Législatives dans la jungle de Kidal : Une équation à trois inconnues

manifestation pro mnla kidal

Une élection se doit d’être une fête politique, avec tambours battants au gré de rencontres mobilisatrices pour une participation citoyenne accrue. Mais les législatives à Kidal dans le contexte actuel promettent tout sauf une fête. Pourtant Kidal est partie intégrante du Mali et la présidentielle y a été tenue. Certes pour la symbolique (intégrité territoriale) et pour l’honneur du Mali qui se devait d’avoir un Président de tous les Maliens. Entre cette symbolique forte mais couverte de subjectivisme en faveur de la tenue des élections législatives d’une part, et la réalité du terrain qui appelle objectivement au report d’autre part, s’incère la satanique présence de criminels à col blanc d’Ançardine (trois) et du MNLA (un) sur des listes RPM. Alors est-ce pour le bonheur du Mali, ou celui des terroristes, ou pour les desiderata du parti présidentiel que nous allons organiser des législatives à Kidal ?

Kidal demeure l’épine au pied du Président Ibk, contrairement à tous les pronostics qui donnaient le sultan de Sébénikoro comme la solution à la crise du Nord. En deux temps trois mouvements, il en finira avec la merde au Nord, avaient cru les électeurs. Mais le deal, s’il y en a et il doit en avoir entre les socialistes Ibk et François Hollande, passerait par tout sauf couper un cheveu du MNLA autorisé par contre à détruire le Mali et à tuer les Maliens dans l’impunité totale. Après Aguel’hoc où nos soldats ont été égorgés, après Gao où nos compatriotes ont été amputés et leurs épouses violées, après Tombouctou où le patrimoine mondial a été abîmé, à Kidal l’Etat est à genoux devant les précurseurs et auteurs de ces crimes, et le président de République s’est mu en adorateur des caïds du MNLA et d’Ançardine inscrits sur ses listes, dans un hôtel du quartier du fleuve à Bamako, où on a fait venir les prefets pour la signature des actes, au moment où les autres candidats doivent aller vers l’Administration pour formaliser leur candidature. Aujourd’hui, et ce après la présidentielle, la population de Kidal est totalement envoûtée par le MNLA ; le représentant de l’Etat, le Gouverneur, y vit en otage. Trois ministres y ont été renvoyés sous une pluie de cailloux comme des malpropres. Et dernier acte, la libération du gouvernorat, sur l’ordre des Nations Unies et sous haute surveillance de la MINUSMA, a rencontré la même réticence des populations. Sont-elles prêtes à voter sans incident ? L’Etat fait-il de la sécurité à Kidal une priorité ? Pourquoi donc cette mainmise du MNLA sur Kidal au vu et au su de toutes les autorités nationales et internationales ?

 

Il faut signaler qu’à la différence de la présidentielle, les législatives n’ont pas cette portée à légitimer un pouvoir. Objectivement analysée, la crise est suspensive de toutes les activités politiques et économiques dans une localité donnée, sans enfreindre à la légitimité du pouvoir en place. D’ailleurs mêmes les activités de défense de la Nation ne sont-elles pas suspendues à Kidal depuis belle lurette ? Pourquoi donc avant de rétablir l’ordre à Kidal, on ne peut y prévoir plutôt des élections partielles quand la paix y sera définitive, notamment après un accord définitif de paix suite au dialogue inclusif en cours pour la réconciliation nationale ? En cela, la balle restera dans le camp des fossoyeurs de la République qui doivent comprendre que le Mali est déjà parti, à eux de prendre le train en marche. En effet, l’absence de députés de Kidal n’empêche pas la marche du Mali, contrairement à l’absence d’un Président élu. Ils ont déserté depuis janvier 2012, mille et une lois ont été votées après eux. Comment diantre nous nous mettrons aujourd’hui à tergiverser sur la non tenue d’élections à Kidal pour rester accrochés au jeu insipide d’hommes sans parole ni patriotisme ?

 

D’aucuns demandent le report des législatives non pas seulement à Kidal, mais partout au Mali. C’est sans penser aux conséquences d’un tel acte, sinon ignorer le rôle de l’Assemblée nationale dans une démocratie. Pour sa part, le FDR a demandé le report des législatives à Kidal. De bon droit en raison de la fuite en avant du pouvoir face à son devoir d’établir la paix à Kidal par le déploiement des forces armées maliennes dans toute la localité, et le désarmement des forces du mal (MNLA). Car vouloir tenir les législatives avec deux armées ennemies dans une localité, sachant que les dés sont pipés entre des candidats rebelles sur la liste «  Ibk  » et les autres, c’est compromettre la crédibilité du scrutin et même faire preuve de non assistance à personne en danger. Ibk ira-t-il jusque là ? Tiébilé Dramé du PARENA s’était retiré de la présidentielle pour les mêmes motifs qui, à présent, n’ont pas été résolus. L’histoire lui donne raison aujourd’hui, le MNLA ne respecte rien et fait de Kidal une jungle. Au FDR de s’assumer en retirant ses candidatures et laisser Ibk y aller seul si c’est cela qu’il souhaite. Car c’est lui seul qui comprend cet acharnement à amadouer le MNLA et Ançardine, on ne sait pour quel intérêt. Il est le seul Malien aujourd’hui, peut-être avec ses acolytes, a vouloir assister le MNLA et Ançardine agir contre les intérêts et le bonheur des Maliens en toute impunité. Trop, c’est trop Monsieur le Président, nous sommes totalement contrariés par le sort de fils à Papa ocrtoyé au MNLA et à Ançardine. D’ailleurs, de sources concordantes, à part le RPM, aucun parti n’aurait fait acte de candidature dans les trois circonscriptions électorales intérieures, c’est seulement dans la commune de Kidal que l’URD a présenté un candidat. Comme quoi déjà à Kidal, il n’y aurait d’élections, si elles se tenaient, que pour les indépendantistes et les jihadistes.

 

Il faut retenir que la libération du gouvernorat et de la radio n’est qu’un piège. Les soutiens du MNLA (la Communauté internationale sous l’égide de la France) pour faire valoir une supposée ouverture du MNLA au dialogue, sont venus pour libérer un immeuble et non une circonscription, pour redresser une situation créée par la France qui regrette aujourd’hui l’assassinat de ses journalistes et non pour désarmer le MNLA. Ce fauve se permet même d’exiger le passage de ses messages sur les antennes comme si la liberté d’expression était brimée en ce qui les concerne à Kidal. Où est la paix, où est la sécurité avec des attaques terroristes et des prises d’otages sous la barbe de la MINSMA ? Les conditions d’élections libres, crédibles et transparentes sont-elles acquises à Kidal ? Les observateurs internationaux seront-ils épargnés de prises d’otages ? Si oui, viennent-ils alors en soutien au MNLA pour qu’ils soient épargnés?

 

Il est temps que les Maliens fassent attention à la partition du pays qui se dessine sous l’égide du MNLA, une dénomination qui veut tout dire d’ailleurs : Mouvement national pour la libération de l’Azaouad. Ce n’est pas en reportant les élections à Kidal que l’on consacrerait la partition du pays, c’est en légitimant la suprématie de  ces fossoyeurs sur Kidal que l’on ouvrira grande la voie de la partition de notre pays. Dialoguer avec des hommes armés, tenir des élections sous le contrôle de ces hommes et non de l’Etat malien, c’est cela le comble du défaitisme, de la reconnaissance de notre faiblesse avant et au moment du dialogue que nous perdrons sur toute la ligne. De l’autonomie maintenant, le MNLA obtiendra l’indépendance pour Kidal.

 

En tout état de cause, l’absence de l’Etat à Kidal en dit long sur l’objectivité à reporter ces élections à Kidal. Nous ne devons pas passer notre vie à regretter des morts de la part d’hommes jusqu’ici couverts par l’impunité à eux accordée hier par la France et aujourd’hui par IBK. A bon entendeur salut !

 

Mamadou DABO

Source: Zénith Balé

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