Conférence d’entente nationale: pourquoi les groupes armés ont dit non

Les groupes armés, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plate-forme ont annoncé vendredi après-midi qu’ils ne prendraient pas part à la conférence d’entente nationale.

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Dans leur déclaration conjointe, les deux mouvements armés dénoncent la démarche unilatérale du gouvernement dans le cadre de l’organisation de cette conférence d’entente nationale prévue pourtant dans l’accord pour la paix et la réconciliation du 20 juin 2015.

Déclaration conjointe CMA- Plateforme N° 2 du 24 mars 2017
relative à la tenue de la conférence d’Entente nationale prévue du 27 mars au 02 avril 2017

La CMA et la Plateforme, parties à l’accord, s’étaient félicité des réunions qui ont eu lieu avec les représentants du gouvernement et la Médiation internationale le 22 mars 2017 suite à leur déclaration conjointe de 19 mars, assortie d’un courrier adressé au président du Comité de suivi de l’accord avec copies au Haut Représentant du président de la République chargé de la mise en œuvre de l’accord et au Médiateur de la République, Président de la Commission d’organisation de la Conférence d’Entente nationale.

Dans ces deux documents, la CMA et la Plateforme ont :
• Souligné que la conférence d’Entente nationale devrait être un moment d’association et d’inclusion de toutes les populations, en particulier les réfugiées, en vue d’un « débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit » (chap.2, art.5 de l’accord) ;
• Exprimé leur désir de donner toute la place à la Conférence d’Entente nationale, dans le respect de la lettre et de l’esprit de l’accord ;
• Rappelé leur attachement à donner toute son importance à cette Conférence qui vise, par-delà l’événement, à poser les fondements pour un règlement durable du conflit.
À ce titre, la CMA et la Plateforme ont indiqué que cette conférence doit prendre sa source dans un ensemble de concertations incluant toutes les couches de la société pour déboucher sur l’adoption d’une Charte pour la paix, l’Unité et la Réconciliation nationale et de solutions durables.
D’ailleurs, au cours des échanges avec les représentants du gouvernement, le Médiateur de la République et le Haut Représentant du président, la nécessité de mettre en place un processus inclusif a été acceptée. Il a également été convenu que la journée du 27 mars au 02 avril devait consacrer le lancement de ce processus afin de débattre et arrêter les thématiques, les groupes de travail, ainsi que les modalités de mise en œuvre des concertations et de participation à la Conférence d’Entente nationale (chap.2, art.5 de l’accord).
C’est donc avec surprise que la CMA et la Plateforme ont appris par un communiqué publié dans la soirée du 22 mars la déclaration unilatérale de la partie gouvernementale de maintenir la tenue de la Conférence d’Entente nationale du 27 au 02 avril dans son format initial.
Nous, CMA et Plateforme, conformément à nos engagements pris dans l’Accord pour la paix et la Réconciliation au Mali et vis-à-vis des populations, ne pouvons prendre part à une Conférence qui, au lieu d’unir, risque de diviser.
En effet, par la déclaration conjointe et la correspondance adressée au Président du CSA en date du 19 mars, la CMA et la Plateforme avaient attiré l’attention du gouvernement et de la Médiation sur le fait que dans le texte actuel, la Conférence d’Entente nationale ne peut être organisée de manière conforme à la lettre et à l’esprit de l’Accord, constatant que :
• Dans les cinq régions du Nord, l’insécurité et la défiance envers l’État et entre les communautés à la base continuent de prévaloir, et à la faveur des lenteurs enregistrées dans la mise en œuvre de l’Accord, en particulier sur les dispositions pertinentes concernant les Autorités intérimaires, le retour de l’Administration et des services sociaux de base, le MOC, les patrouilles mixtes qui demeurent non opérationnelles et le redéploiement de l’armée reconstituée ;
• La situation sécuritaire et les relations intra et intercommunautaires dans d’autres parties du pays, notamment les régions de Mopti et de Ségou se sont dégradées et les conflits prennent des tournures politiques, ethniques et religieuses ;
• Les populations à la base, y compris les réfugiés et les déplacés, ne voient pas encore de signes concrets leur permettant d’espérer que le Mali s’achemine véritablement dans un processus de réconciliation nationale qui repose sur des solutions durables. Les réfugiés attendent que leurs sites de retour soient viabilisés et que leur participation citoyenne soit prise en compte.
Dans cette déclaration conjointe, la CMA et la Plateforme ont également mis en exergue le manque de concertation et d’inclusivité qui a prévalu dans l’organisation de cette Conférence constatant que :
• La CMA et la Plateforme n’ont été ni associées à la rédaction de l’avant-projet des TDR, ni à la conception de la Conférence d’Entente nationale avant la décision du CSA de Haut Niveau en date du 10 février 2017, et ce, en violation du chapitre 2, article 5 de l’Accord qui stipule que la Conférence sera organisée « avec le soutien du Comité de Suivi et sur la base d’une représentation équitable des parties ».
• La date de la Conférence a été fixée de manière unilatérale par le gouvernement.
• Dans le cadre de l’organisation de la Conférence de l’Entente nationale, les concertations régionales ont été insuffisantes, mal préparées et initiées unilatéralement par la partie gouvernementale. Dans certaines régions, les participants ont d’ailleurs exprimé leur désaccord avec l’organisation hâtive et non inclusive de ladite Conférence. De plus, la région de Kidal n’a pas pu tenir de concertations du tout.
Prenant acte de la décision unilatérale de la partie gouvernementale de maintenir la Conférence d’Entente nationale dans ces circonstances et dans le format imposé,
Reconnaissant leur responsabilité première en cas de non atteinte des objectifs de paix, d’unité et de réconciliation nationale,
La CMA et la Plateforme déclarent solennellement ne pas pouvoir prendre part à cet événement.

 

Source: info-matin

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