Boubacar Haïdara: « Les populations de Niono sont clairement prises en otage »

La situation sécuritaire se dégrade ces dernières semaines dans le cercle de Niono, où attaques et enlèvements de personnes et de bétail se multiplient. Boubacar Haïdara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM) de Sciences Po Bordeaux et Professeur à l’Université de Ségou, nous livre son analyse.

Comment expliquer la situation actuelle à Niono ?

Cela peut s’expliquer par la désertion des Fama de plusieurs localités du centre du Mali. Niono est emblématique parce que, c’est dans ce cercle qu’il y a eu le blocus de Farabougou pendant 6 mois. Ni les Fama ni les Forces armées étrangères n’ont été capable de libérer le village. On s’est contenté de larguer des vivres qui, selon certains témoignages, ont été récupérés par les djihadistes. Il a fallu que le Haut Conseil islamique, par des négociations, parvienne à lever ce blocus, au terme d’un accord après le forum de Niono.

Qu’est-ce qui a provoqué la rupture de cet accord par la suite ?

Il y a eu une erreur d’interprétation de certains termes. Je crois qu’il était dit que chacun pouvait garder ce qu’il avait obtenu pendant la guerre. Mais certains groupes armés ont voulu récupérer ce qu’ils avaient perdu. Au lieu que l’application de l’accord ramène la paix, cette interprétation a ouvert un autre front conflictuel. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’accord a volé en éclats. Et, parmi les Dozos, certains n’étaient pas d’accord et voyaient cela comme un assujettissement.

Qu’en est–il de la présence des Fama ?

Il n’y a pas de Fama. Les populations ne les voient pas en tout cas. Les Dozos se trouvent mêlés à cette crise parce qu’ils prétendent justement remplacer les Fama. Les Fama ne sont pas là ou ne jouent pas leur rôle.

Les populations sont-elles prises en étau entre les groupes djihadistes et les chasseurs Dozos ?

Tout à fait. Les groupes djihadistes cherchent à les assujettir. Les Dozos cherchent à apparaître comme les remparts entre ces djihadistes et les villages qu’ils prévoient d’occuper, d’où les combats violents. Les populations du cercle de Niono sont clairement prises en otage. D’ailleurs, elles sont souvent vues comme étant collaboratrices d’un camp ou de l’autre et subissent la violence des groupes armées. Mais partout où des pactes se scellent entre populations civiles et djihadistes, il ne faut surtout pas les lire comme étant l’adhésion des populations aux recommandations ou volontés des djihadistes. Elles n’ont pas le choix, l’essentiel pour elles étant uniquement d’être libre et de vaquer à leurs différentes occupations sans risquer de se faire tuer.

Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Source :  Journal du Mali

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