L’armée française dans le bourbier du Mali

 convoi armée française nord-mali
Depuis l’intervention de la France le 11 janvier 2013 (opération Serval), c’est la paix au Mali. «Victoire ! Nous avons gagné cette guerre ! Nous avons chassé les islamistes du Mali !» Ah bon ? Et vous arrivez à faire gober ça à qui ? Alors, pourquoi l’armée française est-elle encore au Mali ? On négocie la libération de deux otages contre une rançon de 25 millions d’€ et deux journalistes sont sauvagement abattus. Non, n’y voyez aucune corrélation, c’est du hasard ! En réalité, la France est dans un bourbier, j’aimerais que l’on m’explique ce que la France fait réellement au Mali, “qui” elle défend et “qui” elle combat. L’armée du Mali est en conflit avec les touaregs du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) et Ansar Dine (mouvement salafiste) alliés à d’autres mouvements islamistes. Des groupes tels qu’AQMI ou le MUJAO veulent établir un État islamique dans tout le Mali. Le MNLA revendique l’indépendance de l’Azawad (les trois régions de Kidal, Tombouctou et Gao). Le 5 avril 2012, lors de la prise de Douentza, les rebelles touaregs ont proclamé l’indépendance de l’Azawad. Le MNLA et les islamistes ont tenté de mettre en marche le nouvel État. Le 27 juin, les islamistes du MUJAO entrent en guerre avec le MNLA pour le contrôle de Gao. Ils prennent le contrôle de Gao aux dépens des Touaregs, le conflit entre ces derniers et les islamistes s’étend au reste du Mali. Le 11 janvier 2013, face à l’avancée des rebelles au-delà de la ligne de séparation des deux Mali et la prise de Konna (verrou stratégique dans la marche sur Bamako), l’état d’urgence est déclaré dans le pays. Une intervention militaire menée par la France (opération Serval) est lancée, la CEDEAO (MISMA) vient en renfort. En février 2011, Sarkozy avait lancé la guerre de Libye.

 

Là, la France soutenait les rebelles et Sarkozy a fait éliminer son ex-ami, le colonel Mouammar Kadhafi (à qui il vendait des armes). Depuis, la Libye est dans le chaos. Après le désastre de la guerre de Libye, des milliers de combattants touaregs, ayant supporté soit Kadhafi soit les rebelles libyens, sont entrés au Niger, au Mali et dans tout le Sahel avec un vaste armement issu de la guerre contre Kadhafi. Des organisations comme AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et d’autres mouvements se sont saisis d’un arsenal d’armes de l’ex-régime de Kadhafi pouvant servir à des actions terroristes. En clair, en faisant tomber le régime de Mouammar Kadhafi, nous avons ouvert la voie aux islamistes que l’on prétend combattre au Mali. Des guérilleros touaregs, qui ont fui le Mali après les rébellions des années 1990, s’étaient engagés dans l’armée libyenne de Mouammar Kadhafi, ils ont regagné le Mali à sa chute et ont rejoint le MNLA. Le MNLA est équipé de fusils d’assaut, de missiles sol-sol et sol-air, de lance-roquettes BM-21 et des mortiers récupérés en Libye. Il y a plusieurs groupes armés jihadistes au Mali: Ansar Dine, AQMI, le MUJAO, Boko Haram (Niger) et bien d’autres groupuscules ou d’émirs se déchirant entre eux, les Touaregs sont eux-même divisés. La situation au Mali est ingérable (c’est pourquoi aucun autre pays n’a voulu nous suivre dans cette guerre issue de l’époque coloniale). C’est la France qui avait tracé les frontières du Mali -le Soudan français- et qui l’a créé. Après l’invasion par la France en 1883, le Mali devient une colonie française sous le nom de Soudan français. Le 4 avril 1959, le Sénégal et le Soudan se regroupent pour former la Fédération du Mali, qui accède à l’indépendance le 20 juin 1960. Deux mois plus tard, le Sénégal se retire de la fédération et proclame son indépendance. Le 22 septembre 1960, le Soudan proclame à son tour son indépendance en conservant le nom de Mali. Que fait exactement la France en 2013 soit au XXIe siècle au Mali ? Qui ou quoi soutient-elle ?

Le 15 novembre 2012, François Hollande a reçu le président du Niger à l’Élysée pour discuter d’une intervention française et de la protection des exploitations françaises des mines d’uranium au Niger, à la frontière avec le Mali. Le 11 janvier 2013, la France intervient dans le cadre de l’opération Serval. Le 2 février 2013, soit 22 jours après le début de l’opération Serval, François Hollande est accueilli en héros à Tombouctou. Il affirme sa détermination à éradiquer le terrorisme au Mali. Or, si les jihadistes ont été chassés vers le Nord, le terrorisme n’a pas été vaincu. Sarkozy a eu ses deux guerres, la Libye (février 2011) et la Côte d’Ivoire (avril 2011), qui n’ont fait qu’empirer la situation. La France, sans l’intervention de De Villepin et si Sarkozy avait été président en 2003, aurait suivi Bush en Irak. La France est présente militairement dans une quinzaine de pays dont l’Afghanistan. François Hollande a sa guerre au Mali et voulait lancer des frappes sur la Syrie. Heureusement que les Ricains ont fait marche arrière et que l’UE n’a pas suivi ! Comme je l’avais écrit dès janvier 2013, l’opération militaire au Mali ne pouvait qu’envenimer une situation déjà incontrôlable. On ne sait même plus sur quel “ennemi” il faut tirer. Les mouvements jihadistes n’ont pas été neutralisés, ils ont été éparpillés dans tout le Sahel, plus personne ne sait où ils se terrent et où ils peuvent frapper. L’armée du Mali, lamentablement sous-équipée, est un leurre et l’armée française est seule et totalement impuissante. Les deux journalistes exécutés au Mali en sont hélas la preuve.

La présence de l’armée française au Mali coûte chaque jour 2,7 millions d’€. En Afghanistan, c’est “seulement” 1,4 million d’€ par jour. Essayez de compter ce que coûtent les équipements militaires (avions, porte-avions, sous-marins nucléaires, chars, radars, satellites, missiles, etc…) et les interventions dans une quinzaine de pays. Il y aurait de quoi multiplier par mille le budget du Social ou de l’Éducation. On pourrait manifester pacifiquement contre les guerres. Mais non… On préfère manifester contre l’écotaxe (une taxe sur les PL) et saccager notre propre pays. Les lycéens repartent en guerre pour faire revenir la famille de Leonarda et d’autres ayant escroqué la Sécu ouvrant ainsi une autoroute au Front National. Dans la chanson “Miroir” (1), je m’interrogeais: «Ce monde est-il devenu fou…» En réalité, j’aurais pu écrire «Ce monde a toujours été fou». Au fait, pardonnez-moi, je n’ai pas mis mon bonnet rouge. Le seul bonnet rouge que j’ai respecté, c’était celui du commandant Cousteau.

Source : michel.mahler.free
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