A Gao, la population dénonce les carences de l’Etat malien

Cela fait trois jours qu’il souffle sur Gao. Un vent de sable qui s’insinue partout, assèche et enveloppe la ville d’une drôle de brume. Pour y échapper, ce matin-là, plusieurs militaires ont enroulé un chèche autour de leur bouche et de leur nez.

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Comme chaque jour, les soldats de la force française « Serval » patrouillent, en blindé et à pied, dans la ville. Ils appartiennent au 92e régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et sont presque au bout de leur mission de quatre mois. « Le plus délicat, c’est de rester vigilant jusqu’au bout, de ne pas se laisser piéger par l’habitude », explique le lieutenant Thomas.

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Gao, la grande cité du nord du Mali, a été libérée le 26 janvier par les forces françaises et maliennes des groupes islamistes qui l’occupaient. Aujourd’hui, la ville reste sous haute protection. Aux côtés des casques bleus de la Minusma, et de l’armée malienne, 1 400 soldats français (sur 3 000) y sont déployés. Dans les rues, dix mois après le départ des djihadistes, le soulagement est toujours palpable chez ceux qui ont subi la loi d’airain des groupes armés.

Maître de la ville à partir d’avril 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) s’y était livré à de nombreuses exactions, avant de se faire chasser, en juillet 2012, par son allié du Mujao, une émanation d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui avait à son tour imposé un ordre islamique implacable. « Ils frappaient les gens et voulaient nous obliger à porter ce truc-là », raconte Ami Diallo, une marchande de fruits, en montrant un niqab.

SITUATION FRAGILE MALGRÉ UN SEMBLANT DE NORMALITÉ

Depuis, Gao a retrouvé un semblant de normalité. Les radios recommencent à diffuser de la musique ; l’activité économique reprend, elle aussi, progressivement. Au marché Damien-Boiteux, baptisé en hommage au premier soldat français tué au Mali, les marchandes de poisson, d’igname et d’épices se sont réinstallées.

Pourtant, la situation reste fragile. Les autorités maliennes ne sont qu’en partie revenues. Un gouverneur et un préfet sont présents à Gao, mais toutes les administrations sont loin d’avoir repris leur place. Et si une partie de la population qui avait fui la ville est rentrée, tous les déplacés ne sont pas revenus, notamment des Arabes et des Touareg qui craignaient des représailles. « Ça va mieux, confirme Mme Cissé, professeur de français, mais les gens ne se sentent pas encore totalement tranquilles. »

Gao reste sous la menace d’actions ciblées des djihadistes qui, même s’ils sont affaiblis, conservent une capacité de nuisance. « Ce que l’on craint le plus, c’est l’action d’opportunité, comme ce qui s’est passé à Kidal avec les deux journalistes de RFI », explique le colonel Christophe Combi, depuis le vaste camp Serval installé près de l’aéroport. Des petits groupes infiltrés dans la ville qui frappent, selon les circonstances, les symboles de l’Etat malien, ses alliés étrangers ou leurs ressortissants, avec l’aide de complicités locales.

COTE DE POPULARITÉ DES MILITAIRES FRANÇAIS INTACTE

Depuis la fin de la saison des pluies, les déplacements sont plus faciles, accentuant les risques. A trois reprises, en septembre, octobre et novembre, la ville a été la cible de tirs de roquettes. « Tous tirés de la même zone, à 15-20 km, au nord de Gao », décrit le colonel Combi. Sécuriser une agglomération est une chose, contrôler les vastes zones alentour quasi désertiques en est une autre.

Face à cet ennemi presque invisible, se rapprocher des populations est un enjeu-clé pour les militaires français. « Ici, nous avons financé la rénovation de plusieurs salles », explique ce jour-là le colonel Combi, au tribunal de Gao. Le bâtiment, à moitié détruit, avait été pillé par les occupants. Les papiers gisent encore dans la cour du bâtiment. Ces travaux permettront sa réouverture en janvier. Outre le palais de justice, Serval a participé à la réfection de l’institut de formation des maîtres et à celle d’un marché. A Radio Hanna, une station locale, c’est un don de matériel qui a été fait : des panneaux solaires et du matériel électrique. Si elles ne représentent pas des sommes colossales, ces actions civilo-militaires visent à renforcer la popularité de Serval et tisser des relations de confiance avec la population, précieuses pour obtenir des renseignements sur les mouvements suspects.

Dans les rues de Gao, la cote de popularité des militaires français reste pour le moment intacte. Pour beaucoup, Serval est synonyme de sécurité. Le mécontentement se tourne vers l’Etat malien. « Avant le conflit, 50 % des jeunes étaient au chômage ici. Aujourd’hui, c’est 90 % », assure un habitant. En octobre, une manifestation a réuni un millier de personnes. Elles dénonçaient l’absence de l’Etat, l’insécurité, le manque d’emplois, les pénuries d’eau et d’électricité, la corruption, autant de maux qui existaient avant la crise de 2012. A Gao, les habitants espèrent beaucoup plus qu’un retour à la normale.

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