Crise au nord : IBK pris entre deux feux

Le président IBK est dans une mauvaise posture face à la pression de la communauté internationale qui tend à lui forcer la main afin de signer rapidement un accord de paix avec les séparatistes.

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Le cinquième round des négociations en cours à Alger doit aboutir à cet accord. Mais IBK doit tout faire pour ne pas se mettre sur le dos une opinion nationale ne voulant pas du tout d’un quelconque accord. Pour les Maliens, il est surtout hors de question d’une paix conduisant à la partition du pays. La situation est tellement sensible que la marge de manœuvre du président est très réduite.

 

Une partie de la pression internationale vient surtout d’Algérie, le pays choisi par IBK lui-même comme médiateur dans la résolution de la crise au nord du pays. Depuis plus de 8 mois, ce pays voisin abrite les négociations de paix entre le gouvernement et les groupes armés au nord. Mais les appels du négociateur en faveur d’un accord définitif se sont multipliés dernièrement, invitant le gouvernement malien à lâcher du lest.

Les autorités maliennes ont d’ailleurs répondu à cet appel, en acceptant de se rendre dans la capitale algérienne la semaine dernière. Le problème, c’est qu’IBK ne peut pas bouger d’un iota sur la question de l’intégrité territoriale du Mali. Hors, les séparatistes tiennent à diviser le pays. Pourtant, ils ne constituent qu’une minorité et ne doivent leur légitimité qu’au soutien d’un nébuleux lobby international en déphasage avec les réalités du Mali.

L’autre partie de la pression internationale vient de la France, qui a mis le Mnla sur un piédestal, alors que les groupes séparatistes ne sont soutenus que par une poignée d’utopistes qui foulent aux pieds les principes de la coexistence pacifique entre communautés. La France qui a sauvé le Mali d’une domination djihadiste, a aussi fait de Kidal un refuge des groupes armés et leurs complices djihadistes et narcotrafiquants.

C’est quand les soldats français ont mis les pieds à Kidal que le HCUA est né pour remplacer le mouvement Ansar Dine créé par Iyad Ag Ghali. Ce djihadiste convaincu ne cache pas son intention d’imposer sa vision à tout le Mali. La communauté internationale pousse le paradoxe de son jeu diplomatique en proposant que Iyad soit impliqué dans les négociations. Il y a une semaine, ce paradoxe a été finalement exposé en public par IBK qui s’adressait à des diplomates occidentaux.

Alors que les séparatistes, minoritaires, campent sur leur position de vouloir une autonomie pour les régions du nord, les milices d’auto-défense s’opposent à l’affaiblissement de l’Etat central. La communauté internationale a peu d’égard pour ces milices représentant la majorité de la population du nord. C’est ainsi qu’il leur a fallu batailler dur pour siéger à la table des négociations à Alger.

Les milices d’autodéfense ont renforcé leurs positions, ce qui doit amener la communauté internationale à être plus attentive à leurs doléances. Elles viennent, en effet, de renverser la situation sur le terrain en leur faveur, en prenant le contrôle de nombreuses localités que les séparatistes avaient investies après le retrait de l’armée malienne en mai 2014.

La cinquième phase des négociations qui est en cours est censée aboutir à la signature de l’accord de paix que tout le monde appelle de ses vœux. Face au risque de la capitulation des autorités, les organisations de la société civile malienne sont mobilisées. Elles mettent en garde le pouvoir malien contre la signature du document du projet d’accord dans son état actuel. Les plus farouches opposants à ce projet de pré-accord sont les représentants des populations du nord pour qui le pays court le risque d’une guerre civile si ledit document était signé sans être amendé.

IBK arrivera-t-il à convaincre la communauté internationale ? Cette dernière semble être loin de comprendre le danger que représente la grogne populaire contre les mouvements séparatistes. Bien que les populations du nord du Mali ne se reconnaissent pas dans le groupe Mnla-Hcua-Maa, ces mouvements armés continuent de prendre la zone en otage. En tout cas, le défi pour IBK, c’est de freiner la montée vertigineuse de la violence qui risque de dégénérer en conflit ethnique ou communautaire.

Soumaïla T. Diarra

 

Source: L’Aube

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