Édito : la communauté internationale doit comprendre…

Le président en exercice de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président Ghanéen, Nana Akufo-Addo, vient en visite au Mali à une période où la prolongation de la transition est au cœur des débats. Pendant que certains Maliens, notamment une partie de la classe politique et de la société civile, tiennent au respect du délai de la transition comme les prunelles des yeux, des millions d’autres Maliens réclament une prolongation afin de permettre aux autorités en place de refonder l’État. La communauté internationale, notamment la CEDEAO, quant à elle, est exigeante par rapport au respect des 18 mois impartis pour la durée de la transition.

Chacun des camps a des arguments propres à lui, les raisons qui lui sont propres. Mais quelle est la position qui arrange le Mali et les Maliens ? C’est de cela qu’il s’agit.

La durée de la transition est de 18 mois. Les autorités maliennes, notamment le président et le premier ministre ont promis, devant les Maliens et la communauté internationale, de respecter ce délai. Cet engagement devait être respecté dans les normes. Mais aujourd’hui, il faut voir les réalités en face. Les conditions sont-elles réunies pour réussir la refondation de l’État et organiser d’élections transparentes d’ici février 2022 ? Non, en toute sincérité. Les difficultés sont là et énormes. La situation sécuritaire n’est pas maitrisée. Le terrorisme gagne du terrain d’ailleurs, surtout dans le centre du Mali. Des villages entiers, sous la terreur des terro-djihadistes, ont tout abandonné pour rejoindre les zones un peu plus sécurisées. La réalité est qu’aujourd’hui, excepté Bamako et quelques régions du sud, l’élection est presqu’impossible dans beaucoup de localités au centre et au nord du pays. Le cercle de Niono, tout près de Ségou, est un exemple concret. Quel candidat peut aujourd’hui battre campagne dans le centre du Mali ?

Au-delà des demandes répétitives de la prolongation de la transition par des millions de Maliens, la communauté internationale doit comprendre qu’il est impossible de tenir des élections au Mali dans ces conditions. Si on organise la présidentielle en l’état, le prochain Président sera contesté et risque de partir à la suite d’un coup d’État militaire. Ce que le Mali doit éviter.

Les réformes politiques et institutionnelles ont toujours été réclamées par les Maliens, la classe politique en majorité. Et la transition est la période idéale pour réussir ces réformes. Si la prolongation de la Transition à quelques mois peut permettre de faire ce travail, il n’y a pas de raison pour la CEDEAO de ne pas comprendre les réalités tristes du Mali et accepter cette prolongation. Elle et toutes les autres organisations doivent comprendre que c’est le contexte même qui impose cette prolongation de la transition.

Aussi, les dirigeants de la CEDEAO doivent également comprendre que la voix des Maliens doit compter dans ce processus. Leur volonté doit être priorisée malgré les raisons diplomatiques ça et là avancées. Elles doivent admettre que le Mali ne sera que ce que les Maliens voudront qu’il soit. Certes, il y a des Maliens qui sont contre la prolongation de la transition, mais y en a aussi ceux qui la revendiquent en longueur de journée. La preuve : le sondage réalisé par l’ingénieur statisticien Sidiki Guindo à Bamako a indiqué que plus de 75% de Maliens sont favorables au report des élections. Leur position ne doit-elle pas compter ?

La CEDEAO doit comprendre que la prolongation est nécessaire pour la réussite même de la transition.

Boureima Guindo

Source: LE PAYS

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