Au rythme de la vedette : Nord –Mali : Le retour à la poudrière

Près de six mois après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, les fruits du processus d’Alger tarde à voir le jour et se font encore désirer quant à ses promesses de plein exercice de la souveraineté nationale sur le territoire national. Plus les instruments et les outils de sa mise en œuvre tarde à devenir effectif, autant les acquis laborieusement arrachés aux mouvements irrédentistes semblent filer entre les doigts des autorités maliennes. Tout indique, au demeurant, que la lenteur et les tergiversations leur inspirent de nouveaux schémas beaucoup moins bienveillants que naguère.

armee malienne garde nationale patrouille nord maliSi l’on doit s’accommoder d’un apaisement relatif, du règne d’une certaine atmosphère moins hostile au septentrion, la paix est déjà de retour au Mali. Force est d’admettre, cependant, qu’il s’agit plus d’une accalmie trompeuse tant la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation est en passe de se réduire en simple pacte de non-agression entre ses principaux protagonistes. Et pour cause, les éléments qui recèlent la pleine jouissance du contenu de l’Accord demeurent en souffrance près de six mois après comme s’ils étaient l’otage de manœuvres de diversion. Il s’agit notamment du Comité de Suivi de l’Accord mais aussi d’autres organes prévus dans le document – dont la mise en place continue d’hypothéquer d’autres étapes subséquentes comme le redéploiement de l’armée, de l’administration et services sociaux de base dans les zones contrôlés par la Coordination des Mouvements de l’Azawad et qui demeurent restent, après tout, leurs platebandes infranchissables. De même, le cantonnement tarde à voir le jour au grand dam des autorités qui déplorent, tout en se réservant de protester, le refus des autorités locales de fait d’accueillir des officiels maliens dans le cadre de la réouverture des classes à Kidal.

Le méli-mélo ambiant agace pourtant au plus haut niveau et le chef de l’Etat en personne n’a pu se retenir de l’évoquer en demi-mots dans son speech devant les autorités françaises, garantes internationales de l’accord passé avec les mouvements armés du nord-Mali. «Que chacun se le tienne pour dit, je ne permets à personne de jouer à la malice…, après que l’Accord a été libre librement signé», a martelé IBK à Paris, en assurant que sa part sera tenue et que tout est mis en œuvre pour créer la confiance entre les hautes autorités et les autres protagonistes.

Le coup de gueule du président, visiblement inspiré sans doute par l’épisode de la réticence des habitants de Kidal au retour de l’administration, n’a manifestement produit aucun effet sur la cadence de réunification du pays apparemment toujours enlisée dans la confusion des intentions voilées, de calculs et schémas peu lisibles.  En cause une divergence d’approches dans l’application de l’accord et peut-être même une différence de lecture de son contenu. Car, tandis que l’accent et l’intérêt, côté des autorités maliennes, sont portés sur le désarmement, la démobilisation des combattants et leur cantonnement, les mouvements armés de l’Azawad rament dans un sens différents et considérant le nouveau schéma institutionnel comme le préalable sine qua non de mise en œuvre de l’Accord.

Or vouloir camper sur sa lecture et l’imposer à l’autre protagoniste favorise une accumulation de malaises susceptible de déboucher sur un clash dont le spectre est de plus en plus perceptible selon certains acteurs du processus la paix au Mali. «Les choses ne bougent pas. Et quand on n’avance pas on recule forcément », a confié par exemple un haut cadre de la MINUSMA dans l’anonymat, une perception apparemment partagée par d’autres observateurs qui redoutent un enlisement qui annihile les efforts de la communauté internationale.

Du côté des mouvements armés également, tout indique qu’on se prépare activement à une telle éventualité, à en juger par une posture rétive ainsi que par les barrières de méfiance érigées contre la substitution de leur hégémonie par la présence des structures et instruments de l’Etat dans les zones. Du reste, dans ces parties du territoire qui continue d’échapper à tout contrôle régalien, des sources concordantes indiquent que la confusion ambiante est en train de profiter allègrement à la circulation illicite d’armes en provenance des poreuses frontières mauritaniennes, du Polisario, ainsi que de la Libye où des régions entières sont contrôlées par les ramifications de la rébellion touarègue.

Comme on le voit, il suffit donc du moindre malentendu pour que le langage de la poudre supplante le dialogue de sourds qu’entretiennent les mouvements irrédentistes et l’Etat, qui ne saurait s’accommoder d’une expectative sans limite du redéploiement des pouvoirs publics sur le territoire. Le déclenchement de la poudrière pourrait venir éventuellement des divergences latentes sur la brûlante question des administrations provisoires ou même de la future architecture et prérogatives du mécanisme imminent  de sécurisation des régions Nord du Mali prévu par l’accord. Il pourrait tout aussi bien découler de la question du désarmement auquel les mouvements armés semblent visiblement se soustraire à coups de subtilités.

Quoi qu’il en soit, si la situation devait atteindre son stade de putréfaction avancée, la Coordination des Mouvements de l’Azawad pourra se frotter les mains d’avoir pris les devants dans le sens de la levée des menaces que représente son seul véritable rival militaire de la zone, le GATIA. Elle a en effet pris soin de signer avec celui-ci une paix des braves à Anéfis, à travers un accord qui présente tous les aspects d’une adhésion des bras séculiers de la Plateforme, la communauté Imghad entre autres, à la dimension que les irrédentistes voudraient donner au contenu de l’Accord pour paix et la réconciliation au Mali : fédérer toutes les mouvement qui portent le label de l’Azawad autour d’un cause spécifique commune dans la perspective de la régionalisation et les brèches autonomistes qu’elle ouvre.

Cette nouvelle donne est une des conséquences de l’épisode de la gestion peu intelligente du litige d’Anéfis par les autorités qui avaient commis la bourde de jeter le GATIA dans les bras du mouvement adverse en lui retirant ses positions conquises. La branche de la Plateforme l’ayant senti comme un lâchage, l’épisode a sonné la rupture avec l’Etat et tous les enjeux que cela comporte en termes de difficultés pour récupérer le puissant arsenal militaire investi dans sa guerre par procuration contre les séparatistes. Une autre poudrière dormante.

A . KEITA

source : Le Témoin

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