Salif Kéïta dit Domingo : « Ma seule déception est de n’avoir pas offert une Coupe au Mali »

Salif Kéïta plus connu sous le sobriquet de Domingo, qui célèbre ce vendredi 6 décembre 2013, son 67e anniversaire, se souvient toujours des quatre finales perdues (deux fois finales de la Coupe d’Afrique des Clubs champions, la finale des Jeux de Brazzaville et  la CAN Yaoundé 72). Selon lui, son seul regret dans sa carrière est de n’avoir pas offert une Coupe à son pays, le Mali. « Si on pouvait acheter une Coupe, j’allais le faire pour mon pays parce que c’est mon regret aujourd’hui. J’ai gagné beaucoup de trophées durant ma carrière. Et pourtant, je me suis toujours battu pour gagner un trophée pour le Mali. Malheureusement, le bon Dieu en a décidé autrement » nous a confié le premier ballon d’or africain. Il vient d’être élu meilleur footballeur de l’histoire de son ancien club français, l’AS Saint Etienne. 

salif keita DOMINGO

C’est un certain 6 décembre 1946 que celui qui deviendra quelques années plus tard (1970) le premier ballon d’or africain, Salif Kéïta dit Domingo, a vu le jour à Bamako. A 67 ans, ce vendredi 6 décembre 2013, l’ancien président de la fédération malienne de Football se porte bien. Il est marié et père de deux filles.

 

 

C’est à bâtons rompus que nous nous sommes entretenus avec lui en début de semaine afin de faire revivre le parcours de ce talentueux footballeur que d’aucuns comparent au Roi Pélé. L’affaire Jacques Anouma, son passage à la fédération malienne de football et son projet de formation avec le Centre qui porte son nom ont été également évoqués.

 

 

 

« Ma carrière a commencé avec les compétitions de pionnier en 1962 qui m’ont permis d’être connu à Bamako, puisque l’équipe de Ouolofobougou dans laquelle j’évoluais a eu la chance d’être finaliste  à l’occasion de la première épreuve. Une finale que nous avons malheureusement perdue contre Bagadadji. Mais la deuxième année, nous avons gagné la finale contre Bamako-Coura. Après, grâce à la politique des jeunes menée par les autorités sportives de l’époque, beaucoup de jeunes qui avaient participé aux compétitions de pionnier se sont retrouvés en équipe nationale en 1963  pour préparer le voyage sur Djakarta. Ici, nous devions participer aux jeux des nouvelles forces montantes. Finalement, nous avons été trois à être retenus pour ce tournoi. C’était Sivory, Diawoye et moi. Nous avons débuté en équipe nationale contre la Chine et après contre l’Indonésie. La participation du Mali n’a pas été extraordinaire, mais pas décevante non plus.  Mes débuts internationaux en Afrique remontent au match contre la Côte d’Ivoire à Abidjan. Je suis parti comme remplaçant, le Mali était mené un but à zéro. Puis l’entraîneur, Oumar Sy  m’a fait monter et j’ai égalisé. Dans la foulée, j’ai fait un très bon match et tout est parti de là. Donc, Abidjan a été un grand succès pour moi. Ce qui fait que quand je suis arrivé à Dakar, au Sénégal, quelques semaines après avec l’équipe du Mali, j’étais déjà attendu parce que les nouvelles d’Abidjan y étaient parvenues. Tout est parti rapidement.  Après, j’ai participé avec le Stade Malien de Bamako à la première Coupe d’Afrique des clubs champions. Nous nous sommes qualifiés d’abord pour le premier match aux dépens des Sénégalais. Après nous avons éliminé les Guinéens, puis les Ivoiriens, et on s’est retrouvé en demi-finale contre l’équipe championne d’Ethiopie que nous avons battue.

 

 

 En finale, nous étions aux prises avec l’Oryx de Douala. Malheureusement,  nous avons perdu parce que ce jour-là, cette équipe camerounaise nous a proposé un jeu très physique qui nous a empêchés de nous exprimer. L’équipe du Stade à cette époque était constituée de joueurs qui n’avaient pas beaucoup d’expériences. Donc, nous ne faisions pas le poids physiquement contre l’équipe camerounaise, et nous avons perdu par deux buts à un. Lors de la deuxième année de cette même compétition en 1966, l’AS Réal représentait le Mali. Là encore, nous avons fait un parcours remarquable. Nous sommes allés gagner au Liberia. Nous nous sommes qualifiés aux dépens des Guinéens, et après nous avons éliminé le détenteur du trophée l’Oryx de Douala. En finale contre le Stade d’Abidjan, là aussi nous gagnons à Bamako par trois buts à un, mais malheureusement nous avons pris quatre buts à Abidjan. Je pense que nous n’avons pas eu beaucoup de chance.  Parallèlement, les Aigles du Mali participaient aux premiers jeux africains à Brazzaville. Au cours de cette compétition, nous sommes arrivés jusqu’en finale, où nous avons perdu contre le Congo par le nombre de corners.  Ce qui fait qu’en deux ans de 1965 à 1966, le Mali a joué trois finales de compétition africaine.  Après la finale de la Coupe d’Afrique à Abidjan en 1966, j’ai eu beaucoup de problèmes avec le public malien, au point que j’ai dû m’exiler. Je suis parti à Saint-Etienne en France, où j’ai remporté le Championnat de France trois fois et vainqueur de deux coupes de France. Après, je suis allé à Marseille, puis transféré à Valence, au Sporting de Lisbonne et aux Etats-Unis où j’ai  fini ma carrière. Après ma retraite sportive, je suis revenu à Bamako ».

 

 

« J’ai toujours aimé mon pays et je suis un patriote »

S’agissant de sa carrière, Domingo garde un bon souvenir : « J’ai le souvenir d’avoir eu une belle histoire d’amour avec le public. Tantôt c’était le grand amour, mais parfois aussi c’était la tempête en fonction des résultats ». Comme déception, il y en a aussi. « Ma déception ou mon seul regret, c’est de perdre les finales que j’ai jouées avec le Stade et l’AS Réal, le Mali. Jusqu’à présent, je n’arrive pas à expliquer comment nous avons perdu ces finales alors que nous étions les meilleurs. Mais, beaucoup de gens m’accusent pour cela. Ce que les gens ne savent pas, c’est que j’aime beaucoup mon pays et je suis un patriote. Si on pouvait acheter une Coupe, j’allais le faire, pour mon pays parce que c’est mon regret aujourd’hui » a-t-il précisé.   »Moi, je pense que j’ai fait tout ce que Dieu m’a donné la chance de faire pour mon pays. J’ai mis mon talent au service de mon pays et de l’Afrique. Chaque fois qu’il a été question du Mali, je me suis toujours trouvé en première ligne. Je ne place rien au-dessus de mon pays. J’ai toujours su faire prévaloir ma fibre patriotique que ce soit à Bamako où ailleurs dans le monde.  Que Dieu nous garde ! » poursuivra-t-il.

 

 

Parlant de l’affaire Jacques Anouma concernant l’élection au niveau de la FIFA, Domingo a catégoriquement démenti cette information : « Personne ne peut confirmer que Jacques Anouma m’a donné de l’argent au profit de notre compatriote Amadou Diakité. C’est archifaux ».

 

 

En tout cas, Salif Kéïta est considéré comme l’un des meilleurs footballeurs africains de tous les temps. Récemment, il s’est classé premier au classement des 50 meilleurs joueurs de l’histoire de l’AS Saint-Etienne. Il a remporté plusieurs trophées notamment le soulier d’argent du 2ème meilleur buteur d’Europe, le trophée du premier africain à être sacré meilleur joueur du championnat français, le trophée du meilleur joueur étranger de France. Il a été aussi décoré plusieurs fois notamment par la FIFA, la CAF et des Chefs d’Etat maliens, français, sénégalais.

Alou B HAIDARA

 

SOURCE: L’Indépendant

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