Dinangourou assiégé par les djihadistes : L’Armée annonce avoir desserré l’étau !

«Le village de  Dinangourou au Mali, sous embargo depuis le 02 Mai, a été libéré ce jour 28 Juin 2021 par une opération militaire des Forces Armées Maliennes», annonce-t-on triomphalement ce mardi sur les réseaux sociaux. Trente-quatre (34) morts et dix-huit (18) prisonniers parmi les terroristes, contre cinq morts et deux blessés côté FAMa. C’est du moins le bilan officiel que donne l’armée, après une contre-attaque conduite ce lundi 28 juin pour desserrer l’étau autour de Dinangourou.

 L’armée aurait procédé à des frappes aériennes préalables avant d’engager des opérations de ratissage pour liquider les quelques poches où les assiégeants djihadistes auraient pu se réfugier après leur déroute.

Apparemment, pour engager le front de Dinangourou, «On ne change pas une méthode qui gagne», les terroristes ont expérimenté cette stratégie du siège, après avoir longtemps encerclé et coupé du monde la localité de Farabougou. Celle-ci finira par céder à leurs injonctions après plusieurs mois de famine et de privations, sans que l’armée malienne et les nouvelles autorités militaires ne parviennent à libérer la localité et ses habitants.

Cette fois, les djihadistes récidivent ! Et c’est sur la localité de Dinangourou, au pays dogon et coupée du reste du Mali, dont les populations sont de plus en plus privées de tout, que les terroristes ont jeté leur dévolu depuis presque trois mois.

Tout comme à Farabougou, la localité de Dinangourou présente, aux yeux des assiégeants, l’avantage d’être assiégée dans l’indifférence générale des autorités militaires à la tête du pays. Mieux, les djihadistes ont compris qu’à la confrontation armée, les chefs militaires du Mali préfèrent le repli stratégique, en réalité, l’abandon du théâtre des opérations, en laissant territoire et populations aux mains des djihadistes.

Le Rambo de Farabougou, surnom alors donné à l’époque au colonel Assimi Goïta, fraîchement émoulu second président de la Transition, par ailleurs toujours à la tête des questions sécuritaires, est à nouveau rattrapé par ses piètres qualités de soldat. Devant les spots cathodiques des chaînes de télé nationales, le colonel Assimi Goïta, alors vice-président de la Transition en charge des questions de défense et de sécurité, avait paradé, harnaché et portant banderilles comme, égaré au Vietnam, mais passablement à la limite du héros de Cervantès.

Depuis que l’ancien commandant des Forces spéciales, justement créées pour engager la lutte anti-terroriste, a fait son coup d’Etat le 18 août 2020, celles-ci avaient été ramenées à Kati pour en faire sa garde prétorienne. La lutte contre l’insécurité armée a dès lors été réduite en une succession d’accords conclus avec les forces terroristes au terme desquels l’armée malienne se désengage et abandonne progressivement le terrain à l’adversaire.

Mais en définitive, cette mise en scène du commando Assimi en parade à Farabougou n’avait servi à rien, l’armée malienne entrée par air ayant été incapable d’affronter les djihadistes pour libérer la localité. Ceux-ci avaient également évité l’affrontement, se contentant d’encercler la localité, empêchant la population d’en sortir en les contraignant à abandonner leurs champs et autres activités de vie. À bout de famine, de maladies et autres privations, alors que l’armée y était présente, l’arme au pied, la population avait accepté les exigences des djihadistes.

En substance, comme l’a revendiqué le Haut conseil islamique du Mali, commis en médiateur, les terroristes exigeaient le départ de toute présence de l’Etat, forces de sécurité, administration et autres signes. En contrepartie, les djihadistes appliquaient la charia sur une partie de la population (les Peulhs), exigeaient des femmes le port du voile intégral en leur présence et le désarmementde toutes les autres forces civiles dont les donsos.

À l’instar de Farabougou, plusieurs localités du cercle de Niono étaient dans la même situation et avaient accepté les mêmes diktats pour échapper à la pression des djihadistes. Dans le même temps, les accords locaux du genre se sont multipliés à travers tout le centre du pays, avec une partie des régions de Ségou et de Koulikoro, où les djihadfistes ont réussi à imposer que l’armée se retire, fermant école et administration et abandonnant la souveraineté de l’Etat sur ces entités territoriales désormais sous administration djihadiste. Une pratique appuyée par le Haut conseil islamique !

Pour l’heure, le sort de Dinangourou et de sa population reste toujours incertain, car l’Armée, après la parade de Farabougou Rambo, avait prétendu avoir libéré la localité. La suite, on la connaît, Farabougou et nombre de localités de la zone étant depuis tombées sous le joug djihadiste, sans troubler en rien le sommeil des colonels de Kati !

 

Moussa Touré

Source : Nouvelle Libération

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