Amadou KOUFA : un jihadiste au cœur du Mali

Par le hasard de la géographie, le Macina est au cœur du Mali. Quand le cœur est atteint, le reste du corps est aussi malade. L’entame de ce qui commence à s’ancrer dans le Macina nous interpelle au plus profond de nous-mêmes. Prenons garde.

 

L’homme de 65 ans environ est selon sa légende de Saré Dina. Au cœur du berceau historique du royaume théocratique islamique peulh de Macina. En peulh : Saré signifie un village, tout comme Wouro. Mais, car il y a un mais, passons-y ! Dina signifie religion. Donc Saré Dina signifie village de la religion. Ces détails ont leur importance. J.J Rousseau ayant depuis écrit :  »Le bon sens consiste à distinguer les nuances des choses » ou du moins l’essentiel se trouve dans les détails.

L’homme, Amadou Koufa, dénonce depuis près de 30 ans les agissements des fonctionnaires locaux. Et pourtant à Bamako, c’est silence radio. Les injustices et frustrations dérangent très peu de gens. Du degré zéro de l’analyse politico-sociale. Amadou Koufa justifie son appartenance au village Koufa aujourd’hui par l’histoire. Cette histoire a 2 étapes. Première étape : Du vivant de Sékou Amadou, celui-ci avait fait déplacer des familles d’érudits dans des contrées lointaines sous sa domination comme chefs et représentants religieux. Deuxième étape : À la fin du royaume peulh du Macina pour faits de conquêtes Toucouleur, des familles d’érudits s’étaient éparpillées aux confins lointains. Amadou Koufa en est convenu. Il est d’une de ces familles. Il est de Saré Dina. C’est l’histoire qui a fait de lui un ressortissant de Koufa. Comme il est de Saré Dina, à son entendement, il se croit investi de la mission de rebâtir le royaume peulh islamique du Macina.

Aujourd’hui, le Macina peut être divisé en 2 grandes zones. Le grand Macina qui a aujourd’hui perdu son appellation de Macina. Il s’agit des pays Seno, Djenérou, Kounari, Dialoubé,Haïré, Guimbala, Farmaké. Et le Macina profond, héritier de l’ex-royaume, qui est aujourd’hui essentiellement concentré dans le cercle de Tenenkou et une toute petite partie de Youwarou. Il s’agit de Diafarabé, Wouro ardo togué, Wouro ardo mayo, Wouro guiré- Sossobé, Salsalbé, Wouro guiya et jusqu’à Dioura.

Macina dans la région de Mopti n’est pas à confondre avec Ké- Macina, cercle dans la région de Ségou

Cependant, sous la colonisation, le commandant de cercle de Ké-Macina gérait Tenenkou. C’est à l’extrême fin de la colonisation que Tenenkou fut érigé en cercle.

Les disciples d’Amadou Koufa

Les attaques des hommes de Koufa sont concentrées dans le Macina profond. Les hommes qui l’entourent sont de plusieurs catégories. Des illuminés qui croient à la résurgence féerique du défunt royaume peulh du Macina. Des té ré ré (en peulh voleurs d’animaux galants) jadis craints, ils avaient fait des vols d’animaux leur vie. Mais à l’heure du portable et des motos trop rapides, voler des bœufs est risqué. Ils se sont donc reconvertis en supplétifs des jihadistes. Les frustrés. Ils sont les plus déterminés et les plus dangereux. Ils ont un compte à régler. Ils ont à un moment donné eu à faire soit personnellement, soit par un membre de leur famille avec les fonctionnaires locaux (magistrats-gendarmes, gardes, agents des eaux et forêts…).  Ils ont trouvé maintenant l’occasion de se venger.

Pourquoi sont-ils invisibles ?

Dans le Macina profond tout se sait, mieux que dans le reste du Mali. Les populations locales ont un fort ressenti dans ces zones contre les mangal padès (en peulh, les porteurs de grandes chaussures), comprenez les porteurs d’uniformes. Il se trouve que les abus sont nombreux de la part des fonctionnaires. Ils veulent s’enrichir à la vitesse de croisière. Il  y a plus de 20 ans, des soupapes de sécurité existaient. Des cadres originaires du Macina profond défendaient contre vents et marées les populations locales des potentats locaux, ces agents publics inconséquents. Nous nous souvenons, comme si c’était aujourd’hui, de la résolution de certaines de ces affaires. Où le général Moussa Traoré lui-même intervenait souvent. Tous ces cadres, enfants du terroir du Macina profond, ne sont plus. Paix à leur âme. Les nouveaux cadres, Bocari et consorts, n’ont ni le charisme ni la volonté de remettre à leur place nos fonctionnaires bidon afin de tarir les frustrations. Ils sont plutôt préoccupés du sort de leurs rejetons dans les universités occidentales. Les populations l’ont bien compris.

Le Mali a de la chance, Amadou Koufa n’est pas du Macina profond. Il est du grand Macina. Comme beaucoup de ses éléments. Ils profitent du malaise créé du fait des brigandages des fonctionnaires pour se placer en redresseurs des torts. Si le régime en place entend encore, il est temps de procéder à des réponses immédiates. La solution est sécuritaire, mais elle n’est pas que sécuritaire.

La solution sécuritaire

Le combattre d’une certaine façon n’est que jeu d’enfants. Il faut juste du tact. Le Macina est trop profond. Il est temps de renforcer l’armée à Léré et de disposer d’au moins de 40 gardes par arrondissement. Tenenkou n’a que Toguéré koumbé, Sossobé, Dioura, Djondjori, Diafarabé comme sous-préfectures.

La solution non sécuritaire

Faire comprendre aux populations du Macina que certes nos cadres sont corrompus, mais que les islamistes sont pires. Si les hommes de Koufa parvenaient à faire fuir toutes les forces armées, ils s’en prendront aux populations elles-mêmes par la suite. Mais, ne nous racontons pas d’histoire tant qu’à Bamako des milliards seront impunément volés. Tant que des condamnés à mort émargeront au budget de l’Etat, comme c’est le cas de Mamadou Diarra dit John au Consulat du Mali à Paris, il y aura des Amadou Koufa. Le profond Macina regorge de mille et un Amadou Koufa potentiels.

IBK, l’exemplarité doit venir de vous

Le patriotisme est contagieux. Nul ne pourra exiger des fonctionnaires d’en-bas l’exemplarité si au sommet de l’État, des milliards sont volés indignement. Au fait, cher président, quid de la plainte que vous avez promise suite à la parution de l’article du Monde du 28/03/2014 sur vos liens mafieux avec Tomi Michel ? Un an s’est déjà écoulé. Déposerez-vous votre plainte outre-tombe ? Êtes-vous mieux qu’Amadou Koufa ? Très honnêtement, il y a doute. Hey, chers compatriotes, réveillons-nous avant qu’IBK ne nous glisse au tréfonds du chaos. Le Mali sera ce que les Maliens en feront.

 

Boubacar SOW

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source : Reporter

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