Nord du Mali : Le mandat de la Minusma pose problème

La problématique de la présence des casques bleus au Mali est plus que jamais d’actualité au moment où le secrétaire général des Nations unies préconise d’augmenter leur effectif alors que les populations maliennes s’interrogent sur leur utilité sur le territoire malien. Et pour cause : l’insécurité a migré du nord pour se généraliser sur l’étendue du territoire national à un rythme quasi quotidien d’attaques perpétrées çà et là par des terroristes et djihadistes sans foi, ni loi. Tous ces attentats, avec mort d’hommes et dégâts matériels, se font au nez et à la barbe des forces étrangères (Barkhane et Minusma) si elles n’en sont pas elles-mêmes les cibles. Pourquoi la Minusma ne lutte pas efficacement contre ces terroristes qui écument le nord du Mali et au-delà ? « Cela ne relève pas de leur mission », répondront leurs responsables. Alors, le mandat de la Minusma est au centre de tous les problèmes sécuritaires que le Mali connait aujourd’hui. D’où, ces voix qui s’élèvent de plus en plus pour décrier la présence de cette mission onusienne au Mali et demander son départ. Pur et simple. Quelle mission est-elle assignée à la Minusma ? Que dit son mandat ? Celui-ci est-il compatible avec la réalité du terrain ? Revue d’un mandat qui pose visiblement problème.

 

 

 

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Les casques bleus des Nations unies ont atterri dans notre pays pendant la Transition de 2012, plus précisément après que l’opération Serval eut  sauvé le pays en chassant du territoire malien les djihadistes et les terroristes.

En son temps, et agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité, par sa résolution 2100 du 25 avril 2013, a décidé d’autoriser la Minusma à prendre toutes les mesures requises pour s’acquitter du mandat qui lui a été confié.

Concrètement, le Conseil de sécurité a demandé à la Minusma d’aider les autorités de transition maliennes à stabiliser le pays et à appliquer la feuille de route pour la transition en accordant une attention prioritaire aux principales agglomérations et aux axes de communication, en protégeant les civils, en surveillant la situation des droits de l’homme, en mettant en place les conditions indispensables à l’acheminement de l’aide humanitaire et au retour des déplacés, à l’extension de l’autorité de l’État et à la préparation d’élections libres, ouvertes à tous et pacifiques. Cette mission a été en grande partie accomplie par les militaires onusiens.

Avec l’arrivée de nouvelles autorités démocratiquement mises en place, le mandat de la Minusma évolue et s’étoffe. Ainsi, par l’adoption de la résolution 2164 du 25 juin 2014, le Conseil a décidé d’axer le mandat de la Minusma sur des tâches prioritaires telles que la sécurité, stabilisation et protection des civils, l’appui au dialogue politique national et à la réconciliation nationale, ainsi qu’à l’appui au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays, à la reconstruction du secteur de la sécurité malien, à la promotion et la protection des droits de l’homme, et à l’aide humanitaire.

 

Un chapelet de tâches (inutiles ?)

En fonction de l’évolution de la situation politico sécuritaire, une autre résolution viendra déterminer les tâches spécifiques assignées aux casques bleus de l’ONU présents au Mali. En effet, par la résolution 2227 (2015), le Conseil de sécurité a décidé que la Minusma s’acquittera des tâches ci-après :

a) Cessez-le-feu

Appuyer, surveiller et superviser l’application des arrangements relatifs au cessez-le-feu et des mesures de confiance par le Gouvernement malien, les groupes armés de la Plateforme et de la Coordination, concevoir et appuyer, selon que de besoin, des mécanismes locaux en vue de consolider ces arrangements et mesures, et lui faire rapport sur les violations éventuelles du cessez-le-feu, conformément aux dispositions de l’Accord, en particulier de son titre III et de son annexe 2;

 

  1. b) Appui à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali
  2. i) Appuyer la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles prévues par l’Accord, en particulier dans son titre II;
  3. ii) Appuyer l’application des mesures de défense et de sécurité énoncées dans l’Accord, notamment celles qui ont trait au soutien, à l’observation et à la supervision du cessez-le-feu, appuyer le cantonnement, le désarmement, la démobilisation et la réintégration des groupes armés, ainsi que le redéploiement progressif des Forces de défense et de sécurité maliennes, en particulier dans le nord du Mali, en tenant compte des conditions de sécurité, et coordonner les efforts internationaux déployés, en étroite collaboration avec les autres partenaires bilatéraux, donateurs et organismes internationaux menant des activités dans ces domaines, dont l’Union européenne, en vue de rebâtir le secteur de la sécurité malien dans le cadre défini par l’Accord, en particulier son titre III et son annexe 2;

iii) Appuyer l’application des mesures de réconciliation et de justice énoncées dans l’Accord, en particulier dans son titre V, notamment la création d’une commission d’enquête internationale, en consultation avec les parties;

  1. iv) Concourir, dans les limites de ses moyens et dans ses zones de déploiement, à l’organisation d’élections locales transparentes, régulières, libres et ouvertes à tous, en apportant notamment l’aide logistique et technique voulue et en mettant en place des mesures de sécurité efficaces, conformément aux dispositions de l’Accord;

 

  1. c) Bons offices et réconciliation

User de ses bons offices et de mesures de confiance et d’encouragement aux niveaux national et local pour appuyer un dialogue axé sur la réconciliation et la cohésion sociale avec toutes les parties prenantes, et entre elles, et encourager et soutenir la pleine mise en œuvre de l’Accord par le Gouvernement malien et les groupes armés de la Plateforme et de la Coordination, notamment en favorisant la participation de la société civile, y compris des organisations de femmes et de jeunes;

 

  1. d) Protection des civils et stabilisation
  2. i) Assurer, sans préjudice de la responsabilité première des autorités maliennes, la protection des civils immédiatement menacés de violences physiques;
  3. ii) Fournir un appui aux autorités maliennes pour stabiliser les principales agglomérations et les autres zones où les civils sont en danger, notamment dans le nord du pays, en effectuant des patrouilles de longue portée, entre autres choses, et, dans ce contexte, écarter les menaces et prendre activement des mesures pour empêcher le retour d’éléments armés dans ces zones;

iii) Assurer une protection particulière aux femmes et aux enfants touchés par le conflit armé, notamment en déployant des conseillers pour la protection des enfants et des conseillers pour la protection des femmes, et répondre aux besoins des victimes de violences sexuelles et sexistes liées au conflit;

  1. iv) Aider les autorités maliennes à procéder au retrait et à la destruction des mines et autres engins explosifs et à gérer les armes et munitions;

 

  1. e) Promotion et défense des droits de l’homme
  2. i) Aider les autorités maliennes dans leur entreprise de promotion et de défense des droits de l’homme, notamment en concourant, dans la mesure du possible et du nécessaire et sans préjudice des responsabilités de celles-ci, à l’action qu’elles mènent en vue de traduire en justice ceux qui ont commis au Mali des violations graves des droits de l’homme ou des atteintes graves à ces droits, ou des violations graves du droit international humanitaire, notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, en tenant compte du fait que les autorités maliennes de transition ont saisi la Cour pénale internationale de la situation qui règne dans leur pays depuis janvier 2012;
  3. ii) Surveiller, sur le territoire national, les violations du droit international humanitaire et les violations des droits de l’homme et atteintes à ces droits, notamment celles commises sur la personne d’enfants et les violences sexuelles liées au conflit armé, concourir aux enquêtes et faire rapport à ce sujet au Conseil de sécurité et publiquement, et contribuer aux activités de prévention de ces violations et atteintes;

 

  1. f) Aide humanitaire et projets en faveur de la stabilisation
  2. i) Pour appuyer les autorités maliennes, contribuer à créer les conditions de sécurité indispensables à l’acheminement sûr de l’aide humanitaire sous la direction de civils, conformément aux principes humanitaires, et au retour volontaire, en toute sécurité et dans la dignité, ou à l’intégration locale ou à la réinstallation des déplacés et des réfugiés, en coordination étroite avec les acteurs humanitaires;
  3. ii) Pour appuyer les autorités maliennes, contribuer à créer les conditions de sécurité indispensables à la mise en œuvre de projets visant à stabiliser le nord du Mali, y compris des projets à effet rapide;

 

  1. g) Protection, sûreté et sécurité du personnel des Nations Unies

Protéger le personnel, notamment le personnel en tenue, les installations et le matériel des Nations Unies et assurer la sûreté, la sécurité et la liberté de circulation du personnel des Nations Unies et du personnel associé;

 

  1. h) Appui à la sauvegarde du patrimoine culturel

Aider les autorités maliennes, dans la mesure du possible et du nécessaire, à protéger les sites culturels et historiques du pays contre toutes attaques, en collaboration avec l’Unesco.

 

Tout sauf l’essentiel

Il était bon que l’opinion sache le mandat intégral de la Minusma afin de se faire une idée plus précise sur l’intérêt ou non de sa présence au Mali.

Dans ce chapelet de tâches, on constate que la Minusma est impliquée dans la gestion de tous les domaines de la vie nationale si elle ne se substitue purement et simplement à l’Etat, aux collectivités, aux partenaires techniques et financiers et aux populations.

Mais, nulle part dans le mandat, il n’est fait cas formellement de la lutte contre le terrorisme, un mot qui n’est pas cité une seule fois dans la résolution.

Or, le plus grand problème auquel le Mali est confronté aujourd’hui, à l’instar de la sous-région, de la bande sahélo saharienne et du continent tout entier, c’est la percée du terrorisme et du djihadisme.

Certes, les défis du développement, de la sécurité alimentaire, des infrastructures sociales de base (santé, éducation, eau et électricité…) se posent ; mais tous sont liés à la résolution des défis de la paix et de la sécurité.

Le Mali n’a jamais été aussi découvert sur le plan sécuritaire que maintenant, même au plus fort de la crise en 2012. Il ne se passe quasiment plus de semaine sans que des populations civiles innocentes, des éléments des forces armées maliennes, des casques bleus de l’ONU, des militaires français de Barkhane ne meurent, victime d’actes terroristes isolés ou de grande envergure, alors que le territoire est quadrillé et peuplé de forces étrangères.

A quoi servent ces forces-là ? Absolument à rien ; sinon qu’à attirer des ennuis au pays et aux populations.

En réalité, les terroristes et les djihadistes n’en veulent pas, à proprement parler, aux populations civiles, mais plutôt aux forces étrangères et aux ressortissants occidentaux ainsi qu’aux militaires maliens. C’est pourquoi, la plupart des attaques et attentats sont orientés vers eux, les civils n’étant que des victimes collatérales.

Ce qui fait croire que le mandat de la Minusma ne reflète aucunement la réalité du terrain, caractérisée par la présence des terroristes, qui cohabitent avec les casques bleus.

Pourquoi ne pas étendre le volet « Protection des civils et stabilisation » du mandat de la Minusma à la lutte contre le terrorisme ? Pourquoi ne pas permettre aux casques bleus de traquer les djihadistes jusque dans leurs derniers retranchements ? Pourquoi ne pas donner carte blanche aux militaires de l’ONU d’aviser en fonction de la situation qui se présente ? Pourquoi ne pas instruire à la Minusma d’agir, non pas sous l’autorité, mais sous les directives des autorités sur les questions sécuritaires globales ?

Même le laisser-aller qu’engendreraient ces questions vaudra mieux que l’état actuel du mandat de la Minusma sur lequel celui-ci n’a réalisé quasiment aucun volet. D’où l’interrogation légitime des Maliens : A quoi sert la Minusma ? Ou, pour être plus précis, la Minusma sert qui ?

Sékou Tamboura 

Source : L’ Aube

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