Autonomie de Kidal : Comment le gouvernement prépare les esprits

Dans notre livraison dernière, nous évoquions l’hypothèse de la sortie de Kidal du giron unitaire malien. Maints lecteurs se sont  offusqués de nous voir émettre  une hypothèse si « farfelue ». Les faits semblent, hélas !, nous donner raison. Jugez-en vous-mêmes !

Après avoir conditionné les négociations  au désarmement et au cantonnement des groupes armés du nord, IBK les a reprises au pas de charge, sous la pression de la France qui, comme nous l’affirmions, a contracté des engagements avec l’Algérie.

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Le nouveau cap pris par le régime malien se dégage aisément des propos tenus, ces derniers jours, par des ministres. Et pas des moindres. Ainsi, répondant, samedi 3 mai 2014, à l’invitation de la Jeune Chambre Economique, le ministre de  la Défense, Soumeylou Boubèye Maiga, a martelé, devant une assistance abasourdie: « Plus rien ne sera comme avant, dans ces régions, entre les populations et la puissance publique. Voilà pourquoi nous parlons de décentralisation renforcée. ».

Quelques jours avant Soumeylou Boubèye Maiga, son collègue de la Décentralisation et de la Politique de la Ville, Ousmane Sy,  tenait un discours similaire lors de la cérémonie de signature, samedi  26 avril 2014, d’un partenariat entre le Collectif des Ressortissants du Nord (COREN) et le Collectif des Associations de Développement du Sahel occidental (CADSO): « On aura beau faire, Kidal ne peut pas être Sikasso. Chaque zone à sa diversité culturelle, ethnique et géographique et il faudra qu’on accepte cet état de fait si on veut un Mali uni ».

En clair, la région Kidal va bientôt cesser d’être gouvernée comme le reste du pays.Que cette grave évolution porte le masque de « décentralisation avancée », de « décentralisation poussée » ou d’« autonomie », il s’agira de donner à Kidal un statut que les régions du sud n’ont pas. Dès lors, le Mali aura renoncé, le couteau sous la gorge, à une partie de sa souveraineté  sur une partie de son territoire.

Cet abandon de souveraineté, qui existe déjà dans les faits depuis l’invasion jihado-séparatiste de janvier 2012,  est en cours d’officialisation, de légalisation. Et c’est pour préparer les esprits à cette révolution que les ministres chargés de la question se succèdent au parloir pour débiter les annonces à dose homéopathique.

Il s’agira bien d’autonomie car nul ne nous convaincra que la décentralisation actuelle n’est pas assez poussée pour convenir au nord du pays. N’avons-nous pas, depuis 2001, la bagatelle 701 communes dirigées par autant de maires et de conseils communaux élus ? Ces communes ne disposent-elles pas d’un statut, de compétences et de ressources définis par la loi ? Si tant est qu’il faille légaliser les diversités ethniques et culturelles, pourquoi limiter cette légalisation au nord dès lors que les diversités existent aussi au sud du Mali? Ces interrogations montrent bien que les vocables de « décentralisation poussée »,  de « décentralisation avancée » et de « régionalisation » traduisent la volonté du pouvoir de lâcher Kidal. Et peut-être tout le nord.

 

Or si Kidal gagne son autonomie, comment éviter d’autonomiser les autres régions ? Ne serait-ce pas le plus sûr moyen d’attribuer une prime à la rébellion ? Comment rendra-t-on justice aux milliers de victimes des bandits armés ? Chose curieuse, les discrètes annonces d’autonomie de Kidal coïncident avec la signature (avant la fin du mois), de l’accord de Défense avec la France. Il faut en déduire que le Mali projette de renoncer concomittamment à sa souveraineté territoriale et militaire sur Kidal et, par extension, sur le nord du Mali. Sous la pression simultanée de la France, qui se pique de passion pour les « hommes bleus du désert », et de l’Algérie, qui veut utiliser le nord malien comme un déversoir de terroristes.

Ironie du sort, ce que les rebelles touaregs n’ont pu arracher par les armes depuis 54 ans,  ils sont en passe de l’obtenir sur un plateau d’argent. Rien qu’en plastronnant dans les salons diplomatiques et sur les écrans de télévision. De quoi faire sourire l’ancien président ATT, que l’on accable de maux et que l’on veut traduire en Haute Cour de Justice. En effet, malgré sa réputation d’extrême mollesse, ATT a refusé, jusqu’à sa chute, de signer tout accord qui autonomise Kidal ou  qui délègue la souveraineté militaire nationale à une puissance étrangère.

Tiékorobani

SOURCE: Procès Verbal
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