Découvertes RFI 2020 : Ami Yèrèwolo porte-drapeau du Mali

C’est en principe ce vendredi 11 décembre que devrait être proclamé le résultat du concours de musique Découvertes RFI pour cette année. Notre compatriote Ami Yèrèwolo figure parmi les favoris

De son vrai nom Aminata Danioko dit Ami Yèrèwolo, la jeune chanteuse, auteure, compositrice interprète malienne est la première jeune fille à s’imposer dans le rap malien. Retenue parmi les 10 finalistes de ce concourt Découverte RFI 2020, elle n’est pas à son premier coup d’essai. En 2017, elle avait occupé la 2è place.

Ses premiers pas dans le monde du rap sont le fruit d’un hasard. La lycéenne s’essayait à la chanson entre les heures de cours sans savoir que ses compositions étaient en fait … du hip hop. C’est un ami de la famille, venu en vacances dans son village de Mahina dans la Région de Kayes, qui lui fait découvrir ce style. « Il m’a tout simplement dit : ‘ta façon de chanter, c’est du rap’. Alors, il m’a donnée un texte et j’ai rappé pour la première fois en sachant ce que je faisais. »

Elle lança alors son premier groupe avec sa cousine et une amie. Le trio s’inscrit à un concours, sans jamais pouvoir y participer. « Mon père me l’a interdit. Il voulait que je me concentre sur mes études », se souvient-elle. D’ethnie kakôlo, la musique n’est pas dans la tradition familiale. Au Mali, le chant est traditionnellement réservé à la caste des griots.
Alors pour percer quelques années plus tard, il a fallu s’armer de courage. « Ta famille t’insulte, la société t’indexe, le showbiz t’écrase. J’ai failli mettre fin à ma carrière en 2015 », témoigne notre interlocutrice.

Ce sont finalement des adolescentes du village de Nioro du Sahel qui lui redonnent espoir. « J’ai vu un groupe de jeunes filles qui portaient un tee-shirt à mon effigie. C’était des fans. Elles m’ont encouragée en me disant que personne n’avait atteint mon niveau sur la scène du rap malien féminin », souligne Amy Yèrèwolo qui reprendra aussitôt l’écriture, encouragée par ses fans. C’est ainsi que son album « Mon combat » est sorti le 13 octobre et constitue l’un des rarissimes albums de rap féminin au Mali.

Contrairement à son premier disque, « Naissance », sorti en 2014, « pour la couverture, cette fois, j’ai fait un effort ». Si elle a troqué sa casquette, son tee-shirt et ses baskets pour un pantalon et une coiffe traditionnelle, la rappeuse reste toujours fidèle à ses principes. « On me critique souvent sur mon style de garçon manqué. Pour réussir, on te fait comprendre que tu dois t’habiller sexy et dévoiler ton corps ».

Son second album est aussi un combat pour sa place et pour celle des femmes, contre la violence faite aux femmes ou contre les mariages précoces. « Quand une fille se fait insulter, c’est normal. Quand on la marrie de force, c’est normal. Il faut que la femme soit obéissante et soumise. Avec les hommes, nous naissons tous de la même manière, non ? », s’interroge-t-elle.
Il a fallu du temps pour que ses pairs la prennent au sérieux. La première épreuve fut celle du « balani show », des grandes fêtes de quartier organisées par des promoteurs privés à Bamako. « Avant Internet, avant Facebook, il fallait absolument passer par le « balani show » pour te faire connaître. Si tu jouais et si le public appréciait, alors il cherchait ton morceau ».

Mais le plus dur était souvent de se faire programmer. « Nombre de fois, les DJs m’insultaient, je n’avais pas l’occasion de faire une prestation. Juste parce que j’étais une rappeuse. Le rap, c’est un monde de macho », critique Ami Yerewolo.
À 28 ans et même après ses deux albums, Ami souhaiterait que sa carrière décolle plus rapidement. L’artiste n’a pas de manager et s’autofinance pour les sorties de ses titres, qu’elle travaille à domicile dans son studio d’enregistrement, discrètement. « Dans les milieux d’artistes, les femmes sont parfois traitées comme des objets sexuels. Et quand on voit une personne comme moi avec la mine serrée et qui ne veut pas ces choses-là, on l’évite. Sauf que généralement, ce sont ces pervers qui détiennent les clés du showbiz », dénonce Ami Yerewolo.

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