Edito : prémices

Kidal est l’épicentre d’où sont parties toutes les rébellions touarègues, a eu à déclarer un ancien chef d’Etat malien. Et si Kidal devenait la localité d’où seraient édifiés à jamais le socle de l’unité et de la définitive réconciliation nationale ? En y regardant de près, l’espoir n’est pas exclu.

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Le 29 juin 1990, sous la conduite d’Iyad Ag Ghaly, de jeunes Touaregs, de retour de Libye, déclenchent  la deuxième rébellion touarègue. La riposte de l’Etat porte fruits. Au bout de six mois d’affrontements, l’ordre est rétabli. Un accord de cessation des hostilités est signé le 6 janvier 1991 : l’Accord de Tamanrasset. Il ne sera pas appliqué pour deux raisons : la contestation du leadership d’Iyad Ag Ghaly accusé de défaitisme et les événements de mars 1991. Cependant, la Transition ne rejette pas les Accords. Mais, le Pacte national signé avec les rebelles ne parvient pas à restaurer la paix. Pire, des rebelles engagés dans les Forces armées de défense et de sécurité se retournent contre la Patrie. Des rebelles engagés, pas tous les rebelles engagés. Certains resteront fidèles au drapeau national. Ils se retrouvent, se regroupent, s’organisent. Deux officiers se signalent par leur engagement pour la cause d’un Mali un et indivisible : Ould Meïdou et Ag Gamou. Rien d’étonnant que les deux aient fait l’objet de tentatives d’assassinat. Il en est qui n’ont aucun intérêt au retour à l’unité et à l’intégrité de la nation.

Ag Gamou ira plus loin. Il prend conscience de l’exclusion dont sont victimes les membres de sa communauté, celle des Imrads. Il sonne le réveil et recommande de ne plus s’endormir. Du coup, les Ifoghas se sentent menacés dans leurs intérêts. Sans le savoir peut être, il a l’intention de faire aboutir un projet révolutionnaire mûri par d’autres, depuis de longues dates ; par les dirigeants de l’US-RDA, au lendemain de notre accession à l’indépendance. Le projet consiste à affranchir les vassaux imrads de la tutelle de leurs suzerains ifoghas.

Aujourd’hui, les rôles s’inversent. Les Imrads, par voies d’élections démocratiques sont devenus députés et maires dans des localités de l’Adagh. Les Ifoghas ont perçu la menace et tentent de brider la révolution qui s’effectue. Entre les dux communautés, c’est, actuellement, la guerre ouverte avec les affrontements de Ménaka, d’Anéfis et, tout récemment, de Kidal. De bonnes volontés ont offert leurs services pour ramener la paix entre les belligérants. Le Haut Représentant du Chef de l’Etat les a conviés à Bamako afin de trouver une issue heureuse au conflit. Récemment, les chefs religieux et coutumiers sont intervenus.

Le 3 septembre 2016, un communiqué  nous apprend : « Le Haut Représentant du Président de la République  pour la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali et les membres de la Médiation internationale qui l’accompagnent se félicitent de l’esprit de conciliation qui a prévalu durant trois semaines de concertations entre les belligérants réunis à Bamako, au sujet de la crise qui prévaut à Kidal. » Pour qui suit attentivement les événements liés à la rébellion depuis 1992, année de la signature du pacte national, cela ressemble fort à la langue de bois.

Après trois semaines de négociation, nous en sommes encore à « la cessation des hostilités et (à) l’ouverture du dialogue en vue de la résolution de la crise. » Il est fort probable que ce cap  soit dépassé. L’antagonisme n’a qu’une solution. Elle peut être à court ou moyen termes. Mais elle passera par un renversement des valeurs. Et, dans ce conflit, étant donné que les progressistes se sont déclarés, sans ambages, partisans de l’unité et de l’intégrité nationale, l’espoir est permis même s’il n’exclut pas une vigilance accrue : les Imrads accepteront difficilement de continuer à être des étrangers dans leur propre demeure, aussi, ce qui se passe à Kidal peut-il constituer les prémices d’une paix durable dans un Mali réconcilié avec lui-même.  

LA REDACTION

Source : Le Sursaut

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