Feuille de route finale des pourparlers d’Alger : Un catalogue d’intentions voilées

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La phase initiale des pourparlers pour le dialogue inclusif inter-malien n’aura visiblement pas été la montagne qui a accouché d’une souris, loin s’en faut. A en juger par l’immensité des divergences surmontées pour y parvenir, elle fait plutôt figure de juste récompense d’efforts consentis par les parties ainsi que de réelle volonté de fermer la parenthèse ouverte en 2012 et qui a consacré la scission de fait du Mali. Quant aux concessions pour y arriver, elles ne sont que très peu lisibles dans la feuille de route adoptée par les protagonistes et qui ne laisse apparaitre par ailleurs le moindre indice avant-coureur de ce qui sera la suite des négociations.

 

Disons-le tout de suite : le résultat des contacts préliminaires d’Alger doit se juger avant tout à la taille des nombreux obstacles et écueils qui jonchaient le passage. On y dénombre par exemple moult équivoques, divergences et malentendus en rapport avec la conduite de la médiation, la configuration t la hématique des panels, le chronogramme des négociations, entre autres objets de discorde. Aussi, en dépit d’un chemin balisé auparavant sous l’égide du pays d’accueil, ces questions auront longtemps constitué un facteur de blocage sans néanmoins en occasionner l’échec définitif. Résultat : nonobstant les calculs et préméditations, le rendez-vous initial d’Alger a pu se conclure par l’harmonisation de la kyrielle de schémas portés par autant de protagonistes.

 

Au finish, chacun semble y trouver son compte. Les autorités gouvernementales s’extasient et soulèvent déjà la coupe d’avoir obtenue, de prime abord, que la laïcité de l’Etat, l’intégrité territoriale et l’unité nationale soient sauves en tant que ligne rouge à ne pas franchir. C’est du moins la grande satisfaction qui apparait dans les appréciations de tous les officiels qui se sont exprimés sur l’issue de la première phase des négociations d’Alger.

 

De leur côté, les mouvements rebelles peuvent se réjouir d’avoir obtenu non seulement que la négociation s’étende sur la durée, mais aussi la prise en compte des accords antérieurs comme bases référentielles aux négociations (Tanmarasset 1992 et Alger 2006) – dont l’application n’a jamais pu épargner un rebondissement de la récurrente question du Nord.

 

De l’autre côté, la référence à la constitution ainsi qu’aux résolutions 2100 et 2164 de l’ONU peuvent certes constituer un gage de reconnaissance de l’unité nationale ainsi que de l’intégrité territoriale si chère aux autorités comme le Rubicon à ne pas franchir. Cela n’est pas exclusif pour autant d’une évolution vers une éventuelle organisation administrative à peine distincte d’un statut fédéral, surtout que ni l’intégrité territoriale et la forme républicaine de l’Etat, ni l’unité nationale ne sont antinomiques d’un tel schéma. Lequel est du reste lisible à travers l’attachement à l’«Azawad» comme entité géographique spécifique.

 

Ce n’est probablement par l’unique motif d’espérance pour la partie rebelle. La gestion de la sécurité des villes, la problématique du cantonnement et le sort des combattants, la réorganisation des forces de défense et de sécurité, la gestion sécuritaire des villes, entre autres, sont autant de centres d’intérêt révélateurs d’une intention de rééditer Alger 2004, un schéma dénoncée en son temps par les acteurs du pouvoir actuel au point que toute concession de leur part sera forcément assimilable à une compromission . Or, du côté des protagonistes d’en face, le recours aux accords antérieurs est plutôt perçu comme une préservation des acquis du passé.

 

La bataille de la feuille de route se serait-elle en définitive conclue sur un marché de dupe ? En tout cas, assez d’ingrédients semblent réunis pour que la phase substantielle des négociations s’annonce beaucoup plus corsée, à en juger tout au moins par un choc d’intentions voilées ayant transformé la feuille de route en catalogue de jalons et balises pour les étapes suivantes des pourparlers.

 

A KEITA

SOURCE: Le Témoin

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