Le nord échappe au Mali : définitivement ?

Alors que le processus de dialogue est plus que jamais enclenché entre le gouvernement les mouvements armés du nord, force est de constater que les rebelles font fi du cessez-le-feu et continuent leur implantation dans les localités du nord du Mali.

 

 

rebelle combattant touareg nord mali azawad

 

 

Face à la « gravité » de cette situation, les autorités maliennes alertent les partenaires internationaux via un communiqué rendu public hier.

« Le Gouvernement appelle la communauté internationale, notamment la Minusma, présente sur le terrain, à constater ces faits et à assumer toutes ses responsabilités, conformément aux dispositions de l’accord de cessez-le feu et à la résolution 2164 du Conseil de Sécurité, notamment la protection des civils. »

La situation est effectivement grave car ces manœuvres interviennent à quelques jours des pourparlers de paix d’Alger. Ces négociations constituent les derniers espoirs pour trouver une solution définitive à la crise sécuritaire qui dure depuis des décennies au nord du Mali.

Pour assurer le succès de ce dialogue, la MINUSMA, la France et le Burkina Faso seront aux cotés des maliens le 16 juillet en Algérie. En attendant, un véritable danger plane sur ces pourparlers.

La montée en force des rebelles dans le nord

C’est désormais un fait indéniable que la mainmise de la rébellion dépasse de loin la seule ville de Kidal. Depuis la débâcle de l’armée en mai dernier, il ne se passe un jour sans que la presse nationale ne rapporte de nouvelles prises des groupes armés. Et ce ne sont pas les titres chocs qui manquent pour prévenir les autorités : « Nord du Mali : Plusieurs localités annexées par les bandes armées », « Situation au nord du Mali : Le drapeau du Mnla flotte presque partout », « Kidal-Gao-Tombouctou : Le nord livré aux bandits armés », etc.

Malheureusement, ces titres ne sont point dotés de contenus creux. En effet, on rapporte d’inquiétantes percées des groupes armés. Ils contrôlent plusieurs localités comme Menaka, dans la région de Gao, où la radio rurale a été rebaptisée « radio azawad ». Hormis les capitales régionales, c’est toutes les localités du nord qui se trouvent occupées ou exposées à une invasion imminente. Et partout c’est le même scenario : le drapeau malien est piétiné pour hisser celui de la rébellion.

Le gouvernement malien assiste en spectateur

L’inaction des autorités s’apprécie plus par leur impuissance que par une volonté sournoise de laisser la république aux mains des criminels. Les évènements de Kidal, en mai dernier, ont brusquement et considérablement renversé l’équilibre des forces. Depuis cet épisode, les parties en conflit avaient convenu d’un accord de cessez-le-feu. Cependant, et c’est bien dommage, le Mali reste le seul à respecter son engagement.

La position du gouvernement s’inscrit dans un certain esprit de fatalisme face à des groupes armés qui se renforcent avec des complicités flagrantes d’acteurs extérieurs. Même si le gouvernement assure prendre « toutes les mesures à sa disposition pour éviter une escalade », il est aisé de comprendre que ceci n’est, pour l’instant, qu’à titre indicatif. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la communauté internationale est vivement appelée « à assumer toutes ses responsabilités ».

Cependant, une escalade n’est malheureusement pas à écarter totalement avec la multiplication des actes de provocations des groupes armés. Il urge donc que la France et la MINUSMA exercent leur pleine autorité sur ces régions en l’absence de l’armée malienne.

Il n’est plus utile de répéter qu’un nouvel embrasement de la situation sécuritaire, alors qu’on s’achemine vers des discussions prometteuses, aurait des conséquences irréversibles sur la paix sociale. Ce risque est d’autant plus réel que l’absence d’autorité fait craindre des affrontements à la fois entre les différentes tribus touaregs mais aussi entre communautés nomades et sédentaires pour le contrôle des localités.

Il ne fait aucun doute que les partenaires internationaux sont résolument engagés pour la paix, mais ont-ils conscience des dangers qui planent sur cette paix ?

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