jihadistes.

M. Notin révèle les détails d’une opération avortée fin 2012 pour libérer un otage capturé peu auparavant.

« Deux pick-up sont repérés sur la route de Tombouctou (nord), fonçant à tombeau ouvert sans jamais faire de halte ». Les forces spéciales montent aussitôt une opération d’interception, « les hommes s’équipent mais l’autorisation se fait attendre ». Elle ne viendra pas. Même en soirée, où les Français sont « avertis qu’à la tombée de la nuit, sept passagers sont sortis des véhicules pour prier, sauf un, laissé à part ».

« Paris voulait avoir la quasi certitude que l’otage se trouve bien à bord de l’un des véhicules », selon M. Notin. Le lendemain, les pick-up échapperont à la surveillance des Français. La DGSE (les services secrets français) confirmera quelques jours plus tard que l’otage se trouvait bien à bord.

Autre occasion manquée: le jour où l’état-major envisage une frappe sur une maison de Tombouctou où tous les chefs jihadistes étaient réunis, parmi lesquels Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, rapporte M. Notin, citant un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. Le président français François Hollande stoppe l’opération, jugeant « trop importantes les conséquences éventuelles pour nos compatriotes » otages.

L’Algérien Abou Zeid, l’un des chefs d’Aqmi, a été tué le 22 février 2013, mais impossible de déterminer dans quelles circonstances, selon M. Notin: assaut tchadien, bombe française ou acte suicide.

Le livre raconte également les circonstances de l’arrestation de deux jihadistes français, « rares produits du +Sahélistan+ ».

Djamel ben Hamdi « doit la vie au fait d’avoir la peau blanche qui, de loin, a pu le faire passer pour un otage ». Surprise, l’homme de 37 ans « est français et se présente comme un marchand de vêtements » enrôlé de force par Aqmi. Connu des services français, il est né en Algérie, a rejoint son père à Grenoble, dans le sud-est de la France, à l’âge de deux ans, et a même été candidat – sans succès – pour intégrer les forces de l’ordre.

Le Breton Gilles le Guen, alias Abdel Jelil, a lui été arrêté par des éléments du 1er RPIMA (Régiment de parachutistes d’infanterie de marine), parachutés à 4.000 mètres d’altitude. Les commandos le cueillent endormi sous un arbre, n’opposant aucune résistance, avec ses papiers d’identité dans une pochette.

AFP

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