Fily Dabo Sissoko et Hamadoun Dicko : Les dernières paroles dignes des deux opposants farouches de Modibo Keïta

Opposés au régime socialiste du président Modibo Keïta, Fily Dabo Sissoko et Hamadoun Dicko, sont arrêtés et condamnés à mort. C’est au moment où ils se préparaient à creuser leur tombe commune que ces figures de proue de l’indépendance du Mali, ont eu des échanges avec leur bourreau. Des propos pathétiques (dans la « réponse de l’histoire » de Boubacar Keïta) mais empreints de dignité.

 

Initiateur du Parti du Regroupement Africain (Pra) en 1958 à Cotonou. En 1959, alors que les partis fusionnent, Fily Dabo Sissoko, puisque c’est de lui dont il s’agit, s’oppose à l’option socialiste du président Modibo Keïta et au choix de créer le ‘’franc malien’’. Le 20 juillet 1962, des émeutes éclatent à Bamako. Les commerçants marchent sur le commissariat central pour exiger la libération de leur leader Kassoum Touré, arrêté quelques heures plutôt parce qu’il s’opposait lui aussi à la création du ‘’franc malien’’. Fily Dabo Sissoko sera arrêté et condamné à mort suite à la fameuse ‘’manifestation des commerçants’’, avant de voir sa peine commuée en prison à perpétuité. Il la purge dans un bagne près de Kidal, où il finira par être assassiné en 1964.

Les dernières paroles de Fily Dabo Sissoko

Nous pouvons lire ceci, dans la « réponse de l’histoire » de Boubacar Kéïta :

Hamadoun Dicko avait fini de creuser la fosse commune, le temps était compté et on n’allait pas rester ici ad vitam aeternam !

Fily Dabo Sissoko, avec ce calme dont il ne s’est jamais départi toute sa vie durant, s’avance aussi vers l’officier. Sa grandeur se lit sur son visage serein et souverain que son ancien élève (l’officier en charge de l’exécuter) ne put rencontrer sans baisser les yeux. « Mon fils, lui dit Fily Dabo Sissoko d’une voix bien timbrée, je sens ton désarroi et ta pitié que nous t’inspirons. Viens faire ce que le devoir te recommande. Nous sommes victimes d’un idéal et cet idéal nous vengera bien un jour, Incha Allah »
Elu député du Soudan sur la liste Psp conduite par Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko a été à cette époque le plus jeune député à l’Assemblée Française. Il a souhaité des réformes économiques et sociales (code du travail, aide à l’enseignement, revalorisation et égalisation des passions d’anciens combattant, modernisation des transports, droits des autochtones au foncier…). Il a, à la suite de Mamadou Konaté, leader de l’Us-Rda, défendu en 1955, l’idée d’ériger la ville de Ségou en commune de plein exercice.

Opposé au régime de Modibo Kéïta, Hamadoun Dicko est mis aux arrêts en 1962, dans les mêmes conditions que Fily Dabo Sissoko jusqu’au jour de leur exécution avec Kassoum Touré.

Dernières paroles de Hamadoun Dicko

Voici les propos dignes de Hamadoun Dicko, qu’on peut lire dans « la Réponse de l’Histoire » de Boubacar Kéïta en s’adressant à celui qui devrait lui ôter la vie. Le peulh Hamadoun Dicko, la tête toujours haute, le visage plein de noblesse et de pureté, s’adresse le premier à l’officier : « Lieutenant, quelque soit le mode d’exécution que vous aurez choisi, je vous demande, de grâce, de ne pas laisser nos corps en pâturage aux charognards et aux fauves » a-t-il lancé. Avant de joindre le geste à la parole, il retire une bague de son doigt, la remis au lieutenant avec ce message : « remettez cette bague à ma fille et dites-lui que je suis mort pour un idéal. Je souhaite que cet idéal triomphe un jour pour le plus grand bien de mon pays ».
En tout état de cause, ces 2 figures de proue de l’indépendance, Hamadoun Dicko et Fily Dabo Sissoko, ont payé de leur vie pour défendre leur idéal. Ils n’ont pas vécu inutiles. Leur patriotisme, courage et dignité doivent servir d’exemple à la génération actuelle. Dans tous les cas, leur œuvre demeura toujours éternelle. Comme le dit le célèbre écrivain Birago Diop : « les morts ne sont pas morts… »

Pour mémoire, Fily Dabo Sissoko est né le 15 mai 1900 à Horokoto (dans le cercle de Bafoulabé) dans une famille de chefferie traditionnelle du pays malinké. Il enseigne à l’école régionale de Bafoulabé avant de devenir en 1933, chef de canton de Niambia, succédant à son père. Parallèlement à sa carrière politique, il est écrivain et publia de nombreux poèmes, des nouvelles et des essais.

Et quant à Hamadoun Dicko, il est né en 1924 à Diona (dans l’actuel cercle de Douentza) dans une famille de chefferie peuhle dont il apprend l’art de la gouvernance. Après de brillantes études primaires dans la région de Mopti puis au lycée Terrason de Fougères, le jeune Hamadoun se retrouve à la célèbre Ecole Normale William Ponty d’où il sort instituteur. Il enseignera à Bafoulabé puis à Kolokani…
Voici un aperçu des photos de Fily Dabo en premier et Dicko en second .

Djeliba24

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