Oumar Coulibaly, initiateur de la plateforme culturelle « Diez Star » : « Diez Star n’a jamais bénéficié d’un accompagnement de l’Etat »

Dans le cadre de son rendez-vous du vendredi consacré à une personnalité de l’environnement culturel, social, numérique etc., le Journal digital BamakoNews (JBN) reçoit M. Oumar Coulibaly, un passionné de culture urbaine, qui a lancé Diez Star. Cette plate-forme de promotion des artistes urbains du Mali est une réussite dont nous évoquons avec l’intérêt les péripéties et les perspectives.  1)      JBN :  S’il vous fallait, en quelques mots, vous définir, que diriez-vous à nos lecteurs ?

Si je peux me définir en quelques mots je dirai quand même le faiseur des stars ou bien l’ami des stars et pour les intimes, c’est Oumarcool, le faiseur des stars. A l’état civil, je suis Oumar Coulibaly promoteur de spectacles, je suis titulaire d’un CAP en transmission et télécommunication et d’un DUT en marketing management.

 2)      JBN : Ce descriptif nous fait savoir que la culture est au cœur de votre intense activité et vous vous y consacrez jour et nuit. D’où vous vient cette passion pour la culture malienne ?

De but en blanc, je l’ai depuis tout petit. J’ai eu aussi la chance d’avoir un père qui était un aventurier, qui voyageait beaucoup. Donc je voyageais et j’ai eu la chance de découvrir plusieurs cultures telles que le Benin et le Togo ou encore le Niger. Je me suis demandé comment toutes ces cultures pouvaient se retrouver sur une plateforme ? J’étais tout petit et j’avais déjà cette idée mais au fur et à mesure avec l’évolution des technologies et aussi avec la musique urbaine malienne, j’étais très proche des rappeurs d’ici depuis le temps des GRR (NDLR Génération Rap et Respect). Je me suis dit que j’avais trouvé ce que je voulais. Vue que j’étais gérant d’un cyber, j’ai eu l’idée de mettre en place une plateforme dénommée DIEZ STAR qui a pour but de faire la promotion de la culture plus précisément la musique urbaine et aussi de permettre à ces artistes d’être sur une plateforme d’échange. Aujourd’hui, DIEZ STAR ne fait pas seulement la promotion de la musique malienne mais aussi celle de la sous-région. L’idée recherchée est que quand un artiste burkinabè vient sur DIEZ STAR et qu’il rencontre un artiste malien, qu’ils aient une possibilité de faire des featurings. Aussi, si vous visitez DIEZ STAR, il y a des espaces dédiés à la découverte pour donner la chance aux jeunes de rencontrer un promoteur de labels qui recherche des jeunes talentueux. Aujourd’hui, la culture est loin d’être possible sans le virtuel c’est pour cela que j’ai choisi ce canal qui est la plateforme digitale pour faire la promotion de la culture à notre manière.

3) JBN : Nous vous avons présenté comme le Directeur de l’entreprise DiezStar. Qu’est-ce c’est que cette entreprise ? Que retenir de son de métier ? Et puis, Diez Star veut dire quoi ?

Effectivement, je suis le directeur de l’entreprise DIEZ STAR qui n’est autre que la marque digitale sinon la marque enregistrée. En vérité l’entreprise se nomme « AFRIC DIEZ ». C’est une structure de promotion, de management, de booking d’artistes, de couverture médiatique, de prestation de service culturel. Ce nom vient du fait que sur internet le hastag Diez (NDRL « # ») permet de trouver rapidement ce que tu cherches. Donc, DIEZ STAR met en avant la volonté de faire découvrir plus rapidement les artistes et AFRIC DIEZ marque notre volonté d’être de donner plus de visibilité et de crédibilité à nos artistes.

Pour revenir à la question, ce n’est pas un métier facile si on considère le côté familial. Nos familles pensent que la culture n’est pas un secteur assez commode. Parfois, tu sors à 7h du matin, tu rentres jusqu’au lendemain. D’autres fois, il arrive que je fasse 24h sans rentrer chez moi entrain de suivre et couvrir les évènements. Pour moi, c’est compréhensif car si tu décides d’être un soldat de la culture, il faudra t’armer de confiance et surtout de courage. C’est un métier qui n’est pas reconnu à sa juste valeur. Mais, on espère qu’un jour on aura notre place.

4)      JBN : Il est rare de voir des entreprises formelles dans le domaine du showbiz, a-t-il été facile de vous lancer dans cette aventure entrepreneuriale ?

Le domaine du show buzz n’est pas un domaine très formel mais nous on est là pour que ça soit plus formel. Depuis 2017, AFRIC DIEZ a son registre de commerce mais malgré cela, ce n’est pas facile parce que l’impression est donnée que c’est une aventure. Par le passé, ça n’a pas été facile mais avec de la passion on a trouvé des ressources pour se restructurer et mettre en place notre équipe animée par une véritable passion pour ce qu’ils font.

5)      JBN: Vis-à-vis de la scène culturelle de notre pays, qui malgré la longue crise politique et sécuritaire, continue de vivre et d’évoluer, diriez-vous que l’espoir est permis pour les artistes maliens ?

En parlant de la scène culturelle de notre pays, je pense que la crise politique au Mali ne date pas d’aujourd’hui et je pense que l’Etat doit regarder le rétroviseur de la culture malienne car aujourd’hui, si je peux me permettre, la culture malienne est l’une des scènes les plus marginalisées dans le microcosme économique malien même si elle reste très rentable. Je pense qu’il y’a de l’espoir quand vous prenez hier il n’y avait que des SYLLA productions, des TOM productions qui produisaient les artistes mandings mais aujourd’hui avec la révolution, tous les artistes font l’autoproduction donc il y’a de l’espoir venant d’eux-mêmes. Mais pas venant de l’Etat. Pour que cet espoir se concrétise, il faut plus d’organisation et de restructuration au sein de la culture malienne.

6)      JBN: Le secteur spécifique de la musique a connu des années fastes avec la montée en puissance de la génération IBA ONE, Sidiki Diabate, Mylmo etc. Au regard de la nouvelle génération, pensez-vous qu’un nouveau vivier de talents existe ou est à venir ?

Le secteur spécifique de la musique a connu des années qui ne sont pas la génération des IBA ONE, GHETTO KHAFRI, GRR, JOLOKO. La tendance a été montée par des clashs et après cette génération, il y a eu d’autres révolutions au temps des WEEI SOLDAT, YOUNG PO, DIG DIO, DER KEB etc., dans les années 2016 et 2017, suivies du retour de Sidiki Diabaté en carrier solo, de KING KJ et beaucoup d’autres talents comme IBA MONTANA, WIZI WOZO etc. Il nous manque seulement le marketing de consommation locale et la professionnalisation. Il existe pas mal de talents aujourd’hui et il y a des talents à venir. Ils ont juste besoin de structuration pour qu’ils maintiennent l’équilibre comme IBA ONE, Sidiki Diabaté, ou encore Mylmo.

7) JBN : À propos de talents à venir, vous avez lancé le concept de DiezStar Voice, un concours de « Rap virtuel ». La finale de la deuxième édition se prépare à Koulikoro. Êtes-vous satisfait de cet espace de découverte de jeunes talents ?

Comme je le disais, nous avons promu le label Diez Star pour aider la jeunesse dans ce milieu raison pour laquelle, nous avons lancé le concept dénommé « DIEZSTAR VOICE » avec la collaboration du projet DONKO NI MAAYA de la GIZ. C’est un concours de rap virtuel qui met en compétition les jeunes rappeurs pétris de talent de tout le MALI. Au-delà du concours, il y a des formations dans la thématique des avantages et des inconvénients du réseau social mais cette année la formation était basée sur le rôle de la culture dans la consolidation de la paix. Cette année, notre thème porte sur : « la paix et la cohésion sociale ». Nous avons eu des compétiteurs dans les régions en plus de Bamako. A chaque concours, nous initions des formations. L’année passée nous avons formé plus de 80 jeunes sur les avantages et « inconvénients des réseaux sociaux ». Quant à la satisfaction, je pense que c’est un acquis. Nous sommes très satisfaits de cet espace de découverte de talents parce qu’on a eu pas mal de retours positifs dès le début des activités. Tous les artistes qui ont participé ont du potentiel. Et nous espérons que ce soit avec DIEZ STAR ou pas, qu’ils continuent de percer.

Nous avons voulu délocaliser la finale à Koulikoro, parce que nous voulions aussi faire adopter nos thématiques dans toutes les régions en plus du District. Et cette année, nous avons vu qu’il n’y avait aucun participant de Koulikoro, alors que le hip-hop émerge bien dans cette région. Nous nous sommes dits que notre message n’a pas été bien lu à Koulikoro, donc nous avons même décidé de nous déplacer pour pouvoir toucher vraiment plus de public dans cette région.

8) JBN : Beaucoup s’interrogent sur le futur de ces jeunes. On a suivi avec intérêt les célèbres émissions d’une chaîne de télévision malienne qui mettait en compétition de très jeunes artistes. Finalement, très peu ont pu faire carrière. Avec DiezStar Voice, quelle est l’ambition pour ces jeunes ?

Je pense que tout dépend de ce que ces jeunes ambitionnent de faire. Plusieurs d’entre eux se lancent dans le domaine de l’art seulement pour avoir du nom, et non pour faire une carrière. On peut être reconnu, sans faire une carrière. Donc c’est surtout l’ambition, la détermination et ensuite l’encadrement qui fixent les caps à atteindre. Nous, on essaie de nous inspirer des échecs et des expériences du passé dans la promotion des talents, pour réellement atteindre notre objectif, qui n’est autre que de mettre en lumière les talents cachés, autrement dit, donner plus de voix aux talents muets. Et qu’ils soient une étiquette de Diez Star.

9) JBN : Pour ceux qui ne le savent pas, vous avez débuté votre carrière par la couverture médiatique et photographique des événements culturels. Aujourd’hui, vous êtes le référent pour les images des grands spectacles au Mali. En plus de la contribution à la visibilité des événements culturels, cette médiatisation a-t-elle un impact sur la qualité des spectacles ?

J’ai débuté en tant que manager d’artistes, j’étais avec les Tal-B, à la GRR (NDLR Génération Rap et Respect), j’ai managé Wei Soldat et autres. J’étais gérant d’une autre plateforme avant de mettre en place Diez Star. Mais avant de me lancer, j’ai bien étudié le terrain. J’ai longtemps réfléchi sur les offres des concurrents. J’ai vu que beaucoup se limitaient à la diffusion des clips vidéo et sons des artistes. Je me suis dit que pour me démarquer de ce terrain, il me faut amener du nouveau, qui était la rédaction des articles culturels et autres. Si je me le permets, je peux dire que j’ai été le premier à immortaliser les événements en images. Dès la descente de la scène de l’artiste, on a des images partout au Mali. J’avais initié cela pour vraiment permettre à Diez Star de s’imposer. Vu que d’autres plateformes étaient déjà présentes, il nous fallait innover avec les couvertures médiatiques et tout. Avec un seul appareil, je faisais tout. Aujourd’hui avec l’équipe nous sommes à quatre appareils de dernières générations, qui nous permettent d’être au cœur de tous les grands événements du Mali. « Diez Star » est devenu aujourd’hui l’étiquette des grands événements, et s’associe qu’aux grands événements, et c’est cela qui fait notre référence. Aujourd’hui, nous sommes devenus incontournables. Cette médiatisation a un très grand impact sur la qualité des spectacles. Pendant, après et pour le futur, ça a des impacts illimités. L’image d’un spectacle est sacrée en fait. En quelques secondes ou en quelques images, tu peux faire vivre l’événement en résumé. Et pour avoir les meilleurs résumés des spectacles, « Diez Star » s’impose toujours de la rigueur pour donner les meilleurs résumés possibles. 

10)      JBN : Dans la même veine, vous travaillez avec M. Guitteye, promoteur de la scène Bama’Art. Pensez-vous que de telles initiatives contribueront à valoriser l’art de la scène dans notre pays ?

Nous travaillons avec Abou Guitteye. Afric Diez fait souvent des bookings (Réservations) pour Bama art. Pour leur participation à Bama Art, nous démarchons aussi certains artistes, pour la programmation, au-delà de la couverture médiatique. Je pense que cette initiative valorise très sincèrement l’art malien. L’Etat doit faire de Bama Art, l’un des agendas de la Culture malienne. Parce que de nos jours, Africa Scène, seule ne peut pas faire Bama Art comme il le faut il faut vraiment le soutien de l’Etat et des sponsors.

11)      JBN : Quelles sont les relations que vous tissez avec les artistes du Mali ? Sont-ils à l’écoute de votre travail de promotion de leur travail ? Vous apportent-t-ils leur soutien ?

On a de très bonnes relations avec les artistes en dehors de leurs promotions, il y en a qui nous sollicitent pour des conseils, pour leur projet, leur album entre autres. On est fier de les accompagner même si souvent certains ne nous le reconnaissent pas, ou oublient tout ce qu’on a contribuer à faire pour eux. Mais on continue d’apporter notre contribution comme nous l’avons toujours fait.

12) JBN : Dans la même logique, Diez Star bénéficie t’il aujourd’hui de l’accompagnement de l’Etat du Mali ?

Diez Star n’a jamais bénéficié d’un accompagnement de l’Etat. Je me dis que peut-être ça va venir. Mais pour le moment ce n’est pas le cas.

13) JBN : En parlant de l’Etat malien, pensez-vous que la crise actuelle a eu un impact sur la scène musicale malienne ?

Il faut reconnaître que cette crise a eu un impact grave sur la scène musicale au Mali. Elle a retardé, fait annuler des événements et autres. Vu que plusieurs artistes vivent de leurs contrats à l’extérieur. On connaît les cachets ici. Tous les grands artistes vivent de leur tournée internationale. Et l’État malien n’arrive pas jusqu’à présent pas à s’impliquer comme il le faut.

14) JBN : Que faut-il faire pour que l’industrie de la musique soit plus productive dans notre pays ? 

Pour que la musique soit plus productive dans notre pays, il faut d’abord l’union des artistes eux-mêmes et la structuration. De nos jours, beaucoup se disent acteurs culturels, promoteurs culturels ou artistes. Mais en réalité, rares sont ces (promoteurs) de spectacle qui vont au BUMDA (ndlr Bureau Malien du Droit d’Auteur) pour juste payer l’autorisation pour un spectacle. Rares sont ces promoteurs qui déclarent réellement la liste des artistes qui ont joué à leurs événements pour que les artistes gagnent. Rares sont ceux qui sont sincères avec leurs managers. Il y a beaucoup de couacs. Donc il faudrait aujourd’hui structurer ce secteur pour avancer. Car une fois structuré, le contrôle sera plus fluide, la transmission entre acteurs s’ensuit et tout le monde s’en sortira gagnant.

 

15) S’il vous fallait donner un seul conseil aux jeunes artistes qui font leur entrée sur la scène musicale, ce serait lequel ?

Le conseil que j’ai à donner aux jeunes, c’est de faire la part des choses. Quand tu es sur la scène musicale, dis-toi que tu t’es engagé pour être soldat. Tu te lances dans une autre aventure. Pas pour être seulement une star mais pour faire carrière. C’est après cette endurance que tu auras le succès pour être une grande star et quand la chance te sourit d’être une star, recrute des gens qu’il te faut. Parce que le plus grand problème de nos artistes qui ne durent pas sur la scène, c’est parce qu’ils n’arrivent pas à maintenir la tendance, tout cela fait mal. Mais ça fait partie de la structuration, il faut toujours mieux se structurer, connaître et poursuivre ses objectifs. Il faut toujours se demander pourquoi je suis sur la scène musicale : c’est pour un nom ? Ou pour faire carrière ? Le jeune artiste qui a la réponse à la question, s’en sortira !

 

Source: Bamakonews

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *