Nouveau Boycott des travaux du CSA: la défiance de la CMA, le laxisme de la médiation

Sans beaucoup de surprises, les travaux de la 15e session du CSA (Comité de suivi de l’Accord) ont terminé hier mardi, au CRES (Centre régional pour l’énergie solaire) sur la colline de Badalabougou, en queue de poisson. Au motif que la délégation de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) de Kidal a décidé de boycotter les travaux de cette rencontre.

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Ce énième boycott des travaux du CSA par les ex-rebelles séparatistes de Kidal n’est ni plus ni moins qu’une défiance vis-à-vis de la communauté internationale qui, par l’entremise d’une Médiation internationale pilotée par le grand voisin algérien, est garante de la mise en œuvre de l’accord signé à Bamako entre les parties prenantes du conflit du nord de notre pays.

Perspectives d’une l’impasse
Et pourtant, récemment, cette communauté internationale, dans le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU sur la situation du Mali, face au constat de l’évolution lente dans la mise en œuvre de l’accord de paix, avait sérieusement menacé de sanctionner tous les responsables des parties signataires qui se rendraient coupables de blocage. En tout cas, dans son dernier rapport, le secrétaire général de l’ONU s’est montré tranchant sur la question.
« Le processus de paix au Mali se trouve à un moment crucial. En dépit des progrès accomplis au cours des 18 moins écoulés depuis la signature de l’accord, les parties signataires peinent à s’entendre sur les principales mesures provisoires à mettre en place, ce qui ralentit la mise en œuvre des autres dispositions. Étant donné la complexité et la difficulté du processus de paix, les parties signataires se doivent d’agir de manière rapide et décisive pour honorer leurs engagements envers le peuple malien. À moins de six mois de la fin de la période intérimaire spécifiée dans l’accord, j’engage fermement toutes les parties à mettre un terme immédiat aux combats et à reprendre un dialogue constructif. Les parties signataires doivent tirer pleinement parti du potentiel qu’offrent les mécanismes de suivi prévus dans l’accord, notamment en y faisant participer durablement des représentants de haut niveau, pour régler leurs différends et donner la preuve de leur attachement au processus de paix. Dans cette optique, il est crucial que la communauté internationale (l’équipe de médiation comprise), qui a apporté un soutien résolu à la mise en œuvre de l’accord, redouble d’efforts et use de tout son poids politique pour préserver l’engagement des parties signataires et obtenir des résultats immédiats sur le terrain. En cas d’échec du dialogue, j’invite le Conseil de sécurité à envisager, dans les mois à venir, d’imposer des sanctions ciblées à quiconque entrave la mise en œuvre de l’accord ».
En dépit de cette mise en garde de la communauté internationale, une partie de la CMA fidèle à Alghabass Ag INTALLA, non moins président en exercice de la CMA, semble faire comme bon lui semble, en refusant de prendre part aux travaux du CSA.

La médiation internationale face à ses responsabilités
On se rappelle qu’à la quatorzième réunion du Comité de suivi de l’Accord, qui s’est tenue le 20 décembre 2016, la CMA a annoncé qu’elle suspendait sa participation au Comité de suivi de l’accord, invoquant notamment le manque de progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord et la prolifération des groupes armés.
Le document, remis par la CMA aux autorités nationales et à la médiation internationale, daté du 19 décembre, justifie cette décision par la hausse des violences et l’absence de progrès en matière de réformes de la part du gouvernement malien. La Coordination estime que 18 mois après la signature, aucun des points inscrits dans la période intérimaire n’a été opéré de façon concertée entre les parties. Elle y dénonce également les violations répétées du cessez-le-feu, les atteintes aux droits humains et le déplacement forcé des populations.
Les responsables de la Coordination mettent en cause, également, la prolifération des groupes armés encouragés et entretenus par le gouvernement dans le but d’entraver la mise en œuvre de l’accord.
Enfin, la CMA pointe la difficulté pour la médiation internationale à encadrer et à faire respecter les engagements pris.
Ceux qui ont parié que la décision de suspension de la CMA au CSA suite à cette déclaration incendiaire était temporaire n’ont pas eu raison. Cette CMA qui vient de briller de nouveau par son absence aux travaux de la 15e session du CSA, appelle de tous ses vœux à une rencontre de haut niveau avec les médiateurs.
La CMA prouve par cette décision sa toute-puissance devant une communauté internationale qui a toujours traité ses dérives avec complaisance. Sinon, comment comprendre que depuis le 19 décembre, date à laquelle, la CMA a quitté la table de négociations, rien n’a pu bouger.
Pour preuve, dans une lettre en date du 25 janvier 2017, signée du Chef de la délégation de la CMA au sein du CSA, Sidi Brahim OULD SIDATT, en réponse à l’invitation du CSA pour sa participation à la 15e session, les ex-rebelles de Kidal se montrent intraitables sur leur demande : « Par Ia présente, j’accuse bonne réception de votre lettre citée en référence.
Permettez-moi de rappeler que la CMA, dans sa Déclaration du 20 décembre
2016 annonçant sa suspension aux sessions du CSA, avait mentionné un certain nombre de préoccupations qui entachent la mise en œuvre de l’Accord.
À cet effet, la CMA a demandé la tenue d’une réunion de haut niveau afin de trouver un meilleur cadre pour une mise en œuvre intégrale et diligente de l’Accord suivant un chronogramme actualisé, réaliste et consensuel.
La CMA, tout en réitérant son attachement à l’Accord d’Alger, vous sollicite pour pencher sur la préparation de cette réunion pour sortir de cet immobilisme et permettre au CSA de constater des résultats probants qui feront la fierté de tous.
À ce stade, je suis dans le regret de vous informer que la CMA ne sera pas présente à la prochaine session du CSA.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président du CSA, l’expression de ma haute considération ».

La mauvaise foi
Pour comprendre cette situation qui prévaut au niveau du CSA, il nous parait nécessaire de rappeler les conclusions des travaux de la 13e session. En effet, dans le communiqué qui a sanctionné les travaux de cette 13e session, la médiation avait réitéré : « Dans un souci d’efficacité et afin de garantir aux travaux de ce groupe les meilleures chances de succès, la participation de la CMA et de la Plateforme doit être assurée au plus haut niveau de leur hiérarchie, tout comme le Haut Représentant est habilité à inviter à ces travaux toute personnalité qu’il considère en mesure d’apporter une contribution positive. Le délai imparti à ce groupe de travail pour l’accomplissement de sa mission ne doit pas excéder 5 jours ».
De même, le Comité avait fait part de sa préoccupation quant à la persistance des difficultés dans le déroulement de la période intérimaire, notamment par rapport à l’opérationnalisation du Mécanisme opérationnel de Coordination (MOC) et des patrouilles mixtes ainsi que l’installation des Autorités intérimaires.
Il a relevé l’impatience de la Communauté internationale de voir intervenir des progrès tangibles dans la mise en œuvre de l’Accord et exhorté les Parties à faire preuve de bonne foi et de confiance mutuelle.
Dans la synthèse de la réunion établie par les coprésidents, les parties ont été exhortées à honorer pleinement et sincèrement les engagements qu’elles avaient pris et à prendre des mesures concrètes pour que l’Accord soit rapidement mis en œuvre.
À la fin de cette session, il était clair que la CMA avait été mis en demeure par la médiation qui avait reconnu les efforts du gouvernement dans la mise en œuvre des recommandations qui avaient été adressées.
À la veille de la 14e session, la CMA n’avait pas visiblement honoré ses engagements.

Retour à la case de départ
Les conséquences de cette situation, malgré des efforts, les progrès accomplis, ont été modestes et les principales dispositions de l’Accord n’ont pas été appliquées, notamment celles concernant la mise en place d’autorités intérimaires et l’organisation de patrouilles mixtes. Pire, les combats ont repris entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la coalition de
Groupes armés Plateforme.
Du côté de la partie gouvernementale, on avait déploré ce retour à la case de départ, à la période des négociations, et cette attitude récurrente de la CMA tout au long du processus.
« C’est malheureusement comme ça qu’ils réagissent quand ils ont le dos au mur. Ils essaient de se défausser sur le gouvernement qui paradoxalement est la seule partie à avoir rempli tous ses engagements et sous la pression de cette même communauté internationale », a expliqué une source proche du dossier. « Il n’y a aucune léthargie de la part du gouvernement, aujourd’hui si le MOC de Gao ne démarre pas, c’est parce que la CMA n’a toujours pas envoyé ses combattants. Si le MOC de Kidal n’a pas démarré, c’est parce que le CMA refuse de libérer le camp MOC de Kidal » poursuit cette autre source.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le sacrifice de nos jeunes dans l’attentat à la voiture piégée contre le camp du MOC à Gao n’a visiblement rien changé dans les velléités séparatistes de ces enfants gâtés de Kidal. Pour son honneur et le respect de sa parole donnée, la médiation et l’ensemble de la communauté internationale doivent analyser froidement la situation de notre pays et prendre toutes les mesures qui s’imposent pour une mise en œuvre diligente l’accord dans notre pays pour le bonheur des communautés qui sont les premières victimes de ce blocage. Un juste traitement des parties de l’accord est un passage obligé pour la réussite de cette mission de la communauté internationale.

Par Abdoulaye OUATTARA

 

Source: info-matin

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