Session spéciale de la Cour d’assises de Bamako : Victime de son amitié avec des terroristes

Le mis en cause a avoué être membre d’un groupe d’auto défense. à l’audience, son présumé lien avec un groupe de terroristes a été établi. D’où sa condamnation.

 

Le code pénal malien prévoit et punit l’infraction d’acte de terrorisme dans ses articles 6 et 13 de la loi numéro 08-025 du 23 juillet 2008 portant répression du terrorisme au Mali.
C’est pour cette infraction criminelle, que B.I.L a comparu en Cour d’assises en sa session spéciale, il y a quelques jours.

Les faits qui ont motivé le renvoi de cet homme devant une Cour d’assises pour y être jugé se sont passés en 2020, dans la Commune rurale de Gossi (Cercle Gao). Ce jour-là, cet individu avait été coincé et interpellé à la suite d’une patrouille de routine des soldats de Barkhane dans la dite région.

Au moment de son interpellation, B.I.L était en possession d’une arme de guerre en l’occurrence un fusil de type AK47 et des munitions. à partir du moment, où il venait d’être interpellé par les militaires de Barkhane avec un arsenal de guerre, pour les soldats alliés des forces armées maliennes, il ne faisait plus aucun doute qu’il appartenait à un de ces nombreux groupes terroristes qui écument le Septentrion malien depuis près d’une décennie.

Afin d’y voir plus clair, les militaires de Barkhane ont suivi la logique en l’espèce. Ils l’ont déféré au Pôle judiciaire spécialisé, où une information judiciaire a été ouverte contre lui, pour des faits d’appartenance à un groupe de combat et de détention d’arme et de munitions, intentionnellement en relation avec une entreprise terroriste.

Dès l’enquête préliminaire, le suspect a nié les accusations ci dessus-citées. Toutefois, il a reconnu son appartenance à un groupe d’autodéfense. Pour soutenir ses déclarations et écarter toute idée de son implication dans un acte de terrorisme, B.I.L a ajouté qu’il a été interpellé par les militaires pendant qu’il causait chez un de ses amis. Mais contrairement à cela, le dossier d’accusation fait ressortir avec des preuves à l’appui, qu’il avait un lien avec un groupe dénommé « Al Nustra ».

Il s’agit d’un groupe dont les agissements ne sont autres que la commission d’actes terroristes. Pour se défendre de tout lien avec le groupe terroriste, le mis en cause a soutenu que le jour de son interpellation, les membres de cette organisation terroriste étaient venus lui remettre une arme chez lui. C’est sur le chemin de retour, lorsqu’il les accompagnait en brousse qu’ils ont été surpris par les éléments de Barkhane.

Sur ce point, pour être plus précis, l’accusé a affirmé sans crainte que cette arme avait été achetée par son père à lui pour qu’il puisse assurer sa propre sécurité. Dans le même ordre d’idée, l’accusé s’est défendu contre vents et marrées qu’il avait été pris sans arme à la main.

Mieux, soutient-il, avant que les soldats ne l’embarquent, il leur aurait même notifié les raisons de sa présence qui n’était autre d’accompagner ceux de « Al Nustra » venus chez lui au village. Mais par malheur, ces derniers se sont enfuis lorsqu’ils ont été surpris par Barkhane en pleine brousse, en le laissant avec certains de leurs matériels de guerre.

Dans ses explications l’accusé a donné l’impression d’avoir fait une double collaboration. D’abord, avec les membres du groupe de terroristes par peur de représailles de leur chef. Ensuite, avec Barkhane pour avoir montrer aux soldats français l’arsenal de guerre de ses compagnons de fortune d’« Al Nustra » abandonné à la suite de leur intervention.

Dans la foulée, l’accusé a détaillé les rapports qui le liaient au chef de la dite organisation terroriste, avant que leurs rapports ne se détériorent pour des raisons personnelles. En somme, l’accusé s’est expliqué avec la ferme volonté de convaincre les jurés qu’il n’avait rien à voir avec une organisation terroriste, qu’il avait été arrêté alors qu’il leur avait déjà remis ses armes et bagages, après les avoir accompagnés dans la brousse.

Le parquet a balayé toutes ces explications d’un revers de main. Le défenseur des citoyens s’est dit convaincu que le mis en cause possédait une arme au moment de son interpellation contrairement à l’idée qu’il voulait défendre pour se sortir d’affaire.

Le magistrat debout lui a rafraichi la mémoire en rappelant la Cour que l’exploitation de son téléphone portable avait permis de comprendre qu’il était en relation avec une entreprise terroriste.

Partant de tous ces détails, l’avocat général a qualifié le suspect de spécialiste des armes explosives, avant de requérir qu’il soit maintenu dans les liens de l’accusation.

Quant à la défense, elle a centré sa plaidoirie sur le fait que son client n’a pas été interpellé en possession d’une arme de guerre. Il a détaillé que c’est le père de l’accusé qui lui avait acheté une arme pour qu’il rejoigne le groupe d’auto défense dont il faisait allusion.

« C’est son père qui lui a acheté une arme dans le but de rejoindre le groupe d’autodéfense Ganda Izo qui est reconnu par le Mali ». Ainsi, l’avocat a tenté de convaincre les jurés que son client était membre d’une organisation officiellement reconnue. D’où son rejet de toute activité liée au terrorisme et de son innocence quant aux charges que le ministère public lui impute. En dépit de tout ce qui précède, la Cour a établi la culpabilité de l’accusé, en le privant de la moindre circonstance atténuante. Le ministère public a ainsi requis la perpétuité en application de l’article 13 qui punit tout acte terroriste.

En réplique, l’avocat a rejeté cette proposition et a plutôt plaidé la clémence de la Cour prétextant que son client était marié et père de 4 enfants. Après délibération, la Cour a condamné l’inculpé à la réclusion criminelle à perpétuité et au paiement de deux millions de Fcfa d’amende. En outre, il doit également s’acquitter de 100.000 Fcfa pour dommages et intérêts.

Zoumana Tiédié DOUMBIA

Source : L’ESSOR

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