Choguel Maïga dans le fauteuil de Premier ministre

Quelques heures après son investiture, le colonel Assimi Goïta, 38 ans, sanglé dans sa tenue d’apparat a nommé Choguel Kokalla Maïga premier ministre lundi 7 juin du Mali où tout est à refaire.

Choguel Kokalla Maïga est né en 1958 à Tabango, dans la région de Gao. Après l’obtention de son baccalauréat, il boucle ses valises, direction la Biélorussie, puis Moscou où il frotte et lime sa cervelle contre celle de ses camarades de l’Institut des télécommunications. Un cursus couronné du parchemin d’ingénieur en télécommunication. De retour au bercail à la fin des années 1980, il soutient une thèse sur le désenclavement du nord Mali grâce aux réseaux hertziens et satellitaires.

Choguel milite à l’Union démocratique du peuple malien (UDPM, parti unique) jusqu’à la chute du régime de Moussa Traoré emporté par un soulèvement populaire. Phénomène rare pour qu’il soit signalé, alors que les personnalités les plus en vue tentent d’enterrer le lourd passé, lui revendique ouvertement l’héritage du parti unique accusé de précipiter le pays dans un gouffre amer et profond. Ainsi, il a maille à parti avec l’Union pour la démocratie et le développement (UDD) jugée trop timorée à ses yeux avant de porter sur fonts baptismaux le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR).

Un « fou »

Les sarcasmes pleuvent de tous les côtés. De ses anciens camarades politiques tout comme des figures du mouvement démocratique dont beaucoup n’hésitent nullement à lui traiter de « fou » qui marche à contre sens de l’histoire. Au milieu de ces railleries, il ne cesse de forgerson étoffe de leader bravant la tempête, forçant l’estime et le respect de ses détracteurs. Au point que ceux qui le peignent en mouton noir commencent à lui fréquenter, à faire alliance avec sa formation politique. Entre 2002 et 2007, il devient ministre de l’Industrie et du Commerce dans les gouvernements successifs d’Ahmed Mohamed Ag Hamani, puis d’Ousmane IssouffiMaïga. Lors de la présidentielle de 2007, il soutient la candidature du président sortant Amadou Toumani Touré.

Après la chute de ce dernier et l’arrivé au pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta il signe son retour au gouvernement en qualité de ministre de l’Economie numérique, de l’Information  la Communication. Cet homme qui ne rit jamais mouille bien le maillot et se signale à l’attention de l’opinion publique par ses initiatives en faveur de la dotation  de tous les étudiants de l’Université enordinateurs. Le projet foire, en raison de l’opposition des plus hautes autorités qui redoutent que ce succès rejaillisse sur son aura et son parti, bien qu’il soit inscrit en bonne place dans les promesses électorales du président de la République.Un an et demi plus tard après il est évincé du gouvernement à la faveur d’un remaniement ministériel.  Son successeur au département jette son dévolu sur les tablettes au prix d’achat supérieur et de performance moindre.

L’empêcheur de tourner en rond, au cours d’un conseil de ministres, affiche sa farouche hostilité au remplacement des élus communaux par des autorités intérimaires dont les armes ont servi de verni de légitimité. Il réussit à dire tout haut ce que d’aucuns pensent tout bas. En dépit du fait qu’on lui a signifié qu’il n’avait pas la parole.

Intrépide combattant

 Son courage, son don de soi lui propulse au-devant de la tête de l’opposition après le rapt du Chef de file SoumaïlaCissé, enlevé en pleine campagne pour les dernières législatives. Visage fermé, Choguel est régulièrement sous les projecteurs de l’actualité, rendant tantôt compte des recherches pour retrouver l’infortuné, tantôt pour brosser l’état de la nation. Ses pics contre le régime, qu’il s’agisse de l’aggravement de la corruption, des tueries de manifestants aux mains nues, ou encore de la dégradation de la sécurité partout à l’intérieur du Mali et ses ondes de choc sur l’ensemble des pays voisins et ses prises de position en faveur de la relecture de l’Accord de paix signé avec les groupes armés suspecté renfermer les germes d’une partition du pays, font les choux gras de la presse.

Son passé d’intrépide combattant dicte le choix porté pour diriger le comité stratégique du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Qui mieux que lui peut porter le glaive d’un mouvement hétéroclite constitué de partis politiques à orientation marxiste, libérale ou centriste et d’associations diverses ? Rien ne peut les unir si ce n’est la volonté de changement. En face, le régime d’IBK a voulu jouer à la division. En vain. Le Mouvement s’est avéré un bloc de granit.

Mais, en politique, derrière les fenestrons se cachent des dents carnassières. Choguel Kokalla Maïga essuie les attaques en règle à l’intérieur du regroupement. Certains lui reprochent « son cavalier seul », d’autres lui taxent de « radical » en réponse à son peu de concessions faites à ses interlocuteurs. Des grains de sable dans un mécanisme huilé qui manque de peu de casser le Mouvement. Quelques leaders se sont mis en congé. Et récemment, l’Union pour la République et la démocratie (URD) du défunt Soumaïla Cissé prend le large en signant son entrée au gouvernement éphémère – sa durée de vie n’excède pas deux heures. Choguel ne varie pourtant pas dans le sillon tracé, maintient le cap, jusqu’à l’invitation lancée au M5 de choisir en son sein un Premier ministre, aux lendemains du coup de force qui a eu raison et du président de la transition Bah N’Daw et de son chef de gouvernement Moctar Ouane. A l’unanimité le choix se porte sur lui.

Le nouveau premier ministre a vraiment du chemin à faire dans un pays dont l’existence en tant qu’Etat-nation est fortement ébranlée par les attaques djihadistes et miné par la corruption et le règne de l’injustice sociale, puis il devra conduire à des élections libres et crédibles. Sur ces chantiers titanesques,  il aura à batailler fort pour conférer une respectabilité au pays dont le blason est plus en plus terni. Et c’est à l’aune de ses réalisations que ses compatriotes et nos partenaires prendront la mesure du changement tant souhaité.

Choguel a, des jours précédant sa nomination, précisément le vendredi 4 juin, déclaré que le Mali respecterait ses engagements internationaux, mais que « les sanctions » alourdissent la situation, allusion à l’annonce française de la suspension des opérations militaires conjointes. « Nous respecterons nos engagements internationaux qui ne sont contraires aux intérêts fondamentaux du peuple malien » a–t-il  indiqué, en prenant soin de préciser au cours de ce rassemblement à Bamako entré dans le cadre du premier anniversaire du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques.

Choguel vu par la presse

 

Rfi

« La voix de la contestation »

Choguel s’impose comme «  la voix » de la contestation… Il inonde quasi quotidiennement la presse de communiqués, ce qui finit par agacer des membres du mouvement. Certains commencent par parler directement à la presse en prenant le contre-pied des déclarations de Choguel Maïga.

 

TV5 Monde

« Sortir le pays d’une crise »

Comme toujours, c’est avec la mine grave et le ton solennel que Choguel Kokala Maïga s’est adressé à plusieurs centaines de personnes réunies le 4 juin dernier, à Bamako, au Mali, autour de la place de l’indépendance. « Notre peuple a besoin qu’on lui tienne la main, pour qu’il retrouve sa dignité, pour qu’il retrouve son indépendance, pour qu’il retrouve sa souveraineté, pour qu’il retrouve son unité3 martelait-il alors.

Nommé premier ministre par le colonel Assimi Goïta, président de la transition, l’homme va devoir composer avec les militaires au pouvoir.

A 63 ans, Choguel Kokalla Maïga prend la tête d’un gouvernement qui doit non seulement préparer le retour au pouvoir des civils dans neuf mois, mais aussi tenter de sortir le pays d’une crise politique consécutive à deux putschs militaires successifs.

 

Le Monde

« Le profil inquiète »

Le profil du nouveau premier ministre, Choguel Kokalla Maïga inquiète. Formé en Biélorussie et en Russie, il fut de tous les pouvoirs et de toutes les oppositions ; ce professionnel de la politique a su montrer en vingt-cinq ans de carrière, une certaine capacité d’adaptation aux événements ; défenseur de l’œuvre de Moussa Traoré, qui, il y a& quelques mois, qualifiait pourtant les institutions de la transition de «  régime militaire  déguisé », il s’est finalement « félicité de la nouvelledynamique de rectification « , lorsque les putschistes ont démis le président Bah N’Daw et son premier ministre Moctar Ouane

Opposant  notoire à l’accord de paix d’Alger, qui consacre selon lui « la partition de fait du mali », Choguel Kokalla Maïga se voit désormais chargé de faire applique ce texte qui devrait notamment permettre aux communautés du nord, d’obtenirdavantage de pouvoirs dans leurs régions. Les dernières années lui donnent cependant un mode d’emploi pour maintenir le statu quo, tant les gouvernements précédents et les ex-rebelles ont montré peu d’empressement à mettre en œuvre l’accord.

 

France 24

« Un vétéran de la politique nationale »

En la personne de Choguel Kokalla Maïga , ministre à plusieurs reprises et trois fois candidat à la présidentielle (2002, 2013 et 2018), le colonel Goïta a choisi l’un des chefs de file du collectif qui a mené en 2020 la contestation contre le président Ibrahim Boubacar Keïta. Le colonel Goïta satisfait ainsi à une exigence des partenaires du Mali qui réclament que le poste soit confié à un civil. Maïga, dont le parcours a épousé les soubresauts de la politique nationale depuis plus de 30 ans devra former une équipe gouvernementale pendant la période de la transition ouverte après le coup d’état d’août 2020 et jusqu’à des élections présidentielle et législatives prévues le 27 février 2022.

 

L’Essor

«  Constance et persévérance »

Président du Mouvement patriotique pour le renouveau, le nouveau premier ministre a été au rendez-vous de tous les grands événements politiques de ces trois dernières décennies.il a la lourde responsabilité de relancer le processus de la transition avec des chantiers phares comme les réformes politiques et institutionnelles, la lutte contre la corruption, la satisfaction de la demande sociale, la lutte contre l’insécurité et le terrorisme  et surtout l’organisation des élections générales devant permettre à notre pays de rejoindre le concert des nations.

 

Mali 24

« Choix judicieux »

Après le deuxième coup d’état en moins d’un an perpétré par les même auteurs, une nouvelle redistribution de la carte politique s’est imposée ; elle a permis de remettre en selle le mouvement du 5 juin –Rassemblent des forces patriotiques (M5-RFP), force de contestation contre le régime défunt ; les deux alliés naturels que sont le CNSP le M5-RFPont finalement scellé une union sacrée pour mener à bon port le bateau de la transition.
C’est incontestablement le choix le plus judicieux et le plus légitime au regard des efforts et des sacrifices consentis par ce mouvement.

Un dossier préparé par

 Georges François Traoré

Source: L’Informateur

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